Bonjour... Mais qu'est-ce que c'est que ce pays ? Quand on lit la presse ce matin, vraiment, on se le demande. Et finalement, au fil des pages, se dessine une certaine idée de ce qu'est "l'identité nationale". "Mon honneur, mes valeurs et mes certitudes sous le coude, je rentrais chez moi blessé... par la nation. Blessé par une guerre franco-française qui, malheureusement, semble être banalisée". Cette phrase est extraite d'un témoignage publié sur Facebook, récit que reconstitue Libération. Le journal en fait d'ailleurs son gros titre de Une, en ces termes : "Témoignage exclusif sur la police. Un jeune Français d'origine marocaine raconte comment il a été traité à Paris mercredi soir". Anyss Arbib a grandi à Bondy, en Seine-Saint-Denis. Lycéen dans un établissemement classé ZEP (zone d'éducation prioritaire), il fait partie de ces élèves des quartiers réputés "difficiles" qui ont pu intégrer Sciences-Po et qui visent l'ENA. Anyss Arbib étudie aujourd'hui à l'Institut d'études politiques de Paris. Il a 21 ans. Il est en quatrième année. Mercredi dernier, du côté des Champs-Elysées, il attend un ami Porte Maillot. Non loin de là, la nuit est mouvementée. Après la victoire des footballeurs algériens sur l'Egypte à Khartoum, des casseurs sont à pied d'oeuvre, les CRS mobilisés sont nerveux. Sous les yeux de l'étudiant de Sciences-Po, un policier fracasse le nez d'un jeune homme d'un coup de matraque net et précis. Un autre agent des forces de l'ordre s'approche d'Anyss Arbib : "Qu'est-ce que tu regardes ? Dégage, dégage !". Réponse immédiate et polie : "Je regarde devant moi, je connais mes droits, je suis étudiant à Sciences-Po". Réplique du CRS : "J'emmerde Sciences-Po !". Un jet de gel lacrymogène plus tard, Anyss Arbib est allongé sur l'asphalte, il n'arrive plus à respirer, il a la sensation -dit-il- "d'agoniser en étouffant". Quand il parvient à retrouver son souffle, il tente d'avoir une explication de celui qui l'a gazé. Il croit entendre : "Dégage, sale Arabe !". Des témoins nuancent en quelque sorte le propos. Eux, ils ont entendu : "Sciences-Po ou pas, tu restes un Arabe". A présent, Anyss Arbib reconnaît après cet incident "une sorte de remise en cause" de son identité. Pour se définir, il dit : "Je suis un Français comme un autre, mais ma tête m'a valu un traitement particulier". Dans l'éditorial que Libération consacre à cette histoire, Paul Quinio dénonce "la discrimination au faciès (...) Pas simplement insupportable, elle est intolérable". D'un Quinio l'autre : Dominique Quinio cette fois, dans La Croix, décrypte le sondage que l'institut TNS-SOFRES a réalisé les 17 et 18 novembre auprès de 1000 personnes en âge de voter... Premier diagnostic : il n'y a pas, en France, "de troubles massifs de l'identité". A près de 70%, les Français se sentent Français. Le tiers restant se définit d'abord comme habitant d'une ville, d'un quartier, comme Européen ou "citoyen du monde". La religion ne paraît pas déterminante. Ce qui rapproche le plus les sondés, c'est le "milieu social" ; ce qui les désunit, ce sont les "différences" sociales. Dominique Quinio conclut sur ces mots : "Ce sera notre contribution au débat sur l'identité nationale". J'ajoute : "Merci, La Croix". (Nicolas Demorand : "L'identité sociale, encore et toujours")... Le Parisien-Aujourd'hui en France revient sur une scène que le "Petit Journal" de Canal+ a diffusée hier soir. Cette scène, peut-on dire, a "le bruit et l'odeur" de la déclaration estivale controversée du ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux à propos d'un jeune militant UMP d'origine maghrébine. Cette fois, c'est Jacques Chirac que les collaborateurs de Yann Barthès ont saisi sur le vif. Sortant d'un restaurant bordelais accompagné d'Alain Juppé, l'ex-Président de la République est interpellé par un jeune homme au teint hâlé qui souhaite prendre une photo. Réaction de Jacques Chirac : "Vous êtes d'où, vous ?". Réponse du photographe amateur : "Je suis de Lormont"... Aussitôt, Alain Juppé précise que Lormont est une commune située juste à côté de Bordeaux. La photo est faite, le jeune homme s'éloigne, Chirac glisse à l'oreille de Juppé : "A mon avis, il est pas tout à fait né... natif de... là, enfin bon". Prudent et sans doute un peu espiègle, le maire de Bordeaux rétorque : "Il est pas Corrézien". Les goûts et les couleurs, on ne devrait même pas avoir à en discuter... même quand ça peut devenir un argument de campagne. Dans Le Figaro, Libération, Le Parisien, vous lirez que "Bayrou a trouvé son Obama", sa "perle rare", sa "perle noire". Ce militant du MoDem est né à Paris de mère guadeloupéenne et de père martiniquais. Certains assurent qu'il y a en lui autant d'Harry Roselmack que de Barack Obama. Harry Roselmack. Il "se frotte aux cités". Toujours dans Le Parisien-Aujourd'hui en France et dans les pages télé, vous apprendrez que le journaliste vedette de TF1 a passé un mois dans les cités sensibles de Villiers-le-Bel (c'est dans le Val-d'Oise). Il rendra compte de cette immersion ce soir à 23h15, devant les caméras de sa chaîne. Nicolas Sarkozy ira, lui, aujourd'hui en banlieue parisienne. Il se rendra à Epinay, à Bobigny et au Perreux. Thème de la visite présidentielle au-delà du boulevard périphérique : "La sécurité, devenue slogan numéro 1 de l'UMP dans la campagne des Régionales". Avant de s'engager sur les pistes banlieusardes, peut-être le chef de l'Etat aura-t-il lu le gros titre du quotidien économique Les Echos, à deux semaines du Sommet de Copenhague : "Effet de serre : le scénario pessimiste se confirme". Ce soir, à 20h35, France 5 ouvrira ses programmes à ceux que l'on appelle "les réfugiés climatiques". Et là (mais qu'est-ce que c'est que ce pays ?), je constate que l'émission, sur cette chaîne du service public, sera animée par Jean-Marie Cavada... (je ne parle pas là de l'ancien journaliste, mais bien de l'actuel député européen Nouveau Centre, clairement ancré, je vous le rappelle dans la majorité présidentielle). (ND : "L'occasion est toute trouvée : vous nous parlez maintenant des services publics, Alain")... ...Et là, j'en viens à ce que nos voisins présentent généralement comme une constante de notre identité nationale : nous sommes des râleurs. Avons-nous, au moins, de bonnes raisons de râler ? ...Si l'on en croit la presse du jour, la réponse est plutôt oui. En première page de Ouest-France, ce titre : "Ca bouchonne"... Ca bouchonne devant les guichets des préfectures qui délivrent les cartes grises : selon Ouest-France, "les files d'attente s'allongent (...) Le ministre de l'Intérieur fait amende honorable tandis que la grogne enfle chez les usagers". Place Beauvau, on annonce le renforcement des équipes d'accueil préfectorales ; on invite les particuliers à transmettre leurs demandes d'immatriculation par la Poste afin qu'elles soient traitées en priorité (ça, je l'ai lu dans Le Parisien). Ca bouchonne aussi dans les bureaux de Pôle Emploi, structure née de la fusion des ANPE et des ASSEDIC. Le sujet s'étale en première page de La Voix du Nord et de La Marseillaise. La Nouvelle République titre : "Pôle Emploi submergé". Là encore, les pouvoirs publics envisagent de faire appel à des renforts en CDD pour assurer le travail et réduire l'attente infligée aux chômeurs. Ca va certainement "bouchonner" aussi dans plusieurs villes de France. Presque tous vos quotidiens régionaux en font état : les fonctionnaires et agents de l'Education Nationale et de La Poste (parfois même les pompiers) descendront dans la rue aujourd'hui pour exprimer leur colère. Le quotidien L'Humanité en fait toute sa Une : "Education... Les cinq raisons d'une grève". Dans son éditorial, Michel Guilloux met des chiffres sur le malaise. Il écrit : "25000 postes d'enseignants ont été supprimés en 2008 et 2009... 55000 autres le seront d'ici à 2012. L'Education Nationale paie au prix fort le dogme libéral sarkozyste du non-remplacement d'un départ de fonctionnaire à la retraite sur deux". Dans Le Dauphiné Libéré, Didier Pobel nous interpelle d'une question : "Comment ne pas entendre, dans la revendication collective, une sonnerie d'alarme ? Celle d'une corporation qui, littéralement, ne se sent pas entendue. En langage communicatif moderne, on appelle ça des appels en absence". Autre point de vue : celui d'Hervé Chabaud dans L'Union... Dans cette "aptitude (...) à programmer des journées d'action dès qu'un changement est annoncé", il voit, lui, "une constante irritante de la vie éducative (...) Tout est prétexte pour dénoncer, s'insurger, condamner et se réfugier dans la grévitude". Ca bouchonne enfin dans les centres de vaccination contre la grippe A. On y refuse du monde, souligne Francis Brochet dans Le Progrès de Lyon, pendant que Jacques Camus, pour La République du Centre, rappelle opportunément que "76% des Français affirmaient ne pas avoir l'intention de se faire vacciner". On le sent prêt à parier (il nous y invite) qu'un sondage "nous apprendra bientôt que le gouvernement n'en fait pas assez pour accueillir les candidats à la piqûre". (ND : "Mais qu'est-ce que c'est que ce pays !?!") ...C'est un pays où l'amour survit toujours à l'horreur et au malheur. Pour preuve, cette exclusivité que publie France-Soir. Marie-Ange Laroche (oui, "la" Marie-Ange Laroche de l'affaire Grégory) demande à la justice de lui rendre les lettres d'amour que son mari Bernard Laroche lui adressait lorsqu'ils étaient fiancés et qu'il effectuait son service militaire au camp de Mourmelon, dans la Marne. Les gendarmes les lui avaient empruntées, ces lettres, pour comparer l'écriture de Bernard à celle du corbeau de la Vologne. Elle attend qu'on les lui rende depuis plus de 25 ans. Et puis il y a BB, Brigitte Bardot, qui inspira il y a quelques années le sculpteur chargé de donner au visage de Marianne (notre Marianne républicaine) des traits familiers. Son nouveau combat (le combat de BB), c'est le cheval. C'est dans France-Soir, toujours. Pour elle, la viande de cheval, ça craint. Elle nous invite à déserter les boucheries chevalines. Et là, je pense à Godard, au film "Le Mépris". A cette envolée de violon. A cette réplique : "Tu les trouves jolies, mes fesses ? (...) Et mes seins, tu les aimes ?". Cela aussi, ça relève de l'identité nationale. Jadis, on aurait appelé ça une "gauloiserie". Le terme n'a plus de sens, on le sait, et c'est tant mieux. Mais qu'est-ce que c'est que ce pays !?!

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