Ce n’est pas souvent qu’on trouve des poèmes dans la presse.

C’est même, disons-le, assez rare. Mais ce matin, LA PROVENCE en propose un à ses lecteurs : un célèbre texte de Miguel Zamacoïs, immortalisé par l’acteur Fernandel. Et il faut l’imaginer avec la voix de Fernandel, qu’ici, je ne me risquerais pas à imiter (je serais aussi crédible que Benoît Magimel dans la série Marseille.) - autant donc faire le choix de la sobriété.

Non, je ne rougis pas de mon fidèle accent ! Je veux qu’il soit sonore, et clair, retentissant ! Mon accent, il faudrait l’écouter à genoux ! Il nous fait emporter la Provence avec nous, Et fait chanter sa voix dans tous mes bavardages. Comme chante la mer au fond des coquillages ! 

Le poème s’appelle « De l’accent » et, bien évidemment, il est bien plus chantant avec la voix Fernandel, nettement plus chantant avec l’accent marseillais. Or si on le retrouve ce matin dans LA PROVENCE, c’est précisément parce que l’accent marseillais serait aujourd’hui menacé. Inquiétude de Laurence Mildonian, qui signe le dossier : « Oh pauvre, ils ont pris notre accent ! » 

C’est le constat d’une étude publiée dans la revue LANGAGE & SOCIETE.  Etude menée par deux chercheurs qui, pendant cinq ans, ont mené des entretiens pour savoir comment parlaient aujourd’hui les Marseillais. Conclusion : ils sont de plus en plus nombreux à parler sans accent : ni l’accent des pêcheurs et des joueurs de boules, ni celui, plus discret, de la bourgeoisie provençale, ni celui, métissé, de la jeunesse des quartiers Nord. D’ailleurs, les espaces publics sont aussi concernés : dans les trains, le métro, les annonces ne sont plus celles d’avant. Fini les « Sainte-Marthe, deux minutes d’arrêt ! » Même dans le bus à impériale qui organise des tours guidés dans la ville, c’est une voix standardisée qui commente la visite. Tant pis pour les touristes : çà et là, on gomme les aspérités de la langue. On uniformise, et il n’y a guère que dans les bars, sur les marchés et dans les virages du stade Vélodrome que l’on peut encore entendre des « Oh pauvre, tié pas fada, minot ? » Et le minot répond alors : « Eh ouais, peuchère… » Mais alors, pourquoi cette évolution du parler marseillais ?

Eh bien c’est là que c’est intéressant, car elle serait notamment liée à l’urbanisme. Depuis des années, la ville se métamorphose : on a réhabilité de nombreux quartiers, avec un objectif : attirer à Marseille une nouvelle population. Et ça a fonctionné : une nouvelle population est venue s’installer. Une population sans accent qui pourrait bien avoir déjà influencé le langage des locaux. La ville est attractive, mais elle perdrait progressivement son accent. C’est donc à lire dans LA PROVENCE et c’est drôlement intéressant. 

Autre dossier sur le langage – cette fois, c’est dans L’HUMANITE : on parle des mots de l’extrême-droite. « Des mots qui contaminent le débat public », titre le journal à sa Une. Là aussi, c’est intéressant. Papier de Grégory Marin : « la xénophobie est une infection qui se transmet par la bouche ». Il  dénonce un lent glissement sémantique qui piège les politiques, jusqu’à la gauche, dans le « prêt-à-penser » de l’extrême-droite. Même les cadres du PS ont été contaminés, écrit-il, prenant l’exemple de Stéphane Le Foll évoquant la menace que ferait subir à la France, « la pression migratoire ». Dernier exemple en date : le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, lequel, tout en se disant « progressiste », a estimé que « certaines régions » étaient aujourd’hui « submergées par les flux de demandeurs d’asile ». Une façon de faire sien le vocabulaire du Front National, à mille lieux de la politique de « bienveillance » prônée par le chef de l’Etat.   

Un président de la République qui, lui, peut parfois avoir « un accent shakespearien », note Rémi Godeau dans l’édito de L’OPINON. Il revient sur l’interview qu’Emmanuel Macron a donnée à la chaîne Fox News « Il y avait, écrit-il, le ‘There is no alternative’ de Margaret Thatcher. Il y a désormais le ‘No Chance’ d’Emmanuel Macron. En deux mots (prononcés donc avec « le même accent shakespearien » que Thatcher), il a assuré qu’il n’y avait ‘aucune chance’ qu’il recule sur la réforme de la SNCF. »

« No chance » d’un côté, et « Big chance » de l’autre : dossier dans LE PARISIEN sur « les vrais gagnants de la grève à la SNCF »… Pour répondre aux besoins des voyageurs, de nombreuses entreprises se sont adaptées – sociétés de co-voiturage, de location de voitures, ou bien encore les cars (les fameux cars Macron) : explosion des réservations depuis le début du mouvement, et parmi ces entreprises qui se frottent les mains, il y a même des filiales de la SNCF. Autre angle dans LIBERATION : c’est « L’argent, le nerf de la grève », ou comment les grévistes vont compenser leurs pertes de salaires. Laëtitia, 1.200 euros net par mois, explique qu’elle va vendre les objets de puériculture de son fils. Hanane, 1.700 euros net par mois, envisage de son côté de renoncer à ses vacances.

D’autres accents dans les journaux ce matin

L’accent de la misogynie. C’est à lire sur MEDIAPART : « Le ballet de Nice et la chasse aux danseuses enceintes. » Eric Vu-An, le directeur artistique du ballet Nice-Méditerranée, est accusé de gérer sa troupe avec un sentiment de toute-puissance. Une soliste, s’estimant discriminée, vient de porter plainte. Elle avait eu l’outrecuidance de mettre un enfant au monde, et désormais, le directeur la trouve trop grosse pour tous les rôles importants… Pour la même raison, il avait déjà évincé plusieurs autres danseuses.

L’accent de la désolation dans les pages « Sciences » du FIGARO. Au fur et à mesure que l’homme a entrepris de coloniser la planète, les espèces les plus importantes ont disparu. Et dans 200 ans, il pourrait ne plus y avoir ni de girafes ni d’éléphants… La vache pourrait devenir le plus gros mammifère sur terre. Chérissons nos vaches, nos girafes et nos éléphants.

Enfin, à propos d’animaux, vous lirez sur SLATE l’histoire de cet Ecossais qui vient d’être condamné à une amende de 900 euros… L’an dernier, il avait publié une vidéo dans laquelle on voyait un chien regarder des discours d’Hitler devant la télévision, et lever la patte de façon à faire un salut nazi. L’accusé n’a pas plaidé la débilité, mais l’humour. La justice a lui répondu : « vidéo offensante, antisémite et raciste ». On ne connaît pas l’accent du chien. 

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.