Dans Libération, le Monde, la voix des survivants et endeuillés de l’Hypercacher. Dans l’Humanité, la voix de musiciennes violentées par des musiciens dans les tréfonds de la musique classique. Dans la plateforme de podcasts Louie Media, les souvenirs et les fantômes des victimes d’inceste, l’atroce dépendance.

On parle d'un silence...

Le silence des lecteurs de la Voix du Nord face au procès des attentats de janvier 2015, silence que le journal révèle courageusement et interroge sur son site internet, perturbé de ne pas recevoir de lettres de lecteurs ou si peu depuis que le procès a commencé, en 2015 on écrivait au journal pourtant...  

On lit ce silence des lecteurs de la Voix Nord quand nos journaux publient une tribune collective pour défendre la liberté, écrite dans l'urgence après qu'on ait appris que la DRH de Charlie Hebdo, Marika Bret, menacée, a dû quitter son domicile. On lit le silence des lecteurs de la voix du Nord quand dans le même journal on lit l'amitié des employés survivants  de l'Hypercacher, la caissière juive Zarie Sibony, 28 ans et le manutentionnaire musulman Lassana Bathily, 30 ans, qui au temps d'avant se taquinaient et mangeaient des pizza à la pause avec Johan qui était un frère, et n'en est pas revenu. On lit le silence des lecteurs de la voix du Nord  quand on lit dans le Parisien, le Monde, et dans Libération, Valérie dont le mari Philippe Braham est mort assassiné en allant faire les courses, il y était retourné, il en avait oublié, Valérie restée seule avec les enfants, veuve à 39 ans, a peur de mourir, que leur resterait-il, et elle a peur qu'ils oublient papa qu'un méchant a tué, elle fait passer des photos de son mari dans la salle d'audience et vient pour parler de lui, pour qu'on prononce son nom, au dernier repas de la Paque juive, elle avait posé une grande photo de Philippe sur la table familiale avant de raconter seule la sortie d'Egypte qu'il narrait autrefois...

Et pourtant, le silence. La Voix du Nord interroge l'historien Denis Peschanski, qui analyse la mémoire des attentats. Il n'est pas étonné! dès 2018, dit-il, les attentats de janvier 2015 s'effondraient dans la mémoire collective, contrairement à ceux de novembre 2015 - le bataclan- , ou du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis... Mais pourtant ajoute Peschanski, l'actualité du procès aurait dû ranimer l'intérêt, l'étonnement  du public, alors l'historien s'interroge lui-même. 

« Peut-être que c’est beaucoup plus rationalisé. Peut-être aussi que parmi les populations les plus modestes  il y a une baisse plus forte de la sensibilité… Une sorte de «rehiérarchisation», en se disant oui c’est important mais n’oublions ce que l’on vit aujourd’hui."

Peschanski oppose aussi dans la perception collective les attentats de janvier 2015, qui ont mobilisé  pour "eux",  "journalistes, et loin derrière policiers et juifs", à ceux de novembre auxquels chacun pouvait s’identifier. Il raconte que des élèves qui avaient refusé la minute de silence après les attentats de janvier 2015 étaient allé la réclamer auprès des chefs d'établissement après novembre, "car les terroristes, cette fois, étaient venus chez eux, au stade de France, notamment." 

Voilà nos territoires. Une femme, je le lis dans l'Echo républicain, a été condamnée après une altercation sur le parking du décathlon de Mainvilliers, elle avait attaqué et traité de sales blancs les policiers qui disent-ils n'avoir jamais vu une telle haine raciale, elle a dit au tribunal qu'elle a des amis blancs. 

Le Un de cette semaine est consacré à la peur de nos sociétés face au Covid 19, et questionne l'illusion que nous pourrions nous protéger de tout, il nous invite à regarder au-delà de nous-même, vers le tiers-monde qui cohabite avec la mort et au Sahel parfois, ion n'ose pas donner des noms aux enfants avant qu'ils aient deux ans. Je lis aussi dans le Un ce texte d'une femme qui est morte en essayant de sauver un enfant  de la noyade, elle était psy et philosophe, Anne Dufourmantelle, son texte s'appelle éloge du risque, "La Vie est un risque inconsidéré pris par nous, les vivants"

Pour le journaliste qui contrairement aux Charlie n'est pas menacé dans son existence, le risque se résume à être écorché par ce que l'on raconte par ce qu'on lit..

On parle aussi de musiciennes...

Qui  nous écorchent et secouent un silence, dans Libération et dans l'Humanité qui dit l'envers de la musique classique après que la soliste soprano Chloe Briot ait dénoncé ce baryton qui en plein opéra lui palpait le sein lui écartait les jambes t lui murmurait " j'ai envie de te faire mal", mais la soprano a pris des risques  dans un milieu d'homme protégés d'habitude...  Une femme nommée Caroline Ledru a raconté ce professeur du conservatoire du mans qui mettait la main dans la culotte des fillettes quand elles chantaient près de son piano, elle  en a gardé le dégout des « chansons plaisantes » de Jean Absil qui accompagnaient les attouchements, elle se fixait sur l'autre main de son tourmenteur qui pianotait, « à six ans j'étais impressionnée qu'il soit capable de pianoter d'une seule main ».

Sur internet,  sur une plateforme de podcast nommée Louie Media, la journaliste Charlotte Pudlowski est allée interroger le vide qu'elle ressentait petite quand elle allait chez ses grands-parents « jouer à la famille », et le silence que sa mère avait laisser gronder en elle, depuis qu'enfant, chez elle, par son père, elle avait été abusée, et à partir de cette douleur familiale, elle explore l'enfermement  des victimes et cette atroce dépendance, allez entendre Julie que son grand-père violait et qui avait l'impression d'être l'élue, qui des années espérait que dans ces viols il y avait eu aussi de l'amour... Le podcast s'appelle « Ou peut-être une nuit »...

On parle enfin d'insectes...

Et c'est une respiration que ces ennemis compréhensibles, même si les guêpes ont envahi notre été dit le Régional de Cosne, même si les moustiques tigres qui  pondent à l'intérieur des maisons ont transformé en enfer la vie des habitants du Lot-et-Garonne, dit Sud-Ouest. Cet enfer-là est simple. 

C'est un soulagement du même ordre que je ressens lisant un cahier culture du Figaro où me sourient des génies tutélaires, Chabrol disparu, Bourvil retrouvé, Pierre Cardin bien vivant et son ami Depardieu  qui parle si joliment de « ce gout indéniable de l'art que nous avons en commun ». Quelle belle langue est la nôtre.

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