Après le blog Zataz, Libération raconte comment un demi-million de dossiers médicaux français se sont retrouvés sur internet. Le Figaro raconte le milieu de l'art qui se rétracte et annule le plasticien Claude Lévêque, dénoncé comme pédo-criminel. Capital témoigne de Phéanith, artiste de 21 ans, harcelé, suicidé.

On parle d'espionnage...  

Dont nous sommes les victimes, simples citoyens consommateurs de téléphones connectés, qu'une grande entreprise écoutait sans scrupule. On parle de Apple, qui avait installé à Cork en Irlande des dizaines de salariés qui écoutaient et retranscrivaient mot à mot ce que les utilisateurs d'Iphones ou de tablettes Ipad disaient à leurs appareil via SIRI,  Siri étant l'assistant vocal de Apple... Il s'agissait d'améliorer cette intelligence artificielle pour qu'elle restitue fidèlement nos mots et s'adapte à nos mœurs aussi, par exemple que Siri devait mieux entendre le genre féminin, belle ambition, mais dans la pratique, pour éduquer la bête, on pénétrait l'intimité des gens, l'enfant qui parlait à sa machine avant de dormir, la femme qui avait appris la maladie de sa mère, mais aussi un pervers enregistrant un texte pédophile...   Et c'est quand il a entendu ce message que Thomas le Bonniec est sorti de sa torpeur. Il avait 24 ans, il avait accepté pour ne plus être chômeur, d'écouter mécaniquement 1300 messages privés chaque jour et soudain, il se réveillait furieux contre lui-même. Apple vérifia qu'il n'était pas suicidaire il en avait tant entendu! Non, il ne l'était pas, il est devenu lanceur d'alerte, et avant de témoigner dans Télérama, il a alerté des journaux anglo-saxons, mais aussi en vain la commission informatique et liberté d'Irlande -Apple n'a pas été sanctionné...  

Et ayant lu cela je me sens nu - nu comme se sentiront lisant Libération, d'autres simples citoyens qui un jour sont allés voit leur médecin, qui leur a prescrit des analyses dans un laboratoire, dans le Morbihan, l'Eure, le Loiret les Cotes d'Armor, parfois le Loir-et-Cher... Et bien, leurs dossiers de laboratoire se promènent sur internet, en accès libre et gratuit : un fichier de 491840 lignes, 491840 personnes, noms adresses numéro de sécurité sociale nom du médecin pathologies cherchées ou soignées, tumeur au cerveau, HIV surdité? Ces informations peuvent nourrir des chantages, des arnaques...  Le fichier a été signalé par un journaliste observateur du web nommé Damien Bancal, son blog s'appelle Zataz, il avait repéré une discussion sur une messagerie cryptée entre des pirates informatiques de Turquie. Après Bancal, Libération met sa puissance  à raconter toute l'histoire, les dossiers, seraient restés exposés pendant que des laboratoires changeaient de système de sécurité interne; ensuite des pirates se seraient disputés et l'un d'eux aurait balancé les fichiers pour embêter ses rivaux. Un petit monde mesquin, dont nous ne savions rien... 

On parle aussi d'enfants.   

Des enfants qui se battent et se tuent, hier et lundi encore deux adolescents de 14  ans dans l'Essonne, et des journaux veulent comprendre ces guerres désormais digitalisées, explique dans le Monde, le sociologue Marwan Mohammed, on se provoque sur le web, on filme les guerres et ces reportages viennent asseoir les réputations...   

Il faut lire alors -mais c'est atroce- sur le site de l'Obs le destin d'Oliver raconté par sa mère qui la veille de sa mort lui avait demandé pardon si elle avait été une mauvaise maman, puisqu'elle n'arrivait plus à l'empêcher de dériver. Le lendemain Oliver et ses copains, trainant sur internet repéraient deux acheteurs potentiels de drogue et conçurent l'idée de les racketter, les autres étaient plus forts, et la fin d'Oliver ne vous laissera pas en paix...   

L'Obs nous dit que ces enfants meurent et tuent  pour croire qu'ils existent, des enfants d'une immigration récente, de familles monoparentales qui  s'illusionnent dans la  toute puissance de la bande, un univers où se dressent quelques repères, foot rap, drogues, bagarre, boxe, musculation, l’islam ou la bécane et trafic de stupéfiants...  

La Montagne fait sa Une sur l'addiction au cannabis qui toucherait 7% des jeunes de 17 ans. La Provence nous dit qu'il y à Marseille 156 spots de vente de drogue, 220 dans les Bouches du Rhône, deux fois plus que le nombre de bureaux de postes. 

Dans l'Equipe je vois un handballeur  français qui a voyagé, Pierre-Yves ragot était une vedette dans le championnat roumain quand on l'a mis en prison  soupçonné de trafic de cannabis, mais la drogue dit-il conjurait la peur qui le hante, car il fut, enfant, violé... Il dit aussi que ce viol lui a donné la colère pour devenir un champion.     

Dans Capital vous verrez le visage très beau d'un garçon nommé Pheanith et vous verrez aussi et un de ses dessins, superbe, il était artiste, le dessin  montre une meute d'enfants à têtes de moutons qui isolent un garçon... Pheanith était ce dessinateur déjà courtisé à 21 ans mais il était aussi ce garçon isolé, harcelé dans une école d'art par des condisciples jalouses qui le criblaient sur le net. Il s'est pendu en décembre.    

On parle enfin de communautés... 

Qui seraient dans leurs juxtapositions la fin d'une France "archipelisée". Dans l'Opinion, à propos d'une enquête du Centre d'études de la vie politique française, le sociologue Luc Rouban combat cette idée reçue du séparatisme... Mais la situation est pire encore. "La République va mal, mais les communautés aussi. Près de la moitié des Français sondés (45%) ne se sentent pas appartenir à la communauté nationale, ni à aucune autre communauté de langue, de religion, de valeurs... La France n’est pas une République mourante au profit d’une démocratie à l’anglo-saxonne. La France n’est plus un archipel, c’est un pays de naufragés."  

Il nous reste naufragés pour survivre des vertus dans la presse, et ce matin dans le Figaro.  A partir d'une histoire sordide, la dénonciation comme pédocriminel d'un artiste célèbre, le plasticien Claude Lévêque, le Figaro nous raconte le milieu de l'art embarrassé d'un homme qui fut tant aimé, et recherché pour la part enfantine de son œuvre, des écritures tremblées des visages des néons... Mais depuis l'automne on regarde l'œuvre autrement, des musées démontent ses installations, un galeriste raye Lévêque de son catalogue. L'Elysée refuse de dire si un tapis signé Lévêque acheté par les Biens nationaux orne encore un coin du bureau du Président. Et l'annulation d'un homme pas encore jugé, le sera-t-il, se dessine comme notre portrait d'une société en mal de vertu...   

Dans le Figaro encore, j'apprends que de parfumeurs composent des fragrances des lieux qui nous sont interdits, l'odeur d'un théâtre d'un cinéma d'une vieille boite de nuit, les odeurs qui nous manquent, l'odeur des interactions du brassage humain, comme nous manquent, c'est magnifique et vrai, "l'odeur du bruit"...

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