(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : les langues se délient

(Bruno Duvic) Et avant de revenir au succès de Marine Le Pen encore très largement analysé ce matin dans la presse, cette histoire assez incroyable, relevée dans Le Point qui sort dès aujourd'hui.

Il faut d'abord se souvenir que Bizerte en Tunisie est restée une base de l'armée française longtemps après l'indépendance du pays en 56. Il y eut notamment des combats en juillet 61. Un reporter nommé Jean Daniel y avait été grièvement blessé. Il écrivait alors pour L'Express , le grand titre anti colonialiste de l'époque.

Voici le même Jean Daniel 50 ans plus tard participant à une conférence sur Camus à la New York university. Les débats terminés, il dédicace ses livres. Et il raconte la suite dans une interview au Point .

"Un homme vient me voir, portant beau. Il me dit. 'Ne me dédicacez pas votre livre, on verra si je le mérite.'

Puis il me demande si j'ai un moment pour parler tranquillement, dehors.

Je sors avec lui et il m'annonce : ‘C'est moi qui ai tiré sur vous à Bizerte en juillet 61. J'étais un jeune parachutiste.

Depuis j'ai lu tous vos livres. Et je me dis que j'ai failli tuer l'auteur que j'admirais".

Jean Daniel raconte cette histoire en réponse à une question sur une éventuelle vocation manquée de romancier. "Le roman est là quand même", dit-il, à 91 ans.

On en vient au 18% de Marine Le Pen, examinés dans la presse...

(Bruno Duvic)

Et voici d'abord l'éditorial du Journal de Saône et Loire , signé Michel Mekki...

"Dimanche dernier, 77 communes de Saône et Loire ont porté Marine Le Pen en tête. En 2007, elles n'étaient que 5. Au cœur de la Bresse hier matin, notre reporter n'a trouvé nulle trace de barres HLM ravagées par l'insécurité, il n'a pas rencontré d'immigré clandestin et n'a pas constaté non plus un taux de chômage à deux décimales.

Ce qu'il a vu, c'est que le vote FN ne se contente plus de sanctionner. Ceux qui glissent un bulletin Marine dans l'urne adhèrent pleinement et le disent"

Confirmation à Générac dans le Gard. Le Pen à 30% dimanche. Reportage de MidiLibre . "Il y a encore 2 ans dit un habitant au reporter, vous m'auriez demandé de trouver des sympathisants qui assumaient, je n'en aurais pas trouvé deux". Sous entendu : aujourd'hui, c'est beaucoup plus facile.

Bédarrides, Vaucluse, 41% pour le FN dimanche. Pas de problème de sécurité. Mais voici ce qu'on dit au bar Le Brennus, c'est dans La Provence . "Nous sommes un village de Gaulois, c'est de la prévention, on ne veut pas de problème chez nous alors on vote FN pour les éviter. On agit avant que ça se passe. Ici, on protège ses terres, on ne veut pas de logements sociaux"

Encore un témoignage, celui de Marine, elle a 20 ans, elle est coiffeuse à Gandrange en Moselle. Et au Monde , elle dit ceci : "trop de gens sont payés à ne rien faire dans ce pays, alors que nous, avec un Smic et un loyer, on ne s'en sort pas. En plus, Marine le Pen, c'est la seule que je comprends dans les débats à la télé."

Sur le succès de Marine Le Pen, des reportages, mais aussi des analyses.

Le coup de semonce de la France des invisibles. L'article est signé Françoise Fressoz dans Le Monde . Géographiquement, cette France se situe dans le monde rural et périurbain ainsi que dans les très nombreuses villes moyennes touchées par la désindustrialisation.

Elle pèse près de 40% de l'électorat. Le vote FN n'y est plus seulement un vote de sanction mais d'adhésion, fondé sur la combinaison de deux éléments. La question sociale et la question identitaire.

Pour la chercheuse Nonna Mayer dans Libération , l'élément important, c'est le niveau d'instruction. Plus il est bas, plus la probabilité du vote FN est élevée. La coupure c'est le Bac. Jean Luc Mélenchon n'a pas réussi à disputer cet électorat à Marine Le Pen. « Il a d'abord séduit des électeurs de la classe moyenne salariée et diplômée (…)

Et cette fois ci les femmes ont eu moins de scrupules à voter Front National. »

Vers qui vont se tourner ces électeurs ? Le sociologue Alain Mergier appelle à la plus grande prudence dans Les Echos : « dans les catégories populaires, l'anti-sarkozysme est fort mais l'anti-socialisme l'est davantage encore. » Il souligne à quel point, auprès de ces électeurs là, le discours du PS sur l'immigration, la sécurité, les dépenses publiques, l'assistanat et les prestations sociales passe mal.

« La situation est très particulière dit le sociologue. La mobilisation peut encore être forte parce que les gens ne sont pas tranquilles. »

Les deux finalistes de la présidentielle tiennent compte, évidemment du résultat de dimanche

Et dans l'interview qu'il accorde à Libération , on voit François Hollande attaquer Nicolas Sarkozy sur un terrain nouveau : l'immigration.

"Il est depuis 10 ans responsable de la politique migratoire et le flux annuel de nouveaux migrants n'a pas diminué, c'est un fait incontestable. La gauche, depuis des années, considère que la maîtrise des flux migratoires doit être poursuivie avec une lutte plus efficace contre les filières clandestines. A la Une de Libération , ce titre, entre guillemets : « A moi de convaincre les électeurs du Front National »

Du côté de Nicolas Sarkozy, Le Figaro relève cette phrase du président candidat : "j'ai bien fait de ne pas écouter tous ceux qui me conseillaient de me recentrer. Je continuerai à parler au peuple. D'ici au 6 mai, il devrait pousser François Hollande dans ses retranchements sur le droit de vote des étrangers ou la régulation massive des irréguliers, ce que le candidat socialiste ne propose pas, précise au passage Le Figaro .

Quoi d'autre dans la presse, Bruno ?

L'histoire du TGV fantôme dans Presse Océan . C'est un coup de gueule des usagers réguliers du Paris Nantes. Ras le bol des retards. Ils sont abonnés, leur entreprise paye une partie des frais. Ensuite chaque trajet ne leur coûte qu'un Euro 50, autant dire presque rien. Alors ils ont réservé un TGV qu'ils n'ont pas l'intention de prendre, à la veille du week-end de l'ascension. Ce train risque donc de rouler à vide. Selon la SNCF, sur les 800 places, 250 ont déjà été bloquées.

La peur de la gauche fait travailler les notaires. Ils sont assaillis de demande de donations. François Hollande pourrait durcir les règles. C'est à lire dans Le Parisien-Aujourd’hui en France .

Et puis dans Le Monde , quand les prénoms raconte les hauts et bas de l'intégration, thème qui risque de marquer l'entre deux tours. Un sociologue s'est intéressé à ceux qui demandent à changer de prénoms. Les 3/4 sont d'origine étrangère. Ce sont des tranches de vie que doivent examiner les juges aux affaires familiales.

Elle est d'origine turque elle s'appelait d'Aurélie, ses camarades lui disaient qu'elle n'avait pas une tête à ça. Elle a repris son premier prénom, Aysel.

Elle s'appelait Noëlle, son mari, Nabil, musulman pratiquant. Elle a demandé à devenir Nawel.

Il s'appelait Samir, il est commercial, sur sa carte de visite, il a préféré écrire Norbert.

Mais on voit aussi des bouchers Halal reprendre leur prénom maghrébin.

A l'origine de ces décisions, il y a notamment le fait que quand vous demandez la nationalité française, on vous propose de franciser votre prénom. Parfois, les parents choisissent pour les enfants, des prénoms qui sonnent bien français, croyant bien faire. Pas toujours. Le Monde raconte l'histoire de ce Chinois qui s'appelait Napoléon.

A demain !

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