Le jour de l'enterrement de François Mitterrand, il a refusé d'entrer dans l'église de Jarnac. Pour cet homme qui porte la laïcité en bretelles, un représentant de la République ne doit pas assister aux offices religieux. Du coup, pendant la messe, il a gardé Baltique, la chienne de l'ancien Président qui, elle non plus, n'a pas trempé une patte dans le bénitier ce jour-là... L'anecdote est dans le portrait de Michel Charasse, brossé par Judith Waintraub dans Le Figaro. Ainsi va Charasse : laïc, franc-mac, colérique, prêt à aboyer si l'on dit du mal de François Mitterrand, et désormais membre du Conseil Constitutionnel, nommé par Nicolas Sarkozy. Est-il encore socialiste, cet homme en rupture de ban avec le PS depuis deux ans, ce conseiller de Mitterrand qui avait l'habitude d'envoyer les camarades "se faire brosser chez plumeau", ce sénateur pestant contre un parti qui n'aime pas les pauvres, son angélisme sur la sécurité, et ses 35 heures pour bobos parisiens ? Ouverture à la mode Sarkozy... Deux nominations sont commentées ce matin dans la presse... Charasse au Conseil Constitutionnel donc... Dans Le Figaro, les réactions des socialistes sont très claires. "Non, ça n'est pas de l'ouverture : c'est un sarkozyste, pas un socialiste". Le baiser de la trahison n'est toujours pas passé. En 2007, entre les deux tours de la Présidentielle, rappelle Judith Waintraub, le candidat Sarkozy avait rendu visite à Charasse, qui lui avait claqué la bise dans sa mairie de Puy-Guillaume. L'Humanité le considère même comme un membre de la majorité. Et du coup, pour le quotidien, avec sa nomination au Conseil Constitutionnel, il n'y a plus aucun membre de l'opposition parmi les Sages. L'autre nomination commentée, c'est la vôtre, Didier Migaud, à la présidence de la Cour des Comptes... Et là, droite et gauche réunies, tout le monde applaudit. "Socialiste, compétent et indépendant" : voilà votre portrait en substance. Seul le site Rue89 vient abîmer ce portrait : il reprend un rapport de la Chambre régionale des Comptes de Rhône-Alpes, assez critique sur votre gestion de la communauté d'agglomération de Grenoble. On en reparlera dans les questions après cette revue de presse. Alors pourquoi Nicolas Sarkozy poursuit-il cette politique d'ouverture qui fait grincer dans les rangs de l'UMP ? Pour Bruno Dive, dans Sud-Ouest, la réponse est simple : "Cela corrige son image d'un chef d'Etat aux manières abruptes et qui a peu de goût pour le contre-pouvoir". Henri Emmanuelli a une autre interprétation, dans les colonnes de Libération... "La politique d'ouverture n'a qu'un seul objectif : brouiller les cartes et troubler l'électorat de gauche, d'autant plus que le Président et l'UMP paraissent être dans une mauvaise passe électorale". (Pierre Weill : "Direction l'Afrique, à présent")... Alors que Nicolas Sarkozy est au Gabon et au Rwanda, Le Monde Diplomatique tente ce mois-ci un bilan de la démocratisation entamée en Afrique dans les années 90. De la Guinée au Niger, l'actualité ne fournit pas des exemples très glorieux. Et pourtant, selon Le Monde Diplo, les progrès réalisés depuis vingt ans sont réels... Même malmenés, des scrutins se tiennent à peu près partout. L'Union Africaine condamne les coups d'Etat : elle prévoit des sanctions. La population prend davantage la parole qu'auparavant. La liberté de la presse a progressé. Les associations ont joué un rôle clé dans l'avancée vers le pluralisme. Voilà pour le positif. Le négatif, on le devine dès le titre de ce long article d'Anne-Cécile Robert : "De Conakry à Nairobi, les Africains votent mais ils ne décident pas". Car les moyens de contourner le verdict des urnes, de fausser les élections ou de faire taire les opposants sont encore nombreux. C'est ce qu'on appelle "le chantage à la marmite" : pour faire taire un opposant, on fait pression sur son employeur, son entourage, et jusqu'à sa femme pour qu'elle le quitte. En Afrique, la démocratisation se fait dans le cadre d'Etats décrédibilisés. Un économiste ghanéen décrit les dirigeants comme des "hippopotames fainéants" ou des "gouvernements vampires", qui pillent les ressources locales. Et puis ce qu'on appelle la "communauté internationale", la France notamment, n'a pas renoncé à garder la main en Afrique. Le continent paraît de plus en plus administré de l'extérieur, mais l'une des sources principales de son instabilité, c'est la violence et l'iniquité des rapports mondiaux. Et puis il faut ajouter l'épineuse question communautaire... Pour l'écrivain camerounais Célestin Monga, l'Afrique souffre de quatre déficits : déficit de savoirs (pour lui, les systèmes éducatifs fabriquent des fonctionnaires semi-illettrés) ; déficit de leadership ; déficit de communication ; et déficit d'amour-propre. (PW : "Quoi d'autre dans la presse, Bruno ?") Est-ce qu'on pourra toujours subir des examens à base d'imagerie médicale dans les mois à venir ? Ce secteur, qui représente entre un million et un million et demi de diagnostics en France, est menacé de paralysie, selon Le Monde. L'une des techniques pour réaliser ces examens, c'est d'utiliser un élément radioactif, produit par très peu d'unités dans le monde. Or, deux de ces réacteurs sont hors-service. Les trois-quarts de la production mondiale manquent aujourd'hui à l'appel. Toujours dans le secteur de la médecine... Les spécialistes en dépassement d'honoraires pourraient être davantage sanctionnés à partir du mois d'avril. C'est à lire dans Le Parisien-Aujourd'hui. Le décret fixant de nouvelles sanctions sera publié à ce moment-là. Parmi les spécialistes visés : les stomatologues, les urologues, les pneumologues et les anesthésistes. Enfin, avis de séisme social en Belgique, selon le site du quotidien Le Soir... C'est à cause d'une entreprise française : Carrefour, qui a annoncé hier plus de 1600 suppressions d'emplois dans le pays. Dix ans après l'épisode Renault Vilvoorde, l'émotion est très vive. (PW : "Et puis un jeu vidéo est en vedette dans la presse")... Il sort aujourd'hui en Europe. Et Les Inrockuptibles y consacrent deux pages. Car "Heavy Rain" (c'est le titre de ce jeu) représente une révolution... Beaucoup moins de bagarres et de poursuites en voiture que dans la plupart des jeux. C'est un polar, où vous êtes à la recherche d'un tueur en série. Vous incarnez quatre personnages différents : une journaliste, un détective privé, un agent du FBI et un père de famille. Et en fonction des choix que vous faites, les scénarios sont différents : vous êtes à la fois l'acteur, le réalisateur et le scénariste. La mise en scène et la bande-son sont soignées. Et les émotions comme l'amour ou la tristesse jouent un rôle important dans le déroulement du jeu. Interview du créateur de cette drôle de pluie battante, dans Les Inrocks... C'est un Français : David Cage. Il rêve d'un rapprochement entre jeu vidéo et cinéma. "Les derniers jeux sont extraordinaires sur le plan visuel, mais ce sont les mêmes qu'il y a dix ans. Le jeu ne doit pas être cantonné à un public d'adolescents. Pour la plupart des gens, jouer c'est appuyer sur des boutons frénétiquement, être super-excité puis on passe à autre chose. Alors qu'aller au cinéma, c'est voir quelque chose qui va vous marquer et peut-être changer votre vision du monde. Comment apporter un peu de ça aux jeux vidéos, et passer d'un moment où on se vide le cerveau à un moment où on le remplit d'émotions ?". David Cage présente son jeu presque comme un film interactif. Parmi les nouveautés qu'il recèle, il n'y a pas de "game over". On ne perd pas : on va au bout de différents scénarios... (PW : "Et pour finir, un nouveau venu dans les kiosques")... En tout cas, nouveau sous cette forme... C'est Le Tigre, l'un de nos chouchous : on en a déjà parlé dans cette revue de presse. Depuis sa création en 2006, il a été hebdomadaire, mensuel, puis bimestriel. Il paraîtra désormais tous les quinze jours. Le numéro 1 est en kiosque depuis un moment déjà. Le Tigre, c'est un rendez-vous pas comme les autres, au carrefour du magazine, du journal satirique, de la revue littéraire, du potache, de la poésie et de la politique. Dans ce numéro, vous trouverez : une interview de l'ancien détenu de Guantanamo accueilli en France en mai dernier ; une double page sur une série de tableaux qui évoquent des papiers peints ; un reportage dans les salons de coiffure africains du quartier Château d'Eau à Paris ; une vieille pub de 1968 où l'on vantait les mérites du porto : "Un verre de porto, c'est bien naturel"... Les temps ont bien changé... Et puis il y a ma rubrique préférée : l'auto-fictif, rédigé par l'écrivain Eric Chevillard... C'est une série d'aphorismes, de brèves, pleine d'humour et de poésie, à mi-chemin entre l'actualité et la vie intime de l'auteur. Je vous en cite deux, ouvrez les guillemets : "D'un autre côté, le port de la burqa empêche de fumer dans les lieux publics. Il faudrait savoir ce que l'on veut". Et puis celle-ci, qui rassemble les morts célèbres de l'actualité ces derniers temps et la vie privée de l'auteur : "La belle Lhasa, Mano Solo, Philippe Séguin, Eric Rohmer, Roger Pierre, Georges Wilson, Salinger, 200.000 Haïtiens, et mon père, embarqués dans le même convoi funéraire - Est-ce qu'une explication va suivre ?". Adoptez Le Tigre en kiosque : c'est une espèce rare, à protéger... Bonne journée...

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