Bonjour... Samedi matin, quelque part en région parisienne. Le décor ? ...Un terrain de football. L'acteur principal ? ...Le défenseur central du club FSGT d'Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis. L'équipe d'Olivier Flury est menée "1-0" par l'ASCO Rueil, son rival des Hauts-de-Seine. Olivier Flury s'avance vers le gardien adverse pour tirer le penalty de l'égalisation. Une faute a été sifflée dans la surface de réparation ; le joueur d'Aubervilliers sait que le pénot n'est pas justifié. Il pose le ballon sur le rond de craie, il recule de quelques pas, il s'élance et il tire... il tire volontairement à côté de la cage rivale. A ceux qui s'en étonnent, il répond : "On ne peut pas égaliser sur une tricherie". Dans Le Parisien-Aujourd'hui en France, il raconte : "Ce que j'ai fait n'est pas un acte héroïque, c'est juste fair-play". Honnête jusqu'au bout, il reconnaît qu'à la place de Thierry Henry mercredi dernier, face à la sélection irlandaise, il n'aurait "sûrement rien dit", compte tenu "des conséquences de cette rencontre qualificative". Thierry Henry. Dans le quotidien L'Equipe, il sort de son silence : "Au lendemain du match, et même le surlendemain, je me suis senti seul, vraiment seul (...) On peut éventuellement me reprocher mon explosion après le but. Je n'aurais pas dû faire ça. Mais franchement, c'était incontrôlable (...) Ca, oui, je le regrette (...) Nous n'avons pas fait la fête, même pas dans le vestiaire". A la question : "Est-il vrai que vous avez songé à arrêter l'équipe de France ?", l'attaquant des Bleus répond : "Oh que oui !". Il ajoute aussitôt : "Malgré tout ce qui vient de se passer, le fait de me sentir abandonné, je ne lâcherai pas mon pays". ..."Je ne lâcherai pas mon pays" : c'est le titre qui orne la Une de L'Equipe, sous le mot : "Exclusif". (Nicolas Demorand : "Voilà pour l'entretien que Thierry Henry a accordé à L'Equipe. Dans la presse du jour, Alain, vous avez parcouru d'autres longues interviews de personnalités")... Le rival républicain de Barack Obama à la dernière élection présidentielle américaine s'est confié à quatre quotidiens européens, dont Le Figaro. John McCain, ancien militaire, héros de la guerre du Vietnam, ne garde pas l'arme au pied. Il fait feu sur son adversaire démocrate de 2008. Un an après la victoire d'Obama, il exerce un droit de regard sur la politique étrangère du Président des Etats-Unis. McCain constate qu'elle n'a pas obtenu jusqu'ici un franc succès. Qu'il s'agisse de l'Afghanistan, de l'Iran, du Proche-Orient, de la Russie ou de la Chine, son commentaire tient en trois mots : "Peut mieux faire". Son entretien se conclut sur la nécessité d'un rapprochement entre l'Union Européenne et les Etats-Unis d'Amérique, seul moyen de faire face à l'émergence économique de la Chine et de l'Inde. Autre "flingueur" du jour (dans Les Echos, cette fois) : Henri Proglio, que le quotidien économique juge, en titre, "politiquement incorrect". L'ancien patron de Veolia prend aujourd'hui la succession de Pierre Gadonneix à la tête d'EDF. Il prévient : "EDF est une administration cotée qui va devenir une entreprise". Il ironise : "Connaissez-vous beaucoup d'entreprises disposant d'un seul produit en catalogue ? Il y avait bien Ford et sa Ford-T... mais c'était il y a cent ans, et lui au moins savait la construire et la vendre". Et pan sur le nez de son prédécesseur. L'article de Thibaut Madelin et Pascal Pogam attire notre attention sur le fait qu'il y a "du Sarkozy chez Henri Proglio. Pour cette volonté affichée de bouger les lignes, ce refus de la langue de bois et cette façon brusque de poser le débat". Toujours dans Les Echos, l'éditorialiste David Barroux constate que "vouloir rapprocher EDF et Veolia pour donner à ces groupes, encore très hexagonaux, la taille leur permettant de s'imposer plus facilement sur la scène mondiale a sans doute du sens"... Mais, mais, mais, mais... : "Pour atteindre ces objectifs, Henri Proglio devra éviter deux écueils : la précipitation et la dispersion". (ND : "EDF et Veolia sont des "grosses boîtes"... Parlons maintenant des "p'tites boîtes")... Dans Le Figaro Réussir, le cahier d'annonces du quotidien, vous lirez que "les Français rêvent de travailler dans une PME"... C'est ce qui résulte d'une étude réalisée auprès de 2.000 personnes par le Centre de communication avancée. Et pourtant, "les PME ne voient toujours pas la reprise", si l'on s'en tient au baromètre La Tribune-LCL, qui mesure le moral des patrons des petites et moyennes entreprises de France. Ils sont tellement moroses, les patrons de PME, qu'ils n'envisagent pas de recruter. Ils n'investissent pas davantage. Un peu plus d'un chef d'entreprise sur cinq prévoit toujours d'utiliser le chômage partiel pour compenser la baisse de son activité. Ce baromètre (La Tribune-LCL) est établi par l'institut IPSOS auprès de 300 PME-PMI. (ND : "Et pendant ce temps, Alain, que fait le Parti Socialiste ?") Le PS, il regarde partir ses militants. En première page de Libération, on reconnaît la rose et le poing, à ce détail près : la rose est fanée et elle perd ses pétales. Selon Libé, près de 50.000 socialistes n'auraient pas renouvelé leur cotisation après avoir adhéré en 2007 dans la perspective de l'élection présidentielle. Le journal essaie de comprendre ; Laurent Joffrin tente cette réponse : "Le PS oscille entre mutisme et cacophonie. Le trop-plein des leaders crée le vide des idées, la confusion de la parole et le désintérêt de l'opinion. Sans bruit, les militants disparaissent. Il n'est qu'une solution à ce problème qui paralyse le jeu politique : la désignation rapide d'un candidat ou d'une candidate, selon la procédure intelligemment acceptée par Martine Aubry, celle des primaires ouvertes. Sans leader, point de projet ni de stratégie. Le répertoire existe, les musiciens attendent, le théâtre est ouvert, les spectateurs peuvent revenir. Mais pour que le concert ait lieu, il faut un chef d'orchestre". C'est donc signé "Laurent Joffrin", dans Libération, Libération qui publie quelques pages plus loin une chronique "médiatiques" de Daniel Schneidermann intitulée : "Royal-Peillon, engueuler cash". L'auteur note que "les socialistes avaient jusqu'alors développé un savant code des insultes internes dans lequel ils évitaient soigneusement de se nommer les uns les autres (...) Le public avait donc sans cesse sous les yeux une interminable engueulade, sans en avoir la bande-son". Schneidermann constate que Peillon et Royal viennent d'inventer une nouvelle manière de céder au sarkozysme. Ils empruntent au chef de l'Etat son "parler cash". Selon lui, Ségolène Royal "mime depuis longtemps, consciemment ou non, le comportement sarkozyste, installant la conviction que seul un sarkozysme alternatif peut battre le sarkozysme positif". (ND : "Et vous en venez (allez savoir pourquoi) à nous parler de Pierre Bergé"...) ...Pierre Bergé, ami et mécène de Ségolène Royal, que Libération surnomme en Une "le téléthon flingueur". L'homme d'affaires accuse donc le Téléthon de "parasiter la générosité des Français". Vos éditorialistes tentent bien d'éditorialiser ce matin autour de cette polémique très franco-française : ils n'y parviennent pas vraiment. Deux d'entre eux, cependant, semblent toucher du doigt le fond du problème. Dans L'Alsace, Patrick Fluckiger considère que "les attaques de Pierre Bergé contre le Téléthon sont celles d'un homme jaloux (...) Le président du Sidaction oppose les myopathes (dont il dit faire partie) aux malades du SIDA et à d'autres patients atteints d'affections rares". Jean-Michel Helvig, s'il reconnaît que Pierre Bergé a "au moins le mérite de pointer un vrai problème", souligne dans La République des Pyrénées qu'il "n'est quand même pas admissible de paraître mettre en concurrence le Téléthon qui recueillerait beaucoup d'argent en exhibant des enfants malades et au Sidaction aux collectes rendues médiocres pour la raison, comme son propos semble le sous-entendre, que les victimes concernées seraient moins 'populaires'"... ...Des enfants malades contre des adultes confrontés au SIDA : le match des collectes serait-il inégal ? Oui, sans doute. ...Cela dit, comme l'écrit Bertrand Duchet dans L'Union-L'Ardennais : "N'en déplaise à Bergé, c'est uniquement aux donateurs de juger". La solution, plusieurs fois dessinée ce matin dans vos journaux, consisterait peut-être à organiser un seul super-Téléthon avec l'intention de répartir les sommes recueillies en fonction des besoins de la recherche. (ND : "Et à ce stade de la revue de presse, vous posez le Gaffiot sur la table"...) Le Gaffiot, ce gros dictionnaire latin-français que nous sommes quelques-uns à avoir trouvé si lourd à porter dès la classe de sixième... Une "langue morte", le latin ? Pas tant que ça. Sous le titre "Quartier latin", Tonino Serafini, de Libération, nous apprend qu'à Paris, deux fois par mois, des latinistes se réunissent près de la Sorbonne pour converser dans la langue de Pétrone. Qu'ils soient cheminot, prof ou juriste, il leur est vivement conseillé de laisser leur français au vestiaire. Mais au fait ?... "comment nommer des objets qui n'existaient pas du temps des Romains ?"... La pratique "in vivo" oblige paraît-il à être créatif, "à rendre la langue évolutive en donnant un sens moderne à des termes anciens". Pour dire "frein", par exemple, nos latinistes fous (ils sont fous ces Romains) utilisent le mot "frenum", terme qui désignait le mors (m-o-r-s) qu'on mobilise pour stopper le cheval. J'ai connu il y a bien longtemps à La Dépêche du Midi de Toulouse un latiniste espiègle qui avait traduit l'adage juridique "De minimis non curat preator" par : "Le curé des Minimes n'est pas prêteur" (les Minimes, c'est le quartier dans lequel a grandi Claude Nougaro, à Toulouse). A propos de Thierry Henry, on pourrait dire : "Confessio est regina probatio" ("L'aveu est la reine des preuves")... Et pour finir, saluons tout simplement la naissance du fils de Bruno Duvic (titulaire de cette revue de presse) et de sa compagne Séverine Bastin par ses mots : "Ave, Adrien !".

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