(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : 100 visages et 7 questions

(Bruno Duvic) Ce n'est pas un étranger dont la vie d'est achevée hier matin d'une balle dans la tête entre le balcon et le carreau d'une cour toulousaine. C'est un Français, né au cœur des années Mitterrand, le 10 octobre 1988. "Mohamed Merah, l'homme aux 100 visages". Dans Le Monde , Emeline Cazi et Ariane Chemin retrace l'itinéraire de cet enfant de Toulouse devenu djihadiste.

Famille de 5, il était l'avant dernier. Deuxième génération d'immigrés. Ses parents venaient d'Algérie. Le père de Mohamed Merah disparait des radars alors que le gamin est adolescent. La famille déménage d'une banlieue à l'autre, de Bellelfontaine aux Izards. Premières « bêtises », 7 convocations chez le juge à partir de l'âge de 15 ans.

Pas d'éclat particulier à l'école.

En 2006, il décroche une place d'apprenti carrossier.

Le métier lui plait, son patron aussi, qui le prend en affection.

Mais les « bêtises » continuent et les années passant la prison avec sursis devient ferme.

Décembre 2007, maison d'arrêt. Son avocat Maitre Etelin : "Lorsqu'au parloir, je lui ai expliqué que son patron avait des difficultés à le reprendre, j'ai senti un très grand ressentiment."

Pour l'avocat, la maturation, comme il dit, s'est faite à ce moment là, dans sa cellule, avec ses codétenus.

Voyages en Afghanistan. Il faut aussi compter avec l'influence de son frère, salafiste dur de dur. Les deux enfants devenus des hommes mettent la pression sur leur mère pour qu'elle porte le voile. Mais en même temps, il y a 3 semaines encore, un ami a croisé Mohamed Merah en boîte et fumant la chicha, pas exactement un comportement halal.

Voilà donc la vie d'avant de ce garçon que Le Monde décrit encore comme coquet à sa manière, Lacoste, montre et jogging, immature et fan de « Terminator ».

En début de semaine, sa mère a appris la mort d'enfants dans une école juive en lisant la Dépêche du midi par dessus l'épaule d'un voisin sur la coursive de son immeuble des Mirails. Elle est rentrée chez elle et a fermé sa porte à double tour. Mohammed venait de lui rendre visite, casque de moto à la main.

Pour Mediapart , ce destin, c'est "Une histoire française"

Le site fait un parallèle avec le parcours de Khaled Kelkal, l'homme des attentats à Paris en 95. Deux enfants grandis dans des quartiers en crise.

Il y a bien des aspects dans le parcours que l'on vient de décrire et il y a donc celui-ci.

Mohamed Merah a grandi en banlieue. C'est une tribune de Jérôme Lefilliâtre sur libération.fr . Il est rédacteur en chef de Mégalopolis , magazine qui s'intéresse à la région parisienne et notamment aux banlieues.

"Comment un jeune Français, né en Haute-Garonne, dans un pays libre et riche, peut-il versé dans l'islamisme alors qu'il a la vie devant lui ? (…) Depuis des mois, des années, les observateurs et les élus locaux ne cessent de nous mettre en garde : dans les banlieues, la colère gronde. Peut-être Mohamed Merah en est-il l'expression la plus terrible."

Voilà pour les 100 visages dans la presse ce matin. Les 7 questions sont à la Une de Libération

Après l'assaut, les questions, titre également la dépêche du Midi, dont la Une est encore sur fond noir ce matin...

7 questions dans Libé sur l'enquête et l'attaque du raid hier sous le titre « Zones d'ombre ».

  • L’enquête a-t-elle démarré assez vite ?

  • L’identification informatique a-t-elle trainé ?

  • Ne fallait-il pas saisir d’emblée la justice terroriste ?

  • Pourquoi Merah n’était-il plus surveillé ?

  • Quel rôle a joué Claude Guéant à Toulouse ?

  • Pourquoi le premier assaut a-t-il échoué ?

  • Pourquoi Mohamed Merah a-t-il été abattu ?

On ne peut pas tout traiter. Retenons la question qui concerne le dernier épisode de toute cette affaire : pourquoi Mohammed Merah a-t-il été abattu hier matin par les hommes du raid ?

L'opération du raid, pour Le Figaro , c'est « Mission accomplie ».

Mais déjà, sans remettre en cause le courage des hommes du Raid et sans pleurer de larmes sur la dépouille du tueur, des experts critiquent la façon dont cette opération a été menée. On le voulait vivant, on a dû le tuer, cela alors qu'il était seul, aucun otage.

Sur son blog hébergé par marianne.fr , le spécialiste des questions de défense Jean-Dominique Merchet synthétise les différentes critiques.

1- la manière de pénétrer dans l'appartement. Mercredi à 3 heures du matin, les policiers ont utilisé un bélier pour défoncer la porte d'entrée. Mehar avait placé un réfrigérateur semble-t-il derrière. Dans un cas comme ça, on ne frappe pas à la porte, même avec un bélier. En clair, on y va à l'explosif.

2- lorsque le raid donne l'assaut, il lui manque un élément essentiel, le renseignement. Les policiers ne savent pas où le suspect dans cet appartement d'environ 30 mètres carrés dont Le Parisien-Aujourd’hui en France publie ce matin le plan.

3- Cinq minutes de fusillades, c'est extrêmement long. Le succès d'un assaut se mesure à sa rapidité. Les policiers se sont retrouvés en position défensive. Ils ont perdu l'initiative.

Dans Ouest France , Christian Prouteau, patron du GIGN, rival du Raid parmi l'élite des forces de l'ordre ajoute qu' on aurait pu le « bourrer » de gaz lacrymo ou l'attendre à la sortie, il aurait fini par quitter son appartement.

Quant aux critiques sur la surveillance de cet homme passé par l'Afghanistan, elles émanent notamment de François Heisbourg spécialiste des questions de sécurité et de défense, dans Libération . « Il n'y a que quelques petites dizaines de français à avoir fait le voyage en Afghanistan, quelques unités en Midi-Pyrénées, on se demande pourquoi on ne s'est pas davantage intéressé à lui. »

A toutes ces objections, Yves Thréard apporte quelques réponses dans l'éditorial du Figaro .

« Il est bon de s'interroger. Moins bon d'intenter de mauvais procès. Faut-il rappeler que nous sommes dans un Etat de droit avec des procédures à respecter, pas dans une dictature policière. Qu'un tueur solitaire est toujours plus difficile à appréhender qu'une filière criminelle. Et que le temps d'intervention des unités d'élite de la police n'obéit pas aux mêmes exigences que celui des médias. L'immense émotion née de la mort barbare de 7 personnes dont 3 enfants ne doit pas cacher la rapidité avec laquelle Mohamed Merah a été retrouvé. »

Sur son blog, Didier Pobel résume l’impression que laisse cette tuerie en direct sur toutes les télévisions mais qui garde toutes ces zones d’ombre.

« On aura ‘’vu’’ et ‘’revu’’ dix fois, vingt fois, hier, la scène de l’assaut contre Mohamed Merah (…) Et, très paradoxalement, l’image que l’on retiendra c’est… une absence d’image. Ce qui nous aura été donné en direct, toute programmation cessante sur nos écrans, ce fut une sorte de tableau minimaliste médiatique. A l’arrière plan, un immeuble, celui de la Côte pavée où s’était retranché le tueur. Devant, des policiers en faction, impassibles. Des voitures, des fourgons. Presque rien d’autre, sinon, tout à coup, un enchainement de tirs. (…)

A un riverai promu témoin, on demanda, tout à trac : « Qu’est ce que vous avez vu-vous ? » Et le jeune homme de répondre : « On voyait des coups de feu ». Oui, de façon assez inhabituelle, la télévision a littéralement filmé le bruit (…) onde de choc qui se propage dans les consciences aussi bien que dans la campagne électorale. »

A lundi

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