Patrick Cohen : Dans la presse aujourd'hui, de la lutte des classes à la lutte des places... Bruno Duvic : Puerta del Sol, place centrale de Madrid : "La tambouille, vous la voulez à quelle heure ?". Rafaël a 56 ans, la voix éraillée et un torchon noué à la taille. Il est aussi chômeur en fin de droit, et en a marre qu'on lui dise qu'il est bon à flanquer à la poubelle ! Alors, quand il est passé à Puerta del Sol, et qu'il a vu qu'il pouvait être utile, il est resté. Il est devenu cuistot en chef du campement des "Indignés". C'est qu'ils sont organisés les jeunes et moins jeunes, qui depuis une dizaine de jours, ont planté la tente au coeur de la capitale espagnole. "Yes, we camp !"... cantine, garderie, infirmerie, espace lecture, équipe de nettoyage. Ce village improvisé, mi-campement de Robin des Bois, mi-festival de rock, est beaucoup plus carré qu'il n'en a l'air. Patrick Cohen : Voilà pour la description des lieux dans Libération et dans Le Parisien-Aujourd'hui en France... Bruno Duvic : Sur le fond, le sens de la mobilisation tient en quelques slogans et témoignages. Deux messages à l'adresse des politiques : "La démocratie, maintenant !" et "Vous ne nous représentez pas !". Des témoignages, en voici deux, dans les colonnes de Libération... Une femme, la quarantaine : "Tu te bas pour que tes enfants aient un meilleur avenir, un diplôme, deux diplômes. Et à la fin, on te dit que le résultat est le même: chômage !". Un retraité : "On s'est battu pour pouvoir voter et voilà ce qu'ils font de notre démocratie : un système où la gauche est chargée d'appliquer une politique de droite". Espagne... chômage : 20%... 44 chez les jeunes... dette publique : 70% du PIB... C'est la crise et l'austérité, après des années de bulle immobilière. La jeune génération est touchée de plein fouet, c'est "la génération 1.000 euros", plus diplômée que la précédente et pourtant dans la dèche. Depuis le temps qu'on en parle, ces parents et grands-parents finissent par s'inquiéter aussi. Alors, à Puerta del Sol, explique l'édito du Monde, on croise de jeunes diplômés sans emploi, mais aussi des salariés précaires, des familles surendettées, des fonctionnaires et des retraités. La majorité a plutôt le coeur à gauche sans être altermondialiste. Un même sentiment les réunit : celui de ne pas être entendu. Ils mettent en accusation un système... un système qui choisit arbitrairement les aspirations populaires qui lui plaisent et celles qu'il passera sous silence. Au fond, poursuit Nicolas Demorand dans l'édito de Libération, ils rejouent une scène fondatrice de la démocratie : se réunir sur une place publique pour débattre de questions qui concernent la communauté. Une proposition émerge : la réforme du mode de scrutin pour permettre aux petits partis de faire entendre leur voix. Le roi Juan Carlos semble les avoir entendus, en partie du moins, selon Le Figaro. Il a appelé, hier, à donner un soutien urgent à l'emploi des jeunes. Faut-il comparer la Puerta del Sol à la place Tahrir du Caire ou à celle de la Sorbonne en 68 ? Comme il y a plus de quarante ans à Paris, émergent de jolis slogans, comme celui-ci relevé dans L'Humanité : "Si vous nous empêchez de rêver, nous vous empêcherons de dormir". Patrick Cohen : Les Espagnols peuvent-ils inspirer les Français ? Bruno Duvic : Après tout, ce nom d' "indignés", qu'ils se sont donnés, est inspiré du livre de Stéphane Hessel. Pour l'instant, ça ne bouge pas vraiment. Mais quand on sollicite la parole, on entend bien un malaise. L'Humanité a demandé à 12 habitants de Vierzon dans le Cher, de rédiger un cahier de doléances, comme avant la Révolution Française. Les 12 ne représentent qu'eux-mêmes, mais leurs voix résonnent... Extrait : "J'ai à peine 40 ans, et dans ma génération, on n'a jamais connu une politique qui soit vraiment désirable"... Extrait encore : "Depuis que je suis à la SNCF, je n'ai connu que des luttes pour ne pas perdre, jamais pour gagner quelque chose vraiment"... Extrait enfin : "J'aimerais bien m'installer dans une petite maison avec ma copine, mais ce n'est pas simple quand on est intérimaire. Comment faire des projets ? J'ai 32 ans, ce n'est plus si jeune quand même". Comment répondre à ces attentes dans le contexte économique actuel ? Des témoignages de cette nature, on en lit presque tous les jours dans la presse. Tous les jours aussi, ils se fracassent contre un mur. A la Une de La Tribune : "Zone euro : les crises politiques contaminent les marchés". Perspectives négatives des agences de notation en Italie et en Belgique. Lassitude des populations. La zone euro n'a toujours pas trouvé une solution politique à la crise de la dette souveraine. Traduction : d'un côté, ras-le-bol des fins de mois galère. De l'autre, plus un sou en caisse. "Les marchés sont assommés" confirme la Une des Echos. Et à la dette, le journal ajoute deux autres fléaux : la croissance économique qui faiblit en Chine et le volcan islandais qui menace, à nouveau, l'Europe. Heureusement, Plantu est là... dessin à la Une du Monde aujourd'hui : trois messieurs très sérieux transportent une brouette pleine de biffetons. Un Grec en costume traditionnel saute de joie : "Ah, c'est la demande de prêt que j'attendais du FMI"... Réponse des trois : "Touche pas ! C'est la caution pour DSK". Patrick Cohen : Madame DSK est à la Une du Figaro... Bruno Duvic : Le combat d'Anne Sinclair pour sauver DSK. Hommage très appuyé du quotidien de droite à celle que l'on voyait déjà en première dame d'un président de gauche. Mais les socialistes, eux, ne se débrouillent pas si mal sans DSK. Sondage BVA pour la presse régionale : hypothèse Aubry ou hypothèse Hollande, le candidat socialiste garde de l'avance sur Nicolas Sarkozy. Intentions de vote, si le premier tour de la présidentielle avait lieu dimanche : Aubry : 24, Sarkozy : 22, ou bien Hollande : 27, Sarkozy : 21. Dans les deux cas, Marine Le Pen est à 17. Mais les rapports de force ont le temps d'évoluer dix fois avant la présidentielle. Patrick, vous allez me dire : quoi d'autre dans la presse ? L'énorme bourde du jury à l'agrégation d'Histoire. Lors de l'épreuve de commentaires de documents en Histoire Médiévale, le 14 avril dernier, c'est un faux qui a été soumis aux étudiants. Le texte n'était pas un document datant de 1415, comme présenté, mais un pastiche de 1964.... c'est à lire sur "mediapart". Et puis, et puis, si vous lisez le portrait du jour dans Libération, vous allez enfin savoir à quoi ressemble Joël Collado ! Eh bien, il a le physique d'ancien marin qu'il est ! Carré, pas très grand, cheveux blancs, 62 ans, sourire franc et une pogne à vous briser les phalanges ! Manifestement, ça marche avec les filles. Dans ce portrait témoignage d'une autre voix mythique de France Inter, Patricia Martin : "Joël Collado est un joli garçon, avec un physique d'acteur américain". Il a grandi à Clermont notre Monsieur Météo, il a pris la mer à 16 ans, c'est là qu'est venu le goût d'observer les vents. Puis, il a reposé les pieds sur terre pour être aux côtés de sa femme et de ses deux fistons. Depuis 94, c'est l'une des voix de la météo sur Inter. Autant dire qu'il a du métier et qu'il sait gérer les susceptibilités des auditeurs ! Les Bretons, par exemple. Pour éviter les engueulades, il ne dit plus "il pleut en Bretagne", mais "la pluie arrive par l'ouest". Des auditeurs qui lui demandent conseil dans les moments importants de leur vie. Cette lettre, par exemple : "Monsieur Collado, je viens de prendre ma retraite et je souhaiterais m'installer avec ma femme dans une région ensoleillée. Je n'aime ni le vent, ni la pluie. Où faut-il aller ? » Eh bien, il faut aller sur France Inter… Joël Collado est là tous les jours !

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