Patrick Cohen : Dans la presse ce matin, trois mastodontes et un grand corps malade... Bruno Duvic : Libye, Japon, Front National... Ces trois sujets occupent quasiment toute l'attention des médias depuis une dizaine de jours. D'autres sujets passent au second plan... et pourtant... Pourtant, à l'hôpital de La Timone à Marseille, en réanimation pédiatrique, faute de place, de 25 à 40% des interventions sont déprogrammées. C'est écrit dans La Provence ce matin. Le journal raconte l'histoire d'une petite fille atteinte d'une maladie au coeur. Elle était déjà au bloc, anesthésiée, pour une opération à coeur ouvert de 18 heures. Le temps d'aller chercher un café, sa maman l'a retrouvée dans un couloir : l'opération était annulée, un cas encore plus urgent devait être traité. Dans les colonnes de La Provence, le directeur de La Timone promet l'arrivée de lits supplémentaires. Mais comme ces appareils que les médecins portent à la ceinture, les bip-bip d'alerte se multiplient sur l'état de l'hôpital public. Patrick Cohen : "Grand corps malade", c'est le titre de l'enquête de Télérama. Bruno Duvic : Parole au professeur André Grimaldi, l'un des leaders de la contestation de la dernière grande réforme de l'hôpital en 2009. Ce qu'il décrit dans les colonnes de l'hebdomadaire, c'est un hôpital qui devient entreprise. Désormais, dit-il, c'est le monde des assureurs et les grands gestionnaires de cliniques privées qui ont l'oreille de l'Elysée. Selon le professeur Grimaldi, qui exerce à la Pitié-Salpétrière, la qualité et l'égalité des soins vont régresser dans les années à venir. L'enquête de Télérama évoque les affres de la bureaucratie à l'hôpital, les effets délétères des 35 Heures, la culture redoutable de l'arrêt de travail. Mais pour le médecin, le vrai basculement vers un hôpital-entreprise correspond à l'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy. Dans les articles consacrés, depuis dimanche, à l'abstention et aux votes extrêmes aux cantonales, la situation économique et sociale revient souvent. Les nouvelles de ce front-là ne sont pas terribles ce matin. "Fortes hausses des prix dans les hypermarchés", titre Le Figaro-Economie. Globalement, les produits alimentaires augmenteront de 2%, mais certains de 10. Et pour les tarifs de l'électricité, EDF propose de les augmenter d'environ 30% en cinq ans dans le cadre de l'ouverture du marché de l'électricité. C'est la Une des Echos. L'Etat, ajoute le quotidien, cherche comment limiter l'impact de cette réforme. Le marasme économique est durablement installé. Tous les gouvernements en Europe n'ont pas la tache facile avec les effets de cette crise qui n'en finissent pas de se démultiplier. La solution est-elle dans l'austérité ? A la Une de La Tribune, "David Cameron, l'homme de fer"... Il applique des coupes budgétaires sans précédent. "Le jeune leader, écrit François Langlet dans l'édito de La Tribune, compte sur les solidarités familiales ou associatives pour prendre le relais de l'Etat. Il faut observer avec attention le laboratoire britannique". Austérité, pour ou contre ? Voilà un débat important. Demain, à Bruxelles, un sommet de l'Union européenne doit avaliser le pacte pour l'euro. Il prévoit à la fois des coupes budgétaires et plus d'argent pour le fonds européen de stabilité. C'est un vrai gouvernement économique européen, mais sous le signe de l'austérité. Faut-il applaudir ou siffler ? Seule, L'Humanité s'intéresse vraiment à ce débat. L'Huma violemment contre ce pacte. Nouvelle Une aujourd'hui : "Alerte contre le pacte antisocial". Patrick Cohen : Et le monde arabe est toujours en ébullition... Bruno Duvic : Quelle est l'ampleur réelle de la contestation en Syrie ? Pour la première fois, ce domino encore debout, apparaît à la Une de Libération, avec ce titre : "La contestation bascule dans la révolte". En utilisant le conditionnel, Jean-Pierre Perrin décrit la ville de Daraa, au sud de Damas, encerclée par la garde du régime... des milliers d'hommes... Situation pré-insurrectionnelle à Baniyas, agitation dans la banlieue de Damas et dans les régions kurdes. Jean-Pierre Perrin décrit une scène inimaginable il y a quelques semaines : "Vendredi dernier, jour de prière à Damas, le prêcheur de la grande mosquée des Omeyyades était en plein sermon. Un jeune homme a bondi en chaire et lui a pris le micro : "Parlez-nous plutôt de la situation politique". Le perturbateur a immédiatement été arrêté". Le plus inquiétant pour le régime, dit un expert à Georges Malbrunot dans Le Figaro, c'est que la fronde n'est pas téléguidée par tel ou tel groupe d'opposants, mais par la population elle-même. Syrie, Yémen... "On va vers un effondrement du régime yéménite", dit à La Croix l'ancien ambassadeur de France dans le pays. Et comme en Syrie, les combattants de la révolution sont désarmants de courage et d'ingénuité. Dans La Croix, Leïla Nasser montre cinq rebelles qui surveillent l'université de Sanaa. Les casques trop lourds masquent une partie de leur visage. Leur veston est doublé de fourrure alors qu'il fait 25 degrés, mais ils prennent leur rôle très au sérieux. Patrick Cohen : En Libye, rien de vraiment neuf sur le front... Bruno Duvic : Et toujours les mêmes questions dans les journaux : Une opération aérienne suffira-t-elle ? Qui commande ? Dans L'Express, nouvelle formule cette semaine, Christian Makarian regarde du côté des dirigeants arabes dépassés par les évènements de Libye. La question centrale, écrit Makarian, c'est celle du départ de Kadhafi. Or, c'est précisément ce qui fait peur aux dirigeants arabes, assez peu portés vers la démocratie en général. Fallait-il ou non, aller en guerre en Libye ? A en croire France-Soir, le gouvernement a le soutien de l'opinion. Sondage IFOP... 66% des Français sont favorables à l'intervention. Patrick Cohen : Autre débat : le front républicain... Bruno Duvic : Et là non plus, on n'avance pas beaucoup... Ce qui est certain, c'est que la conduite à tenir vis-à-vis du Front National, provoque une belle "gueule de bois à l'UMP", comme le titre Le Parisien Aujourd'hui-en-France. Trois extraits d'éditos... Nicolas Demorand dans Libération. Il rappelle qu'en 98, Jacques Chirac et Alain Juppé avaient établi un mur entre le RPR et le FN au moment des Régionales. Nicolas Sarkozy était alors secrétaire général du RPR. "Pourquoi, se demande Demorand... pourquoi est-il impossible aujourd'hui de dire aussi clairement qu'hier, le refus du Front National ?" Réponse de Denis Tillinac dans Le Figaro. Il parle du cynisme d'un consortium médiatico-intello qui défend ce front républicain. A qui profite l'essor du Front National ? Toujours au PS, et plus encore à une ultra gauche dont les vertus démocratiques sont pour le moins sujettes à caution. Enfin, l'édito du Monde. Etre prêt à toutes les ambiguïtés pour ne pas désespérer les électeurs tentés par le vote d'extrême droite, c'est admettre que l'on a échoué à les convaincre par la politique conduite depuis quatre ans. Allez, pour finir, François Bayrou, définition de mots croisés : "condamné à mort" en deux lettres... Un petit générique, le temps de vous laissez réfléchir... Générique « Jeux de 20 heures » Le générique des "Jeux de 20 Heures" et de leur star, Maître Capello... La réponse à la définition, c'est "né"... Jacques Capellovici était né en 1922. Il vient de s'éteindre... et Anne Fulda dans Le Figaro en conçoit de la nostalgie : "Dans la France de Maître Capello, on s'écrivait encore de vraies lettres, on faisait encore des calembours, on se piquait d'utiliser l'imparfait du subjonctif. C'était populaire et bon enfant". Mais le plus bel hommage à Maître Capello, il est signé Isabelle Roberts et Raphaël Garrigos dans Libération. Ils retracent la vie de cet homme de mots et de télévision, dans un article plein de fautes d'orthographe (avec deux "F"). Titre de cette nécrologie : "Maître Capello a mouru". A demain !

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