Du "Consentement", livre de Vanessa Springora, L'Express et Le Monde racontent une folie du siècle dernier : quand Gabriel Matzneff, pédophile avéré, fut adulé et protégé dans Paris. Des animaux et des contes aussi…

"Le consentement" de Vanessa Springora est paru chez Grasset le 2 janvier 2020
"Le consentement" de Vanessa Springora est paru chez Grasset le 2 janvier 2020 © AFP / Martin Bureau

On parle d'un livre...

Le Consentement, aux éditions Grasset, qui ne sera en librairie que la semaine prochaine mais qui déjà, dans des journaux, amorce ce qu'on appellera tristement un scandale, quand il n'est que bouleversant. C'est le livre d'une femme "très belle, à la voix douce", de langue classique lumineuse et juste, qui a le mot vrai et qui sait penser, dit Le Magazine Littéraire, dans un superbe portrait parce qu'il est digne d'elle... Vanessa Springora, patronne des éditions Julliard, qui connaît les hommes de lettres.

Les écrivains ne sont pas toujours des personnes qui gagnent à être connues, on aurait tort de croire qu'ils sont comme tout le monde, ils sont bien pires.

Et notamment un écrivain, aujourd'hui vieillard en désuétude, mais qui il y a vingt ans, trente ans, était un dandy "propre, massé, le crâne épilé, aimable" que Bernard Pivot invita cinq fois à Apostrophes. Gabriel Matzneff qui collectionnait les amants, les amantes de onze ans, de douze ans, de quatorze ans... Et parmi ses amantes, il y eut Vanessa, qu'il connut en 1985, quand elle avait treize ans, une proie aux yeux bleus qui lisait Eugénie Grandet et qui plaçait les écrivains sur un piédestal, et dont il s'empara, corps et âme, l'ayant rassurée de lait, de mots doux, de mousses au kiwi, et elle fut la chose de l'ogre...

"À 14 ans, à la sortie du collège, on n'est pas supposée vivre à l'hôtel avec un homme de 50 ans, ni se retrouver dans son lit, sa verge dans la bouche à l'heure du goûter", écrit dans son livre Vanessa Springora. Je retrouve cette phrase dans Le Monde et dans L'Express qui racontent une folie dans un autre siècle. Quand Matzneff, sans rien cacher, était un homme adulé de complaisance ; ce Gabriel qui se faisait passer pour un chef scout afin d'échapper à un père dont il avait happé l'enfant, "un chaton de 12 ans, l'un des gosses les plus voluptueux que j'ai connus". En 1990, une romancière québécoise, Denise Bombardier, avait osé dire son dégoût à Matzneff sur le plateau d'Apostrophes. Elle s'était retrouvée ostracisée au cocktail après l'émission, raconte-t-elle au journal Le Monde et puis insultée, dénigrée par la fine fleur de la critique littéraire. En 1977 quand Matzneff lançait une pétition pour soutenir des gens qui s'étaient amusés avec des mineurs de douze et treize ans, le texte était publié dans Le Monde et signé Aragon, Sartre, Beauvoir, Roland Barthes, Francis Ponge, André Glucksmann, Bernard Kouchner, Félix Guattari, Jack Lang... Imaginez.

L'hôtel où Matzneff se repaissait de Vanessa était payé par Yves Saint-Laurent, lis-je dans L'Express. Un jour, Vanessa y reçut un appel téléphonique de François Mitterrand, président de la République, qui venait prendre des nouvelles de son « cher Gabriel » hospitalisé…

Et c'est donc, au-delà de Vanessa Springora elle-même, une aberration collective et s'impose pour des hommes admirables un mépris. "Votre rôle est d'accompagner Gabriel sur le chemin de la création et de vous plier à ses caprices", ordonna Emil Cioran à Vanessa Springora... Dans Le Monde où les amis de Matzneff se désolent que les temps ont changé, Frédéric Beigbeder redoute que Gabriel se suicide, il en est d'autres qui pourraient, se relisant, mourir de honte, s'ils vivent encore ici-bas.

On parle d'animaux également...

Et il faut bien cela, un petit chat mignon à la Une de Libération "spécial animaux". Mais parler des animaux, c'est parler de nous, espèce humaine, qui fabriquons dans des laboratoires des animaux monstrueux adaptés à nos besoins, des vaches devenues des citernes à lait, des cochons si gros qu'ils risquent l'arrêt cardiaque en descendant des camions qui les mènent aux abattoirs. Nous sommes l'abominable homme des gènes, j'en souris... le devrais-je ? Mais l'homme par sa science ne blesse pas que les bêtes. Aux États-Unis, passionnant à lire dans Les Échos : l'industrie du vapotage a ciblé délibérément les jeunes gens et les lycées. Des adultes, de conférences en avertissements, essaient d'arracher les jeunes gens aux cigarettes électroniques qui ont tué 48 personnes cette année...

Il y a de quoi pourtant se consoler sur nous-mêmes, Noël arrive et parfois, on en est digne.

Dans La Voix du Nord, je lis que, sur la Côte d'Opale, Frédéric Bourgain, propriétaire de plusieurs logements touristiques, va offrir à un foyer pour SDF, des oreillers et de draps de luxe venu du chic Hôtel Westminster, qu'il a acquis dans une vente aux enchères... ÀCroix, Raphaël Bucciantini, le patron de la pizzeria Mama Maria, invitera ce soir à un réveillon gratuit, des familles dans le besoin, 30 adultes et 25 enfants envoyés par Le Secours Populaire, qui auront aussi un cadeau. Il se dit égoïste, Raphaël, car ses invités lui offrent l'esprit de Noël.

À Issoire, me dit La Montagne, des collégiens correspondent avec des écoliers du Chiapas au Mexique, et découvrent des enfants souriants qui marchent des kilomètres pour retrouver une petite école. "Je ne pensais pas qu'ils étaient aussi pauvres, disent mes auvergnats. Ils sont pauvres mais heureux".

Et des contes pour finir...

Contes qui ne seront jamais plus terrifiants que la réalité parfois mais qui faisaient trembler nos ancêtres en Haute-Loire et dans ces veillées, dont L'Éveil ranime le souvenir, quand on affrontait le froid et la nuit pour se retrouver au chaud à parler des vaches dont on redoutait que des sorcières viennent tarir le lait, et puis dans la cuisine, on racontait les maisons hantée, les loups-garous, la Dame Blanche et la Fachineira, la "fée noire", les farces des lutins. Diable qui ravissait les âmes naïves. Et quand on avait tremblé, on mangeait un peu de pain, de la saucisse, du fromage, et l'on rentrait chez soi en espérant ne pas croiser de feu follet...

Plus modestement, des écoliers sages d'Orléans ont imaginé un livre qui permet de remonter le temps. Ce conte et d'autres se lisent sur le site de La République du Centre...

Plus grinçant enfin, et en phase avec la lassitude qui parfois devant le progrès, La Dépêche publie un conte politiquement incorrect, sur un brave homme que sa femme délaisse sexuellement, et dont le fils godiche n'a trouvé comme fiancée qu'une végane, et qui se retrouve devant la perspective d'un réveillon au quinoa. Il va se consoler à la messe de minuit qui n'est pas une messe, il n'y a plus de prêtres, mais sa voisine aux beaux yeux le prend par la main et l'invite chez elle où l'attend un chapon rôti...

Mais il aurait pu, notre homme, vivre avec son temps en lisant Le Figaro, où le grand chef Romain Meder, du Plaza Athénée, donne les clés d'un réveillon sans viande. 

Voilà donc, j'en passe des choux de Bruxelles poêlés tièdes, avocats pas trop mûrs, clémentines, œufs de truite... Et du chou-fleur au comté, réconfortant et goûteux, à accompagner à l'envi de truffes ou de poutargue râpée. 

Avez-vous bien noté, à l'envi !

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