Après les attentats de Bruxelles mardi, l’inertie de l’Europe mise en accusation dans la presse, ce matin.

"Europe, réveille-toi ! " supplie Bruno Dive à la une de Sud-Ouest , « Lutte anti-terroriste, ce qu’il faut changer maintenant » intime Aujourd’hui en France / le Parisien , « Si on veut gagner la guerre contre Daech, il est urgent de réaliser l’union sacrée de l’antiterrorisme, pour que le rêve européen ne se finisse en cauchemar » prévient Frédéric Vézard dans son édito. Quand Le Figaro liste minutieusement toutes les faiblesses actuelles de l’Europe : millefeuille européen composé de 28 états aux intérêts parfois contradictoires, où chacun reste arc-bouté sur la défense de sa souveraineté, et où les meilleures intentions du monde, notamment depuis les attentats de Paris en janvier 2015 donnent des résultats en deçà des attentes : contrôle européen des armes de guerre et création du fameux PNR, enferrés au parlement européen. Certes, les services de renseignements collaborent un peu mieux, mais entre polices et services de renseignements, on est encore dans la zone grise, faite de méfiance et de prêté pour un rendu.

"Il est temps que l’Europe se fasse " comme chantait Alain Souchon, et comme le réclamait hier le premier ministre Manuel Valls aux côtés du président de la commission, Jean-Claude Juncker.

Pour autant, attention aux réponses simples, simplistes et donc illusoires rétorque ce matin le journal L’Opinion . À ceux dans l’opposition, des Républicains au Front national, qui réclament de «rétablir les frontières et de faire revivre le bon vieux douanier à la papa », Jean Dominique Merchet explique que c’est faire preuve de beaucoup d’idéalisme et d’une bonne dose de démagogie. Solution irréaliste, avec un seul exemple, rue des Potiers, à Armentières, dans le nord. Sur un trottoir nous sommes en France, en face en Belgique. Par ailleurs 350 000 français franchissent tous les jours une frontière pour aller travailler chez nos voisins. Alors, comment fait-on ? Prière, dit-il, de fournir le mode d’emploi. Démagogie aussi, car Jean-Dominique Merchet affirme que dire, «C’est la faute à nos voisins, à Bruxelles », ne sert qu’à cacher nos défaillances nationales. D’ailleurs rappelle-t-il, Merah, Nehmouche, Abdelsam, sont tous des français

Au-delà des accusations de « naïveté » face au danger islamiste portée contre la Belgique par Michel Sapin notamment, et qui ont provoqué la polémique, le « cas belge » est cependant pointé du doigt dans la presse ce matin.

Et si des personnalités, des chercheurs belges notamment, prennent la parole dans la presse française ce matin pour dénoncer un tel raccourci, c’est le cas de Corinne Torrekens, spécialiste de l’islam à l’université libre de Bruxelles, qui dans Libération accuse la France de «vouloir faire porter à son pays, la responsabilité d’un phénomène européen », si Jean-Claude Juncker dans le journal belge Le Soir s’insurge contre un tel procès « Je m’inscris en faux contre cette attitude hautaine , dit-il,que ceux qui sont sans faute jettent la première pierre », d’autres tentent néanmoins d’expliquer la particularité du « terreau belge » pour expliquer la polarisation de l’islamisme dans leur pays. À lire dans les pages Débats et Analyses du JournalLe Monde , Paul Vermeren, historien belge qui raconte comment Bruxelles a été le creuset d’une immigration particulière. Celle des « riffains », les Berbères du Riff marocain, venus d’ailleurs du Pas-de-Calais après la crise des houillères françaises. Cinq-cent-mille riffains à Bruxelles qui ont constitué une communauté dense, livrée à tous les vents de l’économie criminelle et de la pauvreté, et que les autorités belges ignorantes du monde magrébin, car sans passé colonial notamment, ont surtout laissé aux mains de prédicateurs saoudiens et iraniens explique Vermeren, la Belgique est devenue un trou noir sécuritaire tant au niveau du trafic de drogue que de la radicalisation religieuse.

Dès 2012, renchérit Pascal Airault dans L’Opinion , la Belgique a constitué un foyer important pour le recrutement des djihadistes, ce qui explique pourquoi ce pays a enfanté le plus grand nombre de djihadistes du monde occidental, notamment via l’organisation salafiste Sharia Four Belgium, aujourd’hui dissoute, mais qui a fourni le gros des djihadistes belges au Moyen-Orient. Le journaliste décrit la radicalisation désormais express, les techniques de recrutements des nouvelles recrues, avec ce que les spécialistes appellent « l’effet nénuphar ou effet boule de neige », les candidats au départ se connaissent, ils sont amis ou frères, l’un part et appelle l’autre à le rejoindre.

Fratrie meurtrière, à Bruxelles mardi avec les frères El Bakraoui, kamikazes

Fratries meurtrières à répétition, démonstration renforcée par la série de photos publiées parLe Figaro ce matin : les frères Merah, les frères Clain, les frères Kouachi , les frères Abdeslam, attentats de Toulouse, Charlie Hebdo ou du 13 novembre dernier à Paris.

Un mot encore sur les effets « collatéraux » de la menace terroriste. L’Équipe évoque ce matin l’hypothèse de jouer des matchs à huis clos lors de l’euro 2016, en France dès le 10 juin prochain. Repoussée publiquement pour l’instant par le porte-parole de l’UEFA, mais néanmoins envisagé affirme le quotidien sportif. « Comme on ne peut pas annuler un tel événement, il faut bien trouver des solutions si la menace est très importante » confirme un proche des organisateurs.

On poursuit avec des nouvelles d’une candidate :

Candidate de l’apaisement ? Vous vous souvenez, c’est le nouveau slogan de Marine Le Pen. Bon, ben pour sa tournée au Québec ces derniers jours, c’est raté, Libération raconte « la cabale au canada » de la présidente du Fn, faite d’irruption d’opposants, d’hostilité des responsables locaux et de sacrés prises de bec avec les media québécois qui n’ont pas franchement apprécié ses vitupérations contre la classe politique canadienne : « acquise , a-t-elle dit, à l’immigration massive, à la soumission à tous les traités de libre-échange ». « Ça va, Jeanne d’Arc, descends de ton cheval » lui a intimé le quotidien québécois, La Presse . Dommage que ça se soit si mal passé, un de ses proches chargé de la Mer et de la Francophonie a visiblement passé un coup de bigo au journal L’Opinion pour faire le service après-vente, et l’on découvre que Marine Le Pen a profité de son voyage pour proposer la création d’un fonds francophone d’investissement. Soit FFI. Et bien au « Québec libre » comme le professait le Général, le message n’est pas franchement passé !

On termine en saluant la naissance d’une nouvelle revue !

Sang-froid , c’est son titre, quel sens de l’à-propos dans cette période troublée! En réalité, c’est un hommage au best-seller de Truman Capote, (In Cold Blood ), en français, De sang-froid . Car la revue, un peu dans le « mood » si vous me passez l’expression peu francophone de La revueXXI , propose elle aussi de longues enquêtes, mais sous un angle particulier, celui des affaires, de l’investigation, du polar. Révélation dans ce premier numéro sur une véritable guerre de l’ombre menée à coups d’attentats contre l’Algérie par la France giscardienne, ou encore la plume de Franck Thilliez pour une nouvelle policière inédite. Sang-froid, parce qu’il faut le garder en toute circonstance, Sang-froid, pour en apprendre un peu plus sur les affaires en tous genres… en kiosque aujourd’hui !

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