A l'heure où Google essaie de contourner la censure chinoise en passant par Hong Kong, Les Inrockuptibles nous emmènent cette semaine dans un autre pays asiatique : la Birmanie... C'est un reportage de Paul Moreira. Titre-choc : "Comment Alcatel se connecte à la junte birmane". Le documentaire sera diffusé vendredi, en deuxième partie de soirée, sur Canal+. En Birmanie, la police politique et les mouchards sont partout. Aujourd'hui, évidemment, l'espionnage de l'opposition se fait sur Internet : la junte bloque les mails, les sites, les articles. Question : qui fournit la technologie ? Sur un site de l'opposition birmane, Paul Moreira est tombé sur un nom : Alcatel Shanghaï Bell. C'est la filiale chinoise de l'entreprise franco-américaine. Elle aiderait le régime à mettre en place un réseau Internet pour cadenasser les télécoms dans le pays. Les bureaux de l'entreprise sont au cinquième étage d'un hôtel de Rangoon : Hôtel Sedona. Dans le centre de la Birmanie, la junte a rasé un morceau de jungle. C'est un lieu hors d'atteinte. Un checkpoint en contrôle l'entrée. Ici, les militaires ont bâti la cyberville qui doit centraliser toutes les communications. Un document officiel précise noir sur blanc : "Alcatel Shanghaï Bell a agi sur ce projet comme consultant technique".. "Qu'est-ce qu'il vaut mieux ? Des communications restreintes ou pas de communications du tout ?". C'est l'argument avancé par le porte-parole d'Alcatel à Paris, quand Paul Moreira l'interroge sur cette collaboration. "Nous déployons un réseau de télécom. On fait en sorte qu'il marche. C'est tout. Son exploitation ne relève pas de nos prérogatives". Parmi les technologies que maîtrise l'entreprise franco-américaine : la Lawfull Interception. C'est un interrupteur qui permet aux autorités d'écouter vos conversations, de lire vos mails ou d'assister à vos chats. Alcatel, écrit Paul Moreira, l'a mis à disposition des Chinois, meilleurs alliés des généraux birmans. Commentaire embarrassé du porte-parole : "Je leur ai demandé : ils m'ont dit qu'ils ne posaient pas le dispositif au Myanmar, en Birmanie. C'est ce qu'ils m'ont dit". Peu après cette conversation, les autorités birmanes ont identifié une nouvelle blogueuse : elle a pris 13 ans de prison. Dans Les Inrocks, le journaliste rend hommage au guide qui lui a permis de réaliser cette enquête : il a pris de très gros risques. (Nicolas Demorand : "Et pour commenter la politique française, ce matin, les journaux sont verts")... Verts de rage, ou verts comme l'espoir concrétisé... "Fillon renvoie la taxe carbone à plus tard", titre très sobrement Le Figaro. Mais "Sarkozy boit la taxe", pour Libération. Pour commenter ce recul, le journal prend un malin plaisir à rappeler les déclarations enflammées du Président à l'époque où il défendait cette taxe : 10 septembre 2009, déplacement dans l'Ain : "Vous voyez, Mesdames-Messieurs, il en va de la fiscalité écologique comme de tant d'autres choses : il y a ceux qui en parlent et ceux qui la font" ; ou encore, le même jour : "Je ne comprends pas comment on peut avoir signé le pacte de Nicolas Hulot et aujourd'hui renier sa parole ; je l'ai signé, je le fais : c'est une question d'honnêteté ; si on ne le fait pas, on n'est pas honnête". Ce matin, dans la presse, les jeux de mots tombent comme une pluie acide... "La taxe carbone fait pschitt !", pour L'Est Républicain. "Elle part en fumée", pour Métro et 20 Minutes. "Elle est carbonisée", pour Jacques Guyon dans La Charente Libre. "L'UMP refroidit la taxe carbone", écrit Sud-Ouest à sa Une. Pour Paul Quinio, dans Libération, "avec ce recul, Nicolas Sarkozy renonce à son ADN d'hyper-Président. Car, derrière la taxe carbone, se cachent les autres rodomontades sarkozystes : de la spéculation internationale qu'il fera plier, aux petits voyous qu'il empêchera de sévir, sa parole, à force d'être péremptoire, s'est dévaluée. Le Président qui agit se transforme en Président qui parle, parle, parle... C'est le sens du message envoyé par les Français lors de ces Régionales : on ne te croit plus ! Hier, Nicolas Sarkozy leur a répondu qu'ils avaient raison". Et pan ! L'anti-sarkozysme cogne fort, ce matin encore. Même des politiques étrangers s'y mettent, comme l'ancien chef de la diplomatie britannique, le travailliste Denis McShane. Le NouvelObs.com reproduit une tribune publiée dans Newsweek... C'est titré "Big Trouble for Sarko" (les gros ennuis de Sarko, où le prix de l'insuffisance). Tribune au vitriol : "Le problème du Président est basique : il n'a pas tenu ses promesses. Sarkozy n'est qu'un simple homme politique dans un pays qui a soif d'hommes d'Etat". (ND : "Alors il y en a tout de même qui applaudissent ou remercient le Président")... Je vous parlais de ceux qui sont verts parce que leur espoir est concrétisé avec l'abandon de la taxe carbone... "Les entreprises sont soulagées", titrent Les Echos. "L'industrie respire", ajoute La Tribune. Le Figaro relève que la mesure était techniquement très complexe. Celui qui remercie Nicolas Sarkozy, c'est Martin Hirsch. Cette figure de l'ouverture vient de quitter le gouvernement de son plein gré. Et il se confie au Monde et à L'Express... - "Quel jugement portez-vous sur Nicolas Sarkozy ?", lui demande Françoise Fressoz, dans Le Monde. - "Pas un jugement, mais de la gratitude. Il a respecté ses engagements. Sur le revenu de solidarité active, y compris son ouverture aux jeunes, il ne m'a jamais lâché. Il a pris des risques face à sa majorité". C'est juste avant Noël que le départ de Martin Hirsch a été acquis. "J'ai dit à Nicolas Sarkozy que je ne voulais pas ternir ce que nous avions fait ensemble. Il y avait un climat dans lequel je ne me sentais pas à l'aise". C'était l'époque du débat sur l'identité nationale. Et puis dans L'Express, Martin Hirsch a cette formule pour dire que le Président et lui ont fait chacun un effort : "Sarkozy me voulait comme ces figurines au fond des paquets de corn-flakes. Il lui a fallu acheter le paquet entier. Il coûtait très cher : le prix du RSA". Les hebdomadaires reviennent donc sur les Régionales et leurs conséquences. On ne va pas se priver des indispensables caricatures de la presse satirique. Je vous en cite deux... D'abord dans Bakchich Hebdo, sur le malaise social que révèle ce vote : joli dessin de Pakman... On dépouille une urne. Des bulletins sortent, mais aussi une bouteille avec message de SOS à l'intérieur : c'est un vote amer. Les divisions dans la majorité, version Charlie Hebdo... Un homme entre dans un établissement louche à enseigne de l'UMP. "Faut-il rouvrir les bordels ?". "C'est déjà fait". Dans Le Canard Enchaîné, au-delà des dessins : un article sur le nouveau secrétaire d'Etat à la Fonction publique Georges Tron... Selon Le Canard, il paierait son logement à Paris la moitié du prix du marché. C'est un HLM qui lui aurait été attribué en 1992. En 2008, il laissait entendre qu'il allait bientôt partir. Il y serait toujours. (ND : "Quoi d'autre dans la presse, Bruno ?") Beaucoup de Unes sur la journée de manifestations hier, sur l'emploi, les retraites et le pouvoir d'achat... "La mobilisation était au rendez-vous", constate Ouest-France. Un décompte à la Une de L'Humanité : "800.000 personnes dans la rue". C'est le chiffre de la CGT. Comme d'habitude, pour avoir celui de la police, il faut diviser par deux. Mais "les cortèges étaient plutôt fournis", dixit Les Dernières Nouvelles d'Alsace. C'est "un signal à suivre", pour La Voix du Nord. * Signal d'une "urgence sociale", selon La Dépêche du Midi. Malaise économique et social aussi en Argentine... C'est un symbole national qui passe au gril dans Libération. Depuis le début de l'année, le prix de la viande a augmenté de 50 à 70%, selon des instituts de sondage indépendants. Pourquoi cette augmentation ? Il y a de moins en moins de bétail. Le visage de la pampa s'est transformé ces dernières années : les prairies laissent la place aux champs de colza. Le colza rapporte beaucoup plus sur le marché international. Mais dans le pays, les Argentins ne peuvent plus se payer leur steack, aussi symbolique que notre baguette. Et puis il faut faire un sort au petit qui mange les grands, en Coupe de France de football : le club amateur normand de Quevilly... Il est en demi-finale de la Coupe. L'histoire fait bien sûr la Une de L'Equipe, mais aussi de Paris-Normandie : "Ils sont trop forts !". (ND : "Une dernière histoire pour la route")... Histoire belge anti-bling bling. Elle est racontée sur LePoint.fr... Le héros s'appelle Laurent. Ca se passe dans l'agglomération de Charleroi. La région wallonne lui avait versé une subvention pour retaper un petit hôtel. La bâtisse a retrouvé tout son lustre, et Laurent avait l'air de vivre très bien : BMW et Jaguar... sauf qu'il a été victime de deux car-jackings. Il a fini par déménager. Mais la région wallonne exige qu'il rembourse la subvention qu'il avait touchée. Car, en échange, il devait habiter dans la région. Or, pour la justice wallonne, son déménagement n'est pas justifié : il est le seul responsable de ses ennuis. Extrait du jugement : "Il n'est peut-être pas raisonnable d'attirer l'attention sur soi en circulant en Jaguar, en affichant ostensiblement sa prospérité dans une région pauvre et sinistrée comme celle de Charleroi". Roule, camarade : la lutte des caisses est de retour ! Bonne journée...

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