Le visage d'un homme est à la Une de nombreux titres de presse ce samedi matin. Un homme qui s'est éteint depuis que les journaux ont été imprimés mais dont, déjà, le geste¨était salué. Ce visage, c'est celui d'Arnaud Beltrame.

L'héroïsme a un visage, celui d'Arnaud Beltrame
L'héroïsme a un visage, celui d'Arnaud Beltrame © AFP / Eric Cabanis

L'héroïsme a un visage, et il est à la Une de nombreux journaux ce matin. Le visage d'un homme qui s'est éteint depuis que les journaux ont été imprimés. Mais déjà son geste était salué. Ce visage, c'est celui d'Arnaud Beltrame, le lieutenant-colonel qui s'est livré en échange de la libération d'une otage et dont on a appris la mort ce matin. 

Son sourire s'affiche sur fond noir en Une du Parisien. "L'héroïsme d'un gendarme face au terroriste" salue le journal sans savoir alors que l'héroïsme est allé jusqu'au sacrifice. L'officier "symbolise bien l'engagement, au péril de leur vie, de toutes les forces françaises de sécurité contre le fanatisme" lit-on dans L'Alsace. Quand Libération nous parle, tout simplement, du "sens du courage". 

Un sens du courage qui fait le tour du monde 

Le geste d'Arnaud Beltrame, la presse internationale le raconte. Le Soir en Belgique voit en ce lieutenant-colonel le "héros moderne". Mais tout le monde en parle : la BBC, le Guardian, le New York Times, le journal de Montréal. Même les Norvégiens du Dagbladet. On trouve des articles en toutes les langues.

Parce que, même si personne n'avait eu l'arrogance de penser que c'était fini. ça ne rend pas les choses moins douloureuses. Mais dans un tableau très noir ce matin, on a quand même, c'est vrai, cette lueur, offerte par Arnaud Beltrame. A un prix évidemment bien trop élevé : celui de sa vie.

Quand ce n'est pas Arnaud Beltrame qui fait la Une, ce sont souvent les images des forces de l'ordre postées devant le supermarché de Trèbes. Avec d'abord ces Unes sur fond noir. comme celles du Parisien ou de Midi libre. Des forces de l'ordre armées, casquées, en action et en gros plan en première page de la Dépêche du Midi, de l'Indépendant, ou de la Voix du Nord. Ou encore l'état de siège devant le Super U de Trèbes. qu'on retrouve en Une du Figaro, de Ouest France ou de l'Union.  

"Et puis, on oubliera..."

Cela faisait près de six mois qu'on n'avait pas eu ce genre d'image en Une. Comme un trop court répit. "Retour de terreur" titre Libération ce matin. Et c'est bien sûr l'autre mot qui revient beaucoup, autant si ce n'est plus que "héros". "Ils tuent toujours" choisit d'écrire Sud Ouest en Une. "La menace demeure" selon La Voix du Nord. "L'Horreur encore" pour La Nouvelle République. Quand le Courrier Picard titre sur "Le retour de la menace terroriste"

Et le Figaro, de nous prédire dans son édito ce qui va se passer dans les heures et les jours à venir. Les indignations, les promesses, les experts qui vont venir nous rappeler qu'il faudra nous habituer, la vie qui va reprendre son cours. Et puis "on oubliera..."

"Le calme était trompeur"

Ces experts qui nous rappellent que rien n'est fini sont déjà dans la presse ce matin. "Le jihadisme demeure une idéologie hyper puissante et toujours opérante" insiste la prof de sciences politiques Myriam Benraad dans Libération. "La chute du califat n'a pas changé la donne" souligne dans le Figaro Frédéric Gallois, l'ancien patron du GIGN. 

"Le calme était trompeur" analyse Alain Bauer. Le Parisien a choisi de faire intervenir le professeur de criminologie dans ses colonnes. Et pour ce spécialiste du terrorisme, il y a aujourd'hui deux "Etats islamiques". "L'un, territorial, qui a quasiment disparu. L'autre, virtuel, qui n'existe plus que sur les réseaux sociaux ou les messageries cryptées". C'est ce deuxième volet qui l'inquiète. 

Parce qu'à travers lui, Daesh va tenter de se "réorganiser" prévient Alain Bauer. "Se réoganiser pour mettre en lien des terroristes qui ne se connaissent pas, et ainsi recréer des brigades de l'Etat islamique". 

Le retour d'une éternelle question : était-ce évitable ?

Un autre débat risque, lui aussi, de revenir sur la table. Celui de savoir s'il y a eu une faille dans le travail des services de renseignements, celui de savoir si ces attaques de l'Aude, commises par un homme suivi, fiché S, auraient pu être évitées. L'éternelle question va revenir : était-ce évitable ?

Question qui s'est posée aussi après l'agression de quatre surveillants de prison à Vendin-le-Vieil, dans le Pas-de-Calais, en janvier. Agression, par un détenu condamné pour terrorisme. "Etait-elle évitable ? Nul ne peut l'affirmer. En revanche elle était prévisible" : c'est à lire dans le numéro 1 du magazine Vraiment.

Le nouvel hebdomadaire révèle les incidents qui auraient pu (qui auraient du ?) mettre la puce à l'oreille : les agressions de détenus , les menaces de mort de surveillants et ce dernier événement, quatre jours avant l'attaque. Ce jour là, le bureau de renseignement pénitentiaire intercepte une conversation téléphonique du détenu. 

Une agression prévisible à Vendin-le-Vieil

Il parle à sa femme et il évoque un projet de violence vis à vis du personnel pour qu'une nouvelle affaire soit engagée à son encontre, a priori pour échapper à une demande d'extradition. La menace au téléphone, est prise au sérieux. Si bien que, le jour même, et c'est toujours dans Vraiment, les surveillants du quartier d'isolement ont droit à un équipement de protection. Précaution levée dès le lendemain pour cause d’ambiguïté de la conversation téléphonique. 

Pourquoi ? Comment ? Après coup, c'est toujours difficile à comprendre. Même si, foi de spécialiste de la radicalisation islamiste, "on ne peut plus dire que l'administration pénitentiaire n'a pas saisi l'ampleur du danger. Mais le retard accumulé est tel qu'il faudra du temps pour en mesurer les effets réels".   

Le nouveau tribunal de Paris vu par Robert Badinter

De la prison au tribunal, il n'y a qu'un pas. Un pas en arrière, puisqu'en général on va plutôt du tribunal à la prison que l'inverse. Mais ce pas en arrière nous emmène dans le Paris Match de cette semaine. Où l'on découvre le nouveau tribunal de Paris à travers les yeux de Robert Badinter.   

Cette grande tour de verre "rapproche des activités autrefois éparpillées dans le labyrinthe du palais de justiceou aux quatre coins de la capitale". On peut trouver ça beau, moche, c'est selon. (D'ailleurs le laid devient le beau en ce moment à en croire le le magazine Stratégies, au moins dans la mode). Mais ce n'est pas tant l'esthétique qui gêne Robert Badinter. Non, ce qui l'embête, ce sont "ces vitres partout".   

"Même pour les petites affaires, le prévenu sera dans un aquarium derrière une vitre" dit-il. Et ça, "ça le met, physiquement à l'écart de son propre procès,  cela augmente la distance entre celui qui est jugé et celui qui juge,  ce n'est pas bon pour la justice". Parole d'avocat.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.