Dans la presse ce matin : les pièces du puzzle...

(Bruno Duvic) C'est écrit en français dans le texte sur le site du quotidien mexicain Milenio ... « Libre ! » Libre, Florence Cassez et déjà dans l'avion pour la France. Toujours au Mexique, le site d'Excelsior montre même une photo d'elle sur le tarmac de l'aéroport de Mexico. Vol Air France 439. Faut-il encore une preuve que le Mexique s'y intéresse ? Un autre site publie une photo du couloir de l'avion déposée sur Twitter…

Si la presse de France est dans l'émotion ce matin, particulièrement la presse nordiste, région d'origine de Florence Cassez, au Mexique on est déjà dans le débat. Amertume du procureur général de la République sur le site de Processo : « Elle est libérée à cause de la violation de ses droits, pas parce qu'elle est innocente ». Le journal Reforma reprend une autre déclaration du procureur : « Il va falloir accélérer la mise en place d'un nouveau système pénal, pour que les droits humains soient respectés au Mexique. »

Les ONG applaudissent : « c'est un précédent pour faire respecter la justice ». Processo résume sur son site Internet : « Il y a de la joie, des condamnations, des non dits et des plaintes après cette libération ». Un sénateur proche de l'ancien président Calderon a cette phrase : « Cette affaire se termine avec des victimes sans justice. »

Voilà pour la presse mexicaine, la presse française est tout à sa joie. On relèvera cette curiosité à la Une de beaucoup de journaux régionaux. Il fallait annoncer la nouvelle : Florence Cassez est libre ! On n'avait pas encore de photo. D'où cette bizarrerie : le mot « liberté » et une image de la française derrière les barreaux.

La Voix du nord choisit l'espagnol : « Liberada ! ». Et dans le récit d'Eric Dussart, il y a cette note : dans la prison de Tepepan, Florence Cassez ne voulait pas regarder la télévision hier soir. Elle a tout de même appris la nouvelle en direct : une grande clameur s'est soudain élevée au sein de la prison.

Récit de liberté dans la presse française, mais pas seulement

Nouvelle pièce au dossier de la prise d'otage en Algérie. Paris Match publie des photos prise de l'intérieur et un récit le plus complet possible. Photo de la voiture bélier qui a servi à défoncer l'entrée du site gazier. Le drapeau du djihad planté sur la base de vie : noir avec un verset du Coran. Des tenues de camouflage des terroristes, tenues américaines, de celles que le Qatar avait fourni aux rebelles libyens.

Du récit foisonnant de Match , on retiendra le miracle pour ce Philippin, dans l'un des convois visés par les hélicos algériens : « Il y avait des balles dans tous les sens, des voitures ont explosé, j'ai fermé les yeux, j'ai senti la voiture basculer, je me suis laissé glisser. » La ceinture d'explosifs que lui avaient passée les terroristes ne se déclenche pas.

On retiendra la solidarité des prisonniers algériens, avec les étrangers... Un employé découpe son chèche en deux pour en donner la moitié à un Anglais, qui parvient à s'échapper.

L'Ecossais Alan Wright était caché avec des Algériens. Ils font un trou dans les barbelés qui enserrent le site : « Quand j'ai entendu le claquement du fil de fer sectionné, j'avais l'impression d'être dans ‘La grande évasion’ ».

Le Français Alexandre Berceaux planqué dans sa chambre derrière des planches, sous son lit doit la vie à son cuistot qui lui apportait de l'eau et des céréales. « Ali a risqué sa vie pour sauver la mienne. Depuis ma libération, je l'appelle tous les jours. Je lui dis qu'il a été fou de prendre un risque pareil. »

La prise d'otage en Algérie, la guerre au Mali à la Une de beaucoup d'hebdomadaires : « La France en guerre, ce qu'ils n'osent pas dire », titre Le Nouvel Observateur ; « Nos ennemis islamistes » à la Une du Point ; « Le péril djihadiste » pour La Vie . « Mali, la guerre jusqu'où ? » demande Pélerin . « Le soutien à la France ne faiblit pas au Mali », titre La Croix

Un autre puzzle reconstitué dans Libération

Libé avait fait scandale avec sa Une "Casse toi riche con" à propos de la volonté de Bernard Arnaud de devenir belge.

Le milliardaire est à nouveau à la Une du journal ce matin. Après le coup de sang, c'est le moment de l'enquête à froid. « Les secrets belges de Bernard Arnault ». Travail très minutieux de Yann Philippin qui a reconstitué le montage imaginé par le patron d'LVMH. Si lui n'est pas encore belge, la majeure partie de sa fortune l'est bel et bien.

90% des dividendes versés par Groupe Arnault, la holding qui chapeaute LVMH, atterrissent à Bruxelles. Dans l'entourage de l'homme d'affaire on assure qu'il n'y a aucun motif fiscal. Il s'agit d'utiliser un régime juridique plus souple pour préparer l'avenir, notamment s'il venait à mourir dans les dix ans à venir. Vous trouverez tous les détails techniques dans le papier de Yann Philippin.

Dans l'éditorial, Nicolas Demorand reconnait qu'il n'y a rien d'illégal dans la démarche de Bernard Arnault. Il prend en compte ses démentis sur un exil pour raisons fiscales. Mais, écrit Demorand, « en refusant de s'expliquer clairement et publiquement, Bernard Arnault prend le risque d'alimenter le soupçon, de nuire à l'image de ses marques et de fragiliser l'ensemble des salariés qui les font vivre. »

Quoi d'autre dans la presse ?

Le pudding de David Cameron. Il veut rester dans l'Europe mais propose un referendum aux britanniques s'ils veulent en sortir. « La Grande Bretagne de David Cameron provoque l'Europe » titrent Les Echos . Financial Times et Herald Tribune titrent sur « le pari » de David Cameron.

Une nouvelle affaire menace la Bac, cette fois à Paris. C’est à lire dans Le Nouvel Observateur Des policiers de la Bac sont accusés d'arrondir leurs fins de mois en faisant de la sécurité privée. L'inspection générale des services est sur le coup

Et puis un nouveau « mook », ces revues à mi-chemin du magazine et du livre. Il s'appelle Desports . Il mélange sport et littérature. Il fait le pari qu'en s'intéressant au sport, ses dessous, son histoire on en apprend beaucoup sur nos sociétés. A propos d'histoire, parmi les récits que contient ce premier numéro, retour avec Pierre-Louis Basse sur un épisode des Jeux olympiques de 36 à Berlin. 4 médailles d'or pour le noir Jesse Owens, à la moustache d'Hitler.

Notamment celle du saut en longueur. Son adversaire principal avait tout de l'aryen que fantasmait Hitler. Luz Long, Allemand de Hambourg, mèche blonde et visage émacié. Contre toute attente dans le contexte des Jeux de 36, une amitié indéfectible va naître entre ces deux là, Long donnant même des conseils à Owens au début du concours alors que l'Américain risquait d'être éliminé.

Pour récompense, les nazis enverront le champion allemand se faire tuer sur le front italien pendant la guerre.

Avant de partir au front, il écrit à Owens. « Après la guerre, va en Allemagne, va voir mon fils et parle lui de son père ». Owens a tenu parole.

En cet été 36, dans le stade olympique de Berlin, Owens a gagné et Hitler a perdu deux fois.

A demain !

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