Patrick Cohen : Dans la presse ce matin : du bleu dans les yeux.. Bruno Duvic : Malgré la légende, les yeux de Liz n'étaient pas violets. Ils étaient bleus. Un bleu particulier, certes. Une sorte d'azur pigmenté de cobalt, de turquoise et de reflets dorés. Un bleu si spécial que l'on pouvait facilement imaginer qu'ils étaient la signature d'un destin. Le bleu Liz, comme il existe le bleu Klein. En fait, ses yeux présentaient bien une anomalie d'ordre génétique : une double rangée de cils dont Liz Taylor fut gratifiée dès la naissance et fournissant à vie, un effet de regard soutenu, comme le ferait un mascara naturel. Extrait de l'hommage rendu ce matin par Libération à Liz Taylor : "Queen Elizabeth". Son visage recouvre la Une du journal. Ce doit être ça une star : la faculté à capter la lumière. Liz Taylor disparaît et beaucoup de journaux relèguent, pour un temps, au second plan, la Libye et la politique. France-Soir, Le Figaro, Le Parisien, ou Le Bien Public, qui a glissé en haut de sa Une, un bandeau où on ne voit que ses fameux yeux. Patrick Cohen : C'est à la Une d'une nouvelle revue qui paraît aujourd'hui... Bruno Duvic : Elle s'appelle "6 mois", elle paraîtra tous les six mois. Elle veut redonner ses lettres de noblesse au photojournalisme. C'est l'équipe de XXI, revue dont on parle régulièrement ici, qui se lance dans l'aventure. Dans ce premier numéro, très épais et très beau, un reportage parmi cent autres : « Au coeur des brigades du jean ». C'est dans la ville de Zhongshan en Chine. Particularité : la majorité des jeans vendus dans le monde sont fabriqués là. Il y a dix ans, cette ville n'existait pas. Aujourd'hui, c'est une ruche aux 5.000 usines. Dans ce reportage photo de Justin Jin (ça ne s'invente pas !), on voit les ouvriers à l'œuvre : on les voit manger, dormir, se détendre, toujours sur leur lieu de travail. Un exemple parmi d'autres : cette dame qui coud du fil blanc sur des pantalons, elle est au premier plan de l'image. Au second plan, sur une pile de jeans qui lui sert de matelas, et sous une brassée d'autres pantalons qui lui servent de couverture, son fils qui dort. Elle n'a pas le droit de le scolariser, pas les moyens de le faire garder, alors il l'accompagne partout, nuit et jour. En marge de ce reportage, un chercheur au CNRS donne des informations supplémentaires sur les conditions de travail de ces ouvriers : "Ce sont des paysans devenus ouvriers. Pour eux, la ville et l'usine représentent une promotion sociale. Ils jouent le rôle qu'avaient en France les travailleurs immigrés. L'image de l'ouvrier-esclave est en partie fausse, dit ce chercheur. Certes, ils sont dépendants de leurs patrons et les salaires sont bas, mais ils augmentent très fortement. Il y a de plus en plus de grèves, y compris dans de petites usines". Autre information : le prix de fabrication en Chine d'un jean de bonne qualité, c'est 5% de ce que paie l'acheteur. L'essentiel des dépenses, c'est le marketing et la publicité. Cela veut dire qu'on pourrait produire en Europe tous ces pantalons. Voilà, c'est à voir et à lire dans cette nouvelle revue qui s'appelle donc "6 mois". Vous la trouverez essentiellement en librairie. Patrick Cohen : Du bleu encore, à la Une de La Tribune... Bruno Duvic : Bleu du drapeau européen justement... "L'Europe fait fausse route : elle peine à trouver le remède à sa crise". Avec le pacte pour l'euro, les 27 jettent aujourd'hui les bases d'une gouvernance économique au sommet de Bruxelles. Mesures d'austérité, fonds de soutien européen plus important, et plus de coordination entre partenaires. Est-ce la bonne piste ? Question clé : qui, de la zone-euro ou du marché financier, aura raison l'un de l'autre ? Frank Paul Weber décrit dans La Tribune, le piège dans lequel les gouvernements sont enferrés depuis la crise grecque, il y a un an. 1) Révélation de déficits publics astronomiques dans certains pays. 2) Les agences de notation les déclassent. 3) Les marchés réagissent mal, forcément. 4) Les taux d'intérêts augmentent. 5) L'Etat, en difficulté, est obligé de demander l'aide de ses partenaires. C'est ce qui se passera certainement aujourd'hui au Portugal, après la Grèce et l'Irlande. Mais au bout d'un moment, qui va payer ? demande Florence Autret, à la page "opinions" de La Tribune. Toujours le contribuable ? Le journal ne croit pas à la nouvelle cure d'austérité qui se prépare... pas efficace économiquement, pas tenable socialement. Alors, qui va payer ? Réponse dans l'édito des Echos, sous la plume de Nicolas Barré : "Oui, il faut de la rigueur, mais cette rigueur doit être partagée entre contribuables et investisseurs. Autrement dit : ceux qui ont prêté de l'argent aux Etats endettés doivent se résoudre à voir une partie de leur investissement s'envoler, car la difficulté des pays européens est aussi liée à la crise financière. Alors, ce pacte de compétitivité pour l'euro, est-ce une avancée majeure ou une offensive antisociale ? se demande Xavier Panon dans La Montagne. Voilà ce qui est en jeu aujourd'hui à Bruxelles et cela mériterait sans doute plus d'échos dans la presse. Patrick Cohen : Lors de ce sommet de Bruxelles, on parlera également de la situation en Libye... Bruno Duvic : Question toujours, autour de l'engagement de la France. Après les quotidiens, les hebdomadaires se les posent ces questions... la presse chrétienne notamment. Avec toute la prudence de mise, dans La Vie et Pèlerin-Magazine, deux hommes plutôt pour l'intervention. Le général Morillon : "Protéger les civils est la plus belle des missions". Et Monseigneur Ravel, évêque aux Armées : "L'Eglise doit se prononcer pour le droit d'ingérence". Autre sensibilité, l'hebdomadaire Politis, éditorial de Denis Sieffert. Il parle de "la guerre du moindre mal". Autre avis, celui d'Edwy Plenel, sur Mediapart : "Cette guerre est un piège". Il n'approuve pas cette intervention militaire directe des puissances occidentales qui, hier, armaient ces dictatures que leurs peuples ébranlent. "C'est une opération d'oubli et de diversion orchestrée par Nicolas Sarkozy". Le monde arabe en ébullition et Jérusalem à nouveau visé par un attentat... c'est à la Une du Figaro... "Cet attentat, écrit Pierre Rousselin, est un signal très inquiétant, porteur de graves dangers pour l'ensemble du Moyen-Orient et du Maghreb dans une période très agitée". "Toute la région est en effervescence, ajoute Pierre Haski sur le site "Rue89", et cela rend de plus en plus intenable l'impasse dramatique de la question palestinienne". Patrick Cohen : D'autres titres dans la presse, Bruno... Bruno Duvic : Les frissons de la carte bleue... A la Une du Républicain-Lorrain, entre autres, l'augmentation des prix dans les supermarchés : "Sale coup pour le budget alimentation". Un destin en bleu... Karim Benzéma à la Une de L'Equipe, à la veille de Luxembourg/France... Long portrait de l'attaquant des Bleus du foot, qui brille enfin au Réal-Madrid. Et puis, une peur bleue pour finir... c'est sur le site "atlantico.fr"... L'histoire d'un habitant de Floride sur qui sa voisine a tiré parce qu'il a refusé de l'embrasser... La nouvelle Calimity Jane a 92 ans. "Elle avait développé une obsession autour de moi", a expliqué la victime, qui a 53 ans, aux policiers. Il s'en tire avec quelques éclats de balles. Méfiez-vous si votre voisine vous fait les yeux doux ! Le bleu vire parfois au noir.

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