Dans la presse ce matin : en cachette et au grand jour

On dispose de très peu d'images de la Syrie depuis l'éclatement de la révolte. Celles prises en clandestin et publiées dans Le Monde par le photographe Mani sont d'autant plus précieuses. Elles décrivent une terre de grisaille, de pierrailles et de batailles jusqu'à la mort.

Celle-ci, par exemple : au premier plan un cercueil ; une foule de quelques dizaines, centaines de personnes rassemblées devant ; beaucoup d'hommes au keffieh à carreaux rouge et blancs ; au fond, fichées sur une colline, les maisons d'un village près de Homs.

« Syrie : huit mois de massacre à huis clos », titre le journal.

Homs, 3ème ville du pays, devenue le pivot de la rébellion est gagnée par la guerre civile, écrit Libération . Jean-Pierre Perrin raconte ce qui se passe dans cette province. Ces deux enfants d'une dizaine d'années tués lundi. Des chars ont tiré dans la rue principale d'un village.

Ce qui hante l'opposition et les diplomaties occidentales, c'est que Homs sombre dans la guerre interconfessionnelle entre chrétiens, sunnites et alaouites (la minorité auquel appartient Bachar el Assad). « A l'évidence, écrit Jean-Pierre Perrin, c'est la volonté du régime Syrien de provoquer des tensions pour faire peur à l'ensemble de la population ». Dans la ville certains quartiers sunnites sont privés d'eau et d'électricité, pas les quartiers sunnites.

Huit mois, donc et toujours l'impuissance de la communauté internationale. Le sursaut viendra-t-il de Turquie ? Libération , mais aussi Le Figaro et Le Canard Enchainé détaillent le projet turc, évoqué récemment devant Alain Juppé d'une zone tampon, zone d'exclusion aérienne sous protection de l'armée turque en Syrie, pour accueillir les populations qui fuient la répression.

En cachette et au grand jour, c'est aussi le destin de Danielle Mitterrand

Résistante à 17 ans, première dame à la fois officielle et officieuse, que les diplomates auraient parfois voulu cacher. Elle était « L'indignée » pour Libération – photo noir et blancà la Une. « Danielle Mitterrand, une vie de combats », titre La Dépêche duMidi . Pour les Kurdes et l'accès à l'eau potable, anti apartheid, anti colonialisme, anti peine de mort contre le Sida, pour les sans papiers, pour Castro… Ce baiser qui avait fait polémique ne lui est reproché qu'à la marge ce matin. Jolie formule d'Anthony Palou dans Le Figaro : "elle avait une certaine classe de gauche obtuse"

Danielle ou la femme qui "M" doublement. M comme Militante, donc, mais aussi comme Mitterrand.

Le couple Mitterrand est au cœur de la nécrologie écrite par Béatrice Gurrey dans Le Monde . Le pendentif en or où se mêlent les branches d'un chêne et d'un olivier l'arbre imaginaire de François Mitterrand.

En juin 44, il se cache en compagnie d'elle, "jolie fille dont les yeux de chat admirables restent fixés sur un au delà", écrit il à une amie.

Leur histoire c'est la politique, les doubles vies, des deux côtés. Dans le portrait de Béatrice Gurrey passe la figure de Jean, professeur d'éducation physique que les visiteurs de la rue de Bièvre prendront l'habitude de croiser, en cachette et au grand jour.

L'une de ses toutes dernières interviews, c'est au magazine La Vie que Danielle Mitterrand l'avait accordée.

Elle est reproduite dans l'hebdomadaire demain en kiosque

« -Croyez vous comme votre mari aux forces de l'esprit ?

  • Oui. Je ne crois pas en Dieu car je pense qu'il a été fabriqué par les hommes qui avaient besoin de lui. Mais devant la naissance d'un enfant, ses petits doigts si bien dessinés, je me dis "Il y a bien un architecte." »

Plus de 30 ans après l'élection de François Mitterrand, François Hollande lui succèdera-t-il ? A son propos, la presse est toujours dans une phase vacharde. « Est-il un vrai chef ? » se demande L'Express . Le Figaro , se régale des attaques d'Eva Joly contre Hollande et le PS. C'était dans Le Monde , hier, après l'accord sur le nucléaire, et l'influence réelle ou fantasmée d'Areva sur cet accord : "Il pèse désormais sur les socialistes le soupçon d'être du bois dont on fait les marionnettes"

La gauche et l'ombre de Dominique Strauss Kahn. Le magazine Gala croit savoir cette semaine que DSK et Anne Sinclair sont tentés de refaire leur vie pour quelques temps en Israël.

A l'UMP, on veut produire plus et dépenser moins. C'est l'un des slogans du programme économique et social du parti pour 2012. En ligne de mire, encore et toujours, les 35 heures. Ces 35 heures qui suscitent la panique à l'hôpital, à en croire Le Parisien Aujourd’hui en France . Les personnels ont accumulé 2 millions de journées de RTT qui doivent être prises en 2012. Impossible. C'est "La bombe à retardement des RTT à l'hôpital".

Dans la presse également, le retour des militants

Doublement à la Une : la mort de Danielle Mitterrand, mais aussi la sortie d'un film sur l'aventure du Larzac.

« Militants, pas morts ! », titre Télérama , qui consacre un dossier au sujet. Ces nouveaux militants, les « Indignés », les collectifs « génération précaire » ou « jeudi noir » contre le mal-logement, luttent au grand jour mais en marge des partis politiques traditionnels. Toutes les conditions sont réunies pour réenchanter la lutte, selon Télérama : l'Europe qui prend l'eau, les politiques qui écopent et l'idéologie dominante, le libéralisme au bord du naufrage.

Comment militer ? En se déshabillant. Le phénomène est relevé par le site atlantico.fr et par Les Inrockuptibles . Et il n'agit pas des calendriers plus ou franchouillards publiés régulièrement. Le point de départ, c'est une jeune égyptienne qui a posé nue sur Internetn en geste de défi à une société de violence, de sexisme et d'hypocrisie". On est loin de la place Tahrir, toujours en ébullition, mais cela fait partie d'un contexte.

En soutien à cette Egyptienne, des femmes israéliennes ont elles aussi posé nues, puis le dissident Ai Wei Wei, artiste harcelé par les autorités, suivi par des militants chinois qui le soutiennent.

Ce monde des années 2000, une femme le décrivait en 1985.

C'est également dans les Inrockuptibles , la page intitulé « la courbe », qui cite les personnages, les vidéos, les petites phrases qui font l'air du temps chaque semaine. Ce mercredi, en haut de la courbe, il y a une vidéo de l'INA où Marguerite Duras parle de l'an 2000.

Dans ce monde saturé décrit par la Pythie Duras, se dresse un homme au sourire de Joconde. "Messieurs : Claude Rich", c'était les premières lignes d'un portrait du comédien, brossé par l'écrivain, Claude Roy. Ce matin, le portrait, très réussi, est ciselé par Edouard Launet dans Libération . Claude Rich, ses 82 ans, quelques 80 films et 50 pièces et une brassée de Césars et de Molières. Claude Rich, sa ferveur religieuse et ses coups de cafard.

Et puis cette scène, la plus surréaliste qu'on puisse lire ce matin dans la presse. C'est lors du tournage de "Je t'aime, je t'aime", à la fin son personnage se suicide.

Une quinzaines de prises furent nécessaires, raconte Edouard Launet. Rich, allongé, tentant de se mettre dans la peau d'un agonisant, entend encore la voix de l'habilleuse demandant à la maquilleuse

"- Qu'est ce que tu t'es fait pour déjeuner

Et l'autre de répondre (devant le vrai faux cadavre) :

  • un veau marengo"

A demain !

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