Bonjour... ...Et vous, vous travaillez aujourd'hui ? Ca m'étonnerait. Entre les convictions religieuses des uns et la belle journée estivale qui s'annonce, on a vraiment envie de jouer les prolongations en ce lundi de Pentecôte. Rappelez-vous : après la canicule de l'été 2003 et ses 15.000 morts, en majorité des seniors, le gouvernement Raffarin avait décidé de nous mettre au boulot en ce lundi un peu spécial. Il en avait fait une "journée de solidarité" au profit exclusif des personnes âgées et handicapées. En 2008, ce "lundi de Pentecôte travaillé" s'est mué en "journée de solidarité sans date fixe". Les salariés doivent un jour à l'Etat, un point c'est tout ; résultat : selon un sondage IFOP publié hier par Ouest-France, 4 salariés français sur 5 ont décidé de "chômer", cette année, ce lundi de fête religieuse, ce lundi 24 mai. ...Mais au fait ?... "Où va l'argent de la journée de solidarité ?". C'est la question que pose, en page Une, Le Parisien-Aujourd'hui en France. L'utilisation des fonds recueillis au nom de la solidarité nationale suscite un beau débat. Une mission parlementaire (une mission d'enquête) a été créée fin 2009. La députée socialiste du Calvados Laurence Dumont, qui la préside, dénonce le fait qu'une partie des 2 milliards d'euros récoltés chaque année s'en aille financer le trou de la Sécurité Sociale, détournés de leur destination : le financement d'actions en faveur de l'autonomie de nos anciens. Depuis 2005, depuis la mise en place de cette journée de solidarité, on aurait gentiment glissé vers un syndrome "vignette automobile"... (Rappelez-vous : la vignette que l'on collait sur le pare-brise ; l'argent collecté devait servir au minimum-vieillesse, mais au fil des ans, une partie de la somme finissait dans d'autres caisses, affectée à d'autres postes budgétaires). Et ce n'est pas fini. ...Voilà que l'on reparle de la création d'une seconde journée de solidarité. L'idée n'est pas nouvelle. Elle émane d'un ex-ministre chiraquien des Questions familiales puis de la Santé : Philippe Bas. Aujourd'hui, dans Le Parisien, il persiste et signe, considérant qu'il faut "trouver de l'argent en excluant d'emblée l'augmentation des cotisations sociales ou des impôts". Philippe Bas se dit "conscient" des objections émises ici ou là, "notamment celle qui affirme qu'une telle mesure ne toucherait qu'une partie de la population". Sont exemptés de la journée de solidarité : les professions libérales, les artisans et les commerçants. (Nicolas Demorand : "Pendant ce temps, nos voisins britanniques s'apprêtent à subir une cure de "superaustérité")... ..."Superaustérité" : ce mot qui fait peur, vous le lirez en Une du Figaro. Le journal nous rappelle que le Royaume-Uni est confronté à un déficit record : 12% du Produit Intérieur Brut (c'est le même ordre de grandeur que la Grèce). A la tête de la coalition des conservateurs et des libéraux-démocrates, David Cameron s'apprête à mettre en place un plan de rigueur qui s'annonce comme le plus rude que le pays ait connu depuis la Seconde Guerre mondiale... Eh oui !... Plus sévère même (nous dit Le Figaro) que les remèdes douloureux de Maggie Thatcher dans les années 80. Le secrétaire d'Etat britannique au Trésor a prévenu : les coupes seront "brutales", les choix "impopulaires". Et si cela ne suffisait pas, le gouvernement, à Londres, se verrait obligé d'augmenter les impôts. Augmenter les impôts : c'est ce que l'OCDE suggère aux autorités françaises qui en rejettent toujours l'idée. Le Figaro Eco nous dit que lors d'une audition de la commission Attali, le secrétaire général de l'Organisation de Coopération et de Développement économiques a préconisé "des mesures pour accroître les recettes et d'autres pour réduire les dépenses". Quand on songe à réduire les dépenses, c'est généralement aux dépenses publiques que l'on s'en prend d'abord. En pareil cas, on a tôt fait de démontrer qu'il y a pléthore de fonctionnaires. ...Prenez les fonctionnaires de police, par exemple. Ce matin, plusieurs de vos journaux reviennent sur la mort de cette jeune policière municipale, tuée l'autre jour par des malfaiteurs. Dans La Charente Libre, Dominique Garraud fustige la "tolérance zéro" chère au camp présidentiel. Il écrit : "La tolérance zéro, marque de fabrique du sarkozysme en termes de sécurité, est une vaste fumisterie dès lors que la police et la gendarmerie, comme le reste de la fonction publique, subissent des coupes claires dans leurs effectifs tout en étant soumis à une culture du 'résultat' conduisant à une multiplication de procédures inutiles". L'éditorialiste de La Charente Libre ajoute : "La prolifération des polices municipales, voire des milices privées, est le symptôme d'un Etat qui ne remplit plus une de ses plus importantes fonctions régaliennes : permettre à la population de vivre sans la crainte d'être agressée". Dans Le Télégramme, Christine Clerc note que "le bilan est si décevant que Sarkozy pourrait soupirer, tel Mitterrand à propos du chômage : 'On a tout essayé'. Tout, sauf l'augmentation des effectifs, le retour de la police de proximité et la mise en oeuvre du plan Marshall pour les banlieues promis par le candidat Sarkozy". Christine Clerc écrit encore : "Ce n'est pas en serrant le poing (...) que Sarkozy réussira à apaiser l'inquiétude ravivée par la mort d'une jeune mère de famille... 2012 se jouera sur la sécurité". (ND : "Sur la sécurité ?") C'est en tout cas ce que prédit l'éditorialiste du Télégramme. Pour elle, apparemment, le débat qui fait rage autour de nos retraites ne devrait pas compter plus que ça dans les arguments de la prochaine campagne présidentielle. Entre ceux qui proposent de repousser l'âge légal de cessation de l'activité professionnelle et ceux qui ne veulent pas en entendre parler : la messe est dite, dogme contre dogme. Dans un entretien au Courrier Picard, Eric Woerth souligne que le gouvernement souhaite "augmenter la durée passée au travail dans une vie". Pour autant, le ministre ne nous révèle pas explicitement l'âge jusqu'auquel les Français devront impérativement travailler. La formule que répètent en boucle les membres du gouvernement, ces temps-ci, vous le remarquerez, c'est : "Ce n'est pas encore définitivement arrêté". A propos des formules ministérielles, je reviens un moment sur celle qu'a prononcée le ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire, hier, lors de l'inauguration de l'opération "Nature Capitale" sur les Champs-Elysées à Paris ; il a déclaré : "L'agriculture doit revenir au coeur du pacte social et économique. Nous sommes tous des agriculteurs". En entendant ça, Francis Brochet a pris sa plume pour écrire dans Le Progrès : "Le ministre de l'Industrie lancerait : 'Nous sommes tous des ouvriers', ça marcherait moins bien. Ce n'est pourtant pas plus faux, et les ouvriers souffrent autant de la crise que les agriculteurs". ...Mais qui ne souffre pas aujourd'hui ? Prenez les professeurs agrégés. A la lecture de Libération et du Figaro, vous apprendrez qu'ils sont près de 46% à avoir déjà été tentés de démissionner (et même à plusieurs reprises) ; plus de 73% d'entre eux avouent d'ailleurs songer à une reconversion. Ils avancent pour cela plusieurs raisons : le stress, le manque de reconnaissance, la vision trop utilitariste qu'ont leurs élèves de la culture, des conditions matérielles d'enseignement pires que celles imaginées. C'est ce qui résulte d'une enquête réalisée par la Société des Agrégés, au cours de l'automne dernier, auprès de 400 professeurs de l'enseignement secondaire. Je vous livre, en prime, cette remarque d'un agrégé qui enseigne en collège ou en lycée : "Bac+5 pour confisquer un portable ou un lecteur MP3, c'est superflu". (ND : "C'est déprimant tout ça... Offrez-nous donc un peu de people, Alain, pour détendre l'atmosphère")... Soit. ...Alors, dans ma besace, j'ai par exemple du Johnny Hallyday. Son retour à Paris orne les Unes du Parisien-Aujourd'hui en France, de France-Soir, du Bien Public... ...Pourquoi est-il rentré de Los Angeles, me direz-vous ? Hmmm ?... ...Pour payer ses impôts (non, là je plaisante !). Il doit subir quelques examens médicaux, avant de filer à Gstaad, en Suisse, sa patrie fiscale. "Son retour a quelque chose de mystique", déclare Fabrice Lucchini dans les colonnes du Parisien. ...D'accord d'accord, Fabrice !... Avant de clore cette revue de presse, un mot quand même de Cannes et du 63ème Festival international du Film qui a pris fin hier soir. Palme d'Or au film "Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures", du Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul (on dirait un nom de volcan islandais). Au Figaro, on n'a pas du tout aimé. Le film est qualifié d'"ennuyeux, incompréhensible, hallucinatoire, hermétique et obscur". Pour le journal, "'Oncle Boonmee', c'est la palme de l'ennui". ...A la Une du Figaro et Vous, ce titre : "Cannes 2010... La palme dort" (D.O.R.T.). Pour contrebalancer ce point de vue radicalement négatif, sachez quand même qu'à Libération, on a jugé ce film "magique et déroutant dans un Festival un brin terne". Bonne journée.

Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.