Attaque terroriste à la salle de Concert Arena à Manchester, Macron ne doit pas caler dans sa réforme du code du travail préviennent les libéraux. Cannes se flagelle et adore ça

La revue de presse bonjour Hélène Jouan

On commence bien sûr avec les titres de la presse britannique

« Le massacre des innocents » titre noir qui barre la Une du Daily Mail, le Daily Mail qui insiste tout particulièrement sur le sort des enfants, certains très jeunes, 6 ans, qui ont dû quitter seuls la salle de concert après le grand « Bang »

« Nuit de souffrance à Manchester » pour le Manchester Evening News, « Carnage au concert » titre le Scottish Daily Mail, « Terreur à l’Arena » pour le Sun. Des quotidiens qui publient tous en Une les mêmes photos, une jeune femme, bras en sang, soutenue par des bobbies femmes, les premiers soins donnés à même le sol, l’armée qui patrouille autour de la plus grande salle de concert d’Europe où a donc eu lieu cette nuit, cette explosion dont on sait qu’elle a fait 22 morts au moins dont des enfants

Premiers témoignages, « c’était comme une zone de guerre » dit un survivant au Sun, « le sang le bruit, les corps, je n’oublierai jamais » dit un autre, dans Le Daily Mirror, un témoin parle d’une « bombe avec des clous »

Sur les sites des journaux, une vidéo filmée avec un portable, où l’on entend un responsable de la sécurité de la salle demander aux spectateurs de ne pas paniquer « tout va bien » leur dit il. Scène de panique pourtant qui s’ensuit, filmée également, cris, bousculades dans les travées pour sortir à tout prix, au plus vite.

Des portraits d’ados que les parents recherchent encore, et des centaines de messages envoyés sur les réseaux sociaux pour tenter d’avoir des nouvelles. Facebook a activé son « safety check » afin de permettre de continuer à échanger, malgré les lignes de téléphone saturées. La ville entière qui se mobilise via ces mêmes réseaux pour proposer une chambre pour se mettre à l’abri, avec le hashtag « Chambre pour Manchester », des taxis et des Uber gratuits pour rentrer chez soi.

Jusqu’à présent, seuls le Daily Mirror et le Daily Mail affichaient à leur Une « Attaque suicide », et le Guardian évoquait le caractère « terroriste présumé » de cet « incident », mais la presse britannique restait prudente comme à son habitude ; même si la première ministre Thérésa May avait très vite affirmé dans un communiqué que cette attaque était "une épouvantable attaque terroriste ». Même si désormais la police confirme qu’il s’agit bien d’un attentat kamikaze, un homme seul qui aurait déclenché sa bombe… Et puis ce message, de la chanteuse américaine Ariana Grande qui se produisait dans la salle de concert, « du fond de mon cœur, je suis désolée, les mots me manquent » a-t-elle tweeté dans la nuit

Retour en France, avec le premier test pour le nouveau président

« Recul interdit » prévient l’éditorialiste du Figaro, alors qu’Emmanuel MAcron lance aujourd’hui le coup d’envoi de la réforme du Code du travail, « s’il cède, notamment sur les ordonnances, il aura donné un contre signal préoccupant sur sa capacité à réformer » renchérit Nicolas Beytout dans l’Opinion ; des quotidiens libéraux qui enjoignent donc le président à « ne pas caler ». Dans l’Opinion toujours, Fanny Guinochet détaille ce que chaque syndicat joue dans cette réforme: la relative bienveillance du patron de Force ouvrière hier dans les Echos à l’orée de la discussion ? Jean Claude Maillly dit à Emmanuel Macron de ne pas tout miser sur la CFDT comme l’avait fait François Hollande, sinon il cognera, explique t elle, le leader de FO n’a pas envie de faire une saison 2 de la loi El Khomri. Bref si Macron parvient à isoler la CGT, ce sera une grande bataille de gagnée. D’autant que la CGT est elle-même tiraillée, entre radicaux, et réformistes. La Cfdt, poursuit Fanny Guinochet, doit elle aussi trouver la bonne partition, trop de soutien au gouvernement ça se verrait. Côté Medef, on a du mal en revanche à cacher son enthousiasme… Reste maintenant à savoir ce que le président mettra sur la table : certains craignent déjà qu’il ait des idées un peu trop arrêtées et qu’il en fasse une affaire personnelle. « il est habile, mais quelle sera l’attitude de Jupiter sur la barémisation des indemnités prud’hommales, déjà retoquée par le conseil constitutionnel, sera-t-il capable de dépasser la revanche ? » s’interroge un membre patronal. Où l’on apprend donc qu’on ne dit plus Macron, mais Jupiter tout simplement. Nathalie Segaunes explique elle la stratégie de Jupiter : aller vite, donner plus de place que prévu à la concertation afin d’éviter que les élections législatives ne tournent au référendum pour ou contre cette réforme emblématique.

En attendant la conclusion de ce premier test, le gouvernement doit voler au secours de plusieurs entreprises en difficulté

« Le fantôme de Montebourg hante toujours Bercy » s’amuse L’Opinion, Libération rebaptise le président et le premier ministre « les démineurs ». « C’est bien le retour de l’Etat pompier, relève Jean Christophe Féraud, à 3 semaines des législatives, jamais l’exécutif n’avait pris son rôle d’urgentiste social au pied de la lettre, il joue désormais les brancardiers ou réanimateurs au chevet de l’entreprise de verrerie Arc International ou de GM et S. Mais de Heuliez à Florange prévient le journaliste, l’histoire récente a montré qu’une entreprise ou une usine sauvée par l’Etat le temps d’une élection, ne l’est jamais pour très longtemps ».

Et puis retour sur une autre loi, importante, en préparation, celle sur la moralisation de la vie publique

Au passage, l’une des préconisations faite par René Dosières hier, semble viser assez directement le Front national Florian Philippot, il propose que les partis se voient interdits de jouer les banquiers vis-à-vis de leurs candidats, ce dont est soupçonné Jeanne, le micro parti de Marine le Pen. Et puis, Sud-Ouest raconte ce matin comment certains ont décidément profité de toutes les martingales possibles. Jusqu’en 2004, une loi légèrement différente pour l’outre-mer permettait de bénéficier de l’aide publique, pour chaque candidat présenté, pas besoin de faire 1% dans 50 circonscriptions. Le sénateur de Moselle jean Louis Masson avait eu la riche idée de présenter en 1997, 2 candidats en Guadeloupe, les suppléants n’étaient autre que sa femme et sa fille, sur le compte de son micro parti « Metz pour tous », opportunément rebaptisé quand même « parti guadeloupéen ». Une façon de bénéficier direct, de la manne publique, et tous ceux qui se rattachaient à Metz pour tous se voyaient généreusement remettre 37 000 euros…Sous les assauts de rené dosières, ce mécanisme a disparu en 2004. « Depuis jean Louis Masson me voue une haine farouche » sourit le député nous raconte Yann Saint Sernin dans Sud Ouest.

On termine par Cannes et son cinéma

Pour vous signaler un article signé Didier Péron et Julien Gester dans Libération, sur les films de Hanecke et du grec Lanthimos projetés hier, qui vaut le détour. Titré « le festival de Bourges », il raconte le jeu de massacre de la classe bourgeoise auquel se livrent les 2 cinéastes. « La course à la palme vient de nous faire traverser 24 heures de plongée sans scaphandre en des tréfonds de déliquescence physique, intellectuelle et morale d’une classe dont il n’y aurait décidément plus rien à sauver, surtout pas les enfants. » Tabassage en règle de la classe dominante des réalisateurs dans leurs films, tabassage aussi des 2 journalistes qui se gaussent du narcissisme de Cannes et de « ses notables » qui aiment tant se regarder et se flageller. C’est très méchant, et tellement bien écrit

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