Les petits matins blêmes d'Israël... Comme une énorme gueule de bois. "Israël, amer après-guerre", titre "Libération", qui consacre sa Une et son dossier principal au mécontentement qui gagne l'armée et la classe politique, après l'échec de l'offensive contre le Hezbollah au Liban. Manque de moyens, retards technologiques et confusion, les réservistes de l'armée israélienne se mobilisent... Certains exigent la démission d'Ehud Olmert... "Le grand vide", écrit Pierre Haski, qui se souvient : "C'était en mars dernier, il y a à peine cinq mois, qui semblent pourtant une éternité... Les électeurs israéliens avaient tranché : ils tournaient le dos au conflit, ne voulaient plus voir leurs voisins palestiniens derrière le mur, et se payaient même le luxe de faire un choix social en donnant un bon score aux travaillistes. Or, cinq mois plus tard, le monde réel a repris le dessus... Le monde réel, c'est la guerre... L'Etat hébreu se réveille avec trois constats douloureux : il est privé de la fierté habituelle de ses exploits militaires... Privé de ses certitudes stratégiques... Privé enfin de leadership crédible, au moment où les menaces et les défis changent". Ce malaise, il prend une dimension concrète, dès lors que ce sont des soldats qui, aujourd'hui, s'expriment, écornant de l'intérieur le mythe de Tsahal, qui n'est plus un mythe, précisément. Pourtant, explique "Libération", appelés dans l'urgence à servir au Liban, ces soldats d'occasion que sont les conscrits ont accepté sans rechigner de monter au combat, mais en l'absence de victoire décisive, les soldats sont devenus citoyens, donc ils ont repris leur liberté de parole... Et les critiques pleuvent. Un grand déballage public, à l'image de l'amertume de Lior Dinmiz, qui, dès son retour du front, est allé manifester sous les fenêtres du Premier ministre pour exiger sa démission... Et il n'y va pas par quatre chemins, le jeune Lior : "Cette guerre, dit-il, ce n'était qu'un énorme désordre. Rien n'avait été planifié, nous avons manqué d'eau, de nourriture, et surtout nous n'avons pas compris les choix tactiques et les ordres". "Oui, reprend un soldat d'élite de 21 ans qui, lui, a tenu à garder l'anonymat... Les ordres changeaient tout le temps... Quant à l'équipement, c'était un choc... On aurait cru que les casques dataient de la guerre de Kippour... 1973... Avant, nous montions une opération sur ordinateur, avec des détails sur le moindre bâtiment... Là, nous étions face à une photo aérienne vieille de six ans... Alors, quand nous sommes arrivés, nous avons découvert des maisons qui avaient été construites entretemps". Et puis, comme en écho, c'est "Paris Match" qui publie des images de guerre... Celles d'un soldat israélien blessé, qui croit sa dernière heure arrivée... "L'image que Tsahal ne veut plus voir", titre fort justement l'hebdomadaire. Pendant ce conflit au Liban, 119 soldats israéliens ont été tués... Alors aujourd'hui, en Israël, des voix s'élèvent pour contester la façon dont cette guerre a été menée, avec ses incroyables carences logistiques... Mais au-delà de la dimension purement militaire du problème, les ratés de ce mois de guerre alimentent aussi un malaise social croissant en Israël, explique "Libération", parce que ce pays a changé... Le résultat des dernières élections législatives, avec un vote exprimant des préoccupations sociales, montrait que la priorité de la population n'était plus la sécurité. Alors une guerre, oui... Au départ... Parce qu'il fallait bien répondre aux provocations du Hezbollah... Mais une guerre qui tourne comme ça, non. Cette crise de l'Etat hébreu, elle est aussi développée dans "Le Monde", où l'on retrouve expliqués les mêmes tenants et aboutissants du malaise... Avec, en particulier, cet éclairage : la fronde des réservistes, analyse "Le Monde", n'est que le phénomène le plus apparent de l'exigence, beaucoup plus large, d'une société qui, choquée par les incuries militaires, politiques et sociales de son Etat que cette guerre a mises au jour... Une société qui appelle à y remédier sans délai. Israël, ou la crise existentielle. Ils sont tous là : ceux qui vont, ou qui veulent, être candidats... Ceux qui le seront, et ceux qui ne pourront pas l'être... Bref, un casting pour le départ d'une année politique majeure... Celle de la Présidentielle... Pour "L'Express", pas de doute : "Elysée 2007 : c'est parti !"... Avec l'incontournable chapitre Royal-Sarkozy, ou les dessous d'un duel... Enième coup de projecteur sur les deux champions autoproclamés par la grâce des sondages... En revanche, l'hebdomadaire pose cette question intéressante : "Pourquoi, cette fois, la France joue son destin ?"... Oh, ce n'est pas l'élection de la dernière chance, écrit Christophe Barbier, car il n'y a pas de fin à l'histoire... Mais c'est l'élection-vérité. Pour notre confrère, le 21ème siècle français commencera en mai 2007... C'est bien la raison pour laquelle ce scrutin, selon lui, est le plus important de l'histoire de la 5ème République... Parce que les Français n'éliront pas un nouveau Président pour cette République-là, mais le Président d'une nouvelle République. Non, avec son exécutif boiteux, son Parlement muet, sa démocratie bigleuse, et son administration remplie d'arthrose, ce système-là ne permet à aucune politique, bonne ou mauvaise, de s'appliquer vraiment. Moralité : il faut changer le logiciel du pouvoir... Le chantier institutionnel sera donc une priorité de l'élu, même s'il n'est pas la première préoccupation du citoyen. Nous ne sommes pas loin, là non plus, de la question existentielle. "Le problème, c'est que les deux grands partis n'intéressent plus personne", estime Emmanuel Todd dans "Le Point". Le théoricien de la fameuse fracture sociale de 95 en conclut que la menace d'un triomphe du Front National existe... "Alors, au stade actuel, avance Todd, je pronostique un second tour entre le Parti Socialiste et le Front National". Et puis cette protestation, parmi d'autres, d'Emmanuel Todd : "la problématique est très people, dénonce le sociologue, qui rappelle que la politique ne doit pas consister à s'intéresser au style et à la vie affective des détenteurs de pouvoir... Autrement dit, les Français se moquent de la symbolique... Ce qu'ils veulent, c'est que les candidats aient un programme". Eh bien justement, au PS, les rivaux de Ségolène Royal surfent sur cette vague-là... Comme le titre "Le Monde" : "Fabius, Lang et DSK veulent un débat de fond"... D'où leur bataille de projets, comme une réponse au discours généraliste de Ségolène Royal. L'illustration la plus frappante de cette attitude, elle est incarnée par Laurent Fabius cette semaine, qui, à la télévision et dans la presse, fait des propositions concrètes... Sur TF1 mardi soir, dans "L'Express" aujourd'hui, avec son SMIC augmenté de 100 euros immédiatement s'il est élu, la construction d'au moins 120.000 logements sociaux, et une réforme institutionnelle, entre autres... Et puis une réponse à Ségolène Royal et François Hollande... Entre autres... "Que pensez-vous de la mise en scène des couples politiques ?", lui demande-t-on... "Je n'aime pas l'américanisation de la politique, qui confond vie privée et vie publique", répond Laurent Fabius... "Je préfère dire : 'voici mon projet', plutôt que : 'mon projet, c'est "Voici". Laurent Fabius, qu'on retrouve dans "Le Parisien", qui lui consacre deux pages aujourd'hui, sous le titre : "L'homme qui veut aller jusqu'au bout"... Malgré tout, serait-on tenté d'ajouter... Malgré les sondages, qui lui sont si peu favorables... D'où cette question du "Parisien" à Martin Malvy, président socialiste de la région Pyrénées... "Mais pourquoi soutenez-vous donc Laurent Fabius, qui n'a pourtant guère de chances d'être investi au PS ?"... "Eh bien, parce que nous sommes en ce moment dans le débat médiatique, et que nous allons entrer progressivement dans le débat politique... Et là, c'est Fabius le meilleur. Vous savez, ajoute Malvy : dans le monde actuel, l'exercice du pouvoir est un opéra tragique... Ce n'est pas une opérette... Il faut quelqu'un de fiable et solide". Quant à la question de savoir s'il croit au retour de Lionel Jospin, la réponse est catégorique : c'est "non". Et pourtant, "quel insoutenable suspense !", écrit Philippe Noireaux dans "L'Yonne Républicaine"... "Allons-nous pouvoir patienter jusqu'à la fin de la semaine ?... Et s'il ne disait rien ?... S'il laissait encore planer le doute, Lionel Jospin ?... Ah non !... Le pays est suspendu à sa décision, il retient son souffle". Philippe Noireaux qui note que l'ancien Premier ministre compte déjà des supporters en dehors des rangs socialistes, à commencer, écrit-il, par Jean-Pierre Raffarin, qui disait hier, au micro de France Inter, que "Jospin ferait un adversaire plus coriace que Royal". Enfin, tout cela donne raison au titre de "L'Express" : "Elysée 2007 : c'est bel et bien parti !" Et puisque nous avons "L'Express", gardons-le... Pour cette enquête, dans la rubrique "Découvertes". Si vous demandez aux Français s'ils sont en forme, ils pourront vous répondre : "En forme de quoi ?"... Parce que leur forme a changé. Oui, le Français a grandi... Ca tout le monde le sait... Mais pas tant que ça. Il s'est arrondi également, et ses pieds se sont allongés. Ces résultats, on les doit à l'industrie du prêt-à-porter, qui ne perd pas le nord... Elle a lancé une campagne nationale de mensurations, d'où il ressort que les Français ont pris 5 centimètres et demi en 30 ans... Surtout les jeunes, les 18-25 ans, qui flirtent avec le mètre 85 en moyenne, devant les Néerlandais... Mais pour tout le reste de la population, on s'aperçoit que les Français ont moins grandi que leurs voisins européens, et qu'ils se situent désormais en queue de peloton, juste devant les Italiens et les Portugais. Vous remarquerez que "L'Express" parle de "queue de peloton", et même de "retard", comme si "petit", ou même simplement "de taille moyenne", était un défaut. Non, il faut être grand !... Je suis grand, donc j'existe. Alors, si vous êtes sensible aux critères que la société impose pour que votre enfant se sente bien dans cette même société si normative... Si vous voulez lui éviter la disgrâce de la petite taille... Les 12 premiers mois constituent, paraît-il, la période critique... C'est là qu'il faut faire attention à l'alimentation, si vous ne voulez pas que le pauvre garçon fasse moins d'1 mètre 80. On apprend aussi que les pieds des Français ont grandi, et se sont élargis, grâce ou à cause des chaussures de sport. Plus la chaussure est large, en effet, plus le pied s'épanouit, en quelque sorte... Etre bien dans ses baskets, ça vient peut-être de là. C'est comme "Français moyen"... A la lumière de cette enquête, vous l'aurez compris : ça veut "Français grand et large du pied". Bonne journée. A demain.

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