On est en mai 68. Le Général de Gaulle revient sur les évènements qui ont failli l’emporter et confie à son ministre Alain Peyrefitte, ce qu’il appelle le fond de sa pensée. « Le sens de l’Etat, en France, personne ne l’a ! Moi je l’ai… Enfin, je l’ai de temps en temps. Je le manifeste de temps en temps, quand cela va trop mal. Mais en dehors de moi, personne n’essaie. Et c’est bien là le problème ! ». [Alain Peyrefitte « C’était de Gaulle ». Editions Fayard. Tome III. Page 610]. Vingt ans plus tard, Jacques Attali, demandera à François Mitterrand, quelle doit être selon lui, la première qualité de l’homme chargé du gouvernement des Français. « J’aimerais vous répondre la générosité », dira Mitterrand, « mais en réalité c’est l’indifférence ! ». Dur métier quand on y pense, que celui de Roi de France élu pour 7 ou 5 ans. Il y faut le cuir épais du rhinocéros, et l’indifférence réelle ou supposée du Soliveau, dérivant au fil de l’eau. Et jamais, jamais le moindre regret ! BOBINO « Avec mes souvenirs « J’ai allumé le feu « Mes chagrins, mes plaisirs « Je n’ai plus besoin d’eux ! « Balayées les amours « Et tous leurs trémolos « Balayés pour toujours « Je repars à zéro. « Non ! Rien de rien « Non ! Je ne regrette rien « Ni le bien, qu’on m’a fait « Ni le mal, tout ça m’est bien égal ! ». Nicolas Sarkozy, va-t-il lui aussi au lendemain des élections municipales, repartir à zéro, ne rien regretter des actions bien ou mal engagées, et changer de méthode pour gouverner ou communiquer. La question est posée, clairement par la presse aujourd’hui. « Le Journal du dimanche » s’appuie sur le dernier sondage de l’IFOP, commenté par Monsieur Jean-Luc Parodi. L’enquête a été réalisée, par téléphone, entre le 14 et le 22 février. Elle fait apparaître, un cruel renversement de tendance, avec 38 % de satisfaits du Président, contre 62 % de mécontents. Alors que le Premier ministre François Fillon obtient 57 % de satisfaction, contre 40 % de mécontentements. Chute sévère du Président. Moins neuf points en deux mois. Et ascension corollaire de François Fillon, qui gagne sept points par rapport à janvier dernier. Nicolas Sarkozy au plus bas. Fillon au plus haut. « Le premier », écrit Jean-Luc Parodi, « se déprésidentialise. Le second, plus éloigné des medias, progresse dans son rôle, et se présidentialise dans la discrétion ». « C’est », conclut le directeur de la Revue française de Sciences politiques, consultant de l’IFOP, « un renversement sans précédent dans la hiérarchie de l’exécutif ». Dans le passé, en effet, l’hôte de Matignon protégeait celui de l’Elysée. Il était le fusible, qui sautait quand il y avait tension sur la ligne. Le Roi, de Gaulle, Mitterrand, Chirac à la parole rare, ne bougeaient pas. Et nous autres journalistes, étions les témoins de cette immobilité minérale du chef de l’Etat, à la fonction sacralisée. Nicolas Sarkozy, ou les temps nouveaux ont tout changé. Le Président volontairement, s’est délibérément porté en première ligne, et a renversé la pyramide. La pointe est en bas. Dure, puisqu’elle porte tout, mais fragile aussi. Un incident hier au Salon de l’agriculture, illustre cette situation. « Le Parisien-dimanche », l’évoque sur une pleine page et la diffuse en ligne sur son site, qui a déjà reçu plus de cent mille visites depuis six heures, ce matin. C’est un échange d’invectives filmées, et diffusées aussi sur Youtube, et Dailymotion. La vidéo montre Nicolas Sarkozy, souriant dans la cohue, du Salon de l’agriculture, et serrant des mains, jusqu’à ce qu’un clampin lui lâche dans un français approximatif : « Ah ! non, touche-moi pas ». « Casse-toi alors » propose le Président. « Tu me salis », réplique le quidam. « Casse-toi, pauvre con… » réitère le chef de l’Etat. Bis repetita… puisque, comme le rappelle l’Agence France Presse, nous avions assisté à une algarade du même style en novembre dernier, quand un marin pêcheur avait invectivé Nicolas Sarkozy en visite au Guilvinec. Et que celui-ci, avait invité le pêcheur en colère à descendre s’expliquer. L’explication en question, a eu lieu d’ailleurs, et sans coup de boule, ni injure… Puisqu’en janvier dernier, l’interpellateur du chef de l’Etat, a été invité à l’Elysée, avec la délégation des marins-pêcheurs, qui protestaient contre la flambée des cours du gazole. Cette affaire du Salon, gâche évidemment, ce que « Le Dauphiné libéré » écrit aujourd’hui, à propos de la volonté de Nicolas Sarkozy de refonder la PAC, et d’inscrire la gastronomie française au patrimoine de l’Unesco. « Quelle bonne idée », écrit Hélène Pilichovski… et elle ajoute, « enfin une douceur élyséenne ». « Midi-libre » titre aussi, sur un Président qui a séduit hier, les agriculteurs, venus l’entendre. « L’Ardennais » et le journal « L’Union », sont moins enthousiastes. « C’est l’habitude », disent-ils… « Comme d’habitude Un verre de lait, une tranche de jambon et une pomme en un peu moins de deux heures. La visite express de Nicolas Sarkozy au salon de l’agriculture montre que le chef de l’Etat se sent moins à l’aise que son prédécesseur pour flatter de la main ou du regard le galbe de la croupe d’une blonde d’Aquitaine. Mais heureusement, la valeur d’un élu ne dépend pas de sa capacité à ingurgiter de l’andouillette dès 10 heures du matin. On l’attend sur un autre terrain, celui des idées et des propositions ». Fin de citation. Et l’éditorialiste de « L’Union », de considérer que l’inscription de la gastronomie française à l’Unesco, n’est pas une bonne idée. Quelle cuisine dit-il ? Quelle recette… avant de s’en prendre aux conseillers de l’Elysée… Jean-Marie Rouart dans « Nice-Matin », entreprend pour sa part de redresser la barre, et relève, dans sa chronique hebdomadaire que tous ceux qui soupçonnent le Président de la République, de dérive monarchique ont en réalité une idée, ils veulent lui couper la tête. Alors que, note Jean-Marie Rouart, malgré son impulsivité, les réformes de Nicolas Sarkozy passent, et sa politique avec. La preuve, les bons scores de popularité de François Fillon, qui a la charge d’appliquer ladite politique. Et Jean-Marie Rouart, de regarder du côté des stades, et de la presse, à propos des insultes, et des noms d’oiseaux qui fleurissent comme jamais, ici et maintenant. Je préfère, écrit-il, pour ma part, « une insulte à un coup de boule ». « Ces insultes », écrit Jean-Marie Rouart, « - si répréhensibles soient-elles, surtout quand il s’agit de racisme - me semblent cependant moins dommageables que les coups et les voies de fait. Personnellement je préfère de beaucoup me faire insulter que de recevoir un coup de poing. On soigne l’insulte chez soi en faisant dorloter son amour-propre par une personne compatissante tandis que le coup de poing peut-être du ressort de l’hôpital. Goethe disait : « Je préfère une injustice à un désordre ». « Au risque de passer pour un pleutre, je préfère une insulte à un coup de boule ». J’ai gardé, le plus grave pour la fin… La loi de rétention, la décision du Conseil constitutionnel d’en refuser la rétroactivité… Et celle du Président de consulter la Cour de cassation. Des voix s’élèvent de tous côtés, rappelant l’Article 62 de la Constitution qui vaut aussi pour Nicolas Sarkozy. C’est-à-dire que le président de la République doit respecter les décisions du Conseil constitutionnel. Parmi ces voix, j’en citerai une, celle de Robert Badinter qui, dans « Le Monde », daté de dimanche lundi, écrit : « Nous sommes dans une période sombre, sombre pour notre justice » et Robert Badinter peut considérer que le conseil constitutionnel s’est efforcé de retirer une partie du venin sur la loi de rétention. Il n’en reste pas moins que cette loi là, il ne l’accepte pas et la refuse. J’en aurai tout à fait terminé en vous donnant deux bonnes nouvelles. Mais d’abord il y a l’ami Vincent Josse qui est très bien traité dans le supplément TV radio du « Monde » daté aujourd’hui. Vous avez que Vincent Josse fait une émission formidable tous les matins sur Inter qui s’appelle « Esprit critique ». Et maintenant on va exprimer un vœu et un choix. Pourvu que Marion Cotillard, comme Simone Signoret il y a des années et des années, remporte ce soir l’Oscar. C’est un peu pour ça que je mettais tout à l’heure la Môme Piaf pour dire « Non je ne regrette rien ». Si Marion Cotillard ne l’a pas, on pourra toujours chanter cette chanson là…

Yvan Levaï

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