Karim, Ali et Mohamed... Trois pères de famille, d'une quarantaine d'années, qui vivent dans le quartier de la Grande-Borne, à Grigny... là où un bus a été brûlé dimanche... Les trois hommes racontent, dans Libération, que samedi soir ils étaient à la Chicha, un salon de thé ouvert il y a un an, où ils se retrouvent pour jouer aux cartes ou aux dominos... C'était l'avant-dernier jour du Ramadan... L'endroit était bondé... Et Mohamed raconte avoir vu entrer 4 CRS... Le premier a dit : "Bonsoir Messieurs... C'est pour un contrôle des papiers"... Le gérant lui a demandé s'il avait un papier l'autorisant à agir ainsi... Il lui a dit que les papiers du salon de thé avaient été vérifiés par le commissaire de Grigny... Puis il a décroché son téléphone... Et c'est là que le policier s'est avancé vers le bar pour l'empêcher de téléphoner... Le ton monte dans le salon de thé... Et un témoin se souvient du chef des policiers qui a crié : "Virez-moi tout ça du café !"... Le gérant, âgé de 23 ans, et son frère de 17, sont interpellés et placés en garde à vue... Ils sont poursuivis pour outrage et rébellion à agents de la force publique... Libération a rencontré leur père... Mehdi Fatihi... un ouvrier imprimeur de 53 ans... L'année dernière, il a soutenu le projet professionnel de ses fils, pour les sortir du chômage... Il leur a prêté ses économies pour ouvrir le salon de thé... Et il s'interroge : "Pourquoi c'est toujours la Chicha qui est contrôlée ?"... L'établissement a été contrôlé à plusieurs reprises, en dépit de papiers en règle... "On ne voit ça nulle part ailleurs", confirme un responsable économique de l'Essonne... "Mehdi Fatihi aurait pu être un exemple cité par les pouvoirs publics... Au lieu de cela, on le casse", s'insurge un éducateur du département... Mehdi Fatihi a bien une idée sur un tel acharnement... "Ils ne veulent pas que les gens s'en sortent... Ils veulent qu'ils restent toujours dans leur merde"... Alors l'incendie du bus, dimanche à Grigny, explique Libération, ce n'était pas l'anniversaire prématuré des émeutes de l'an dernier... Non, c'était tout simplement des fils qui voulaient venger leur père... Rien à voir, donc, avec les émeutes de l'an dernier... L'année dernière, c'était "la révolte d'une jeunesse populaire contre l'avenir qui lui est réservé"... C'est l'analyse du sociologue Stéphane Beaud dans L'Humanité... Le chercheur juge contre-productive la réponse policière au problème des banlieues, qu'il estime avant tout économique et social... Et dans la presse étrangère, l'approche de l'anniversaire des violences de l'an dernier inquiète également... Dans El Pais par exemple... "Le vandalisme dans les banlieues françaises reste le même un an après les émeutes... Les autorités craignent que la commémoration ne ravive les braises"... Et cela montre surtout que, dans les cités les plus sensibles, la tension reste latente... "Il nous faudra beaucoup de travail pour venir à bout d'une condition récurrente", écrit Georges Latil dans La Provence... "Il s'agit d'une véritable question de société... pour fermer d'abord la porte aux extrémistes"... Autre question de société... Les universités... La Commission Hetzel remet cet après-midi ses propositions au Premier ministre, pour améliorer l'orientation, l'insertion professionnelle et le fonctionnement des universités... "Universités-emploi : la Commission Hetzel propose un pacte national à Villepin", indique Les Echos... "Patrick Hetzel, recteur de l'Académie de Limoges, est au chevet de l'université depuis six mois... depuis en fait la crise du CPE... Et ce groupe de travail a rencontré près de 20.000 personnes", explique le quotidien économique... Autant d'avis pour mettre au point une série de mesures visant à rapprocher l'université du monde du travail... "Facs : comment mettre fin aux usines à chômeurs ?", titre Le Figaro... Une des propositions du rapport Hetzel, c'est qu'une partie du budget de chaque université dépende des capacités à insérer les étudiants dans le monde du travail"... Le Figaro qui donne deux chiffres... "20% des étudiants sortent chaque année de la fac sans le moindre diplôme... Et 11% des diplômés de l'enseignement supérieur sont toujours au chômage trois ans après avoir quitté les amphis"... Alors bon, c'est juste un rapport... Reste à savoir ce que les politiques en feront... Et pour Pascal Aubert, dans La Tribune, "on est sur le bon chemin... Parce que même si, à première vue, les propositions présentées aujourd'hui ne brillent pas par leur audace... ce qui peut dans tout cela passer pour un progrès colossal, c'est qu'il est devenu acceptable d'inscrire des suggestions de bon sens dans un rapport officiel sans susciter de réactions émotionnelles... Alors, pour autant... poursuit l'éditorialiste de la Tribune... le jour n'est pas encore venu où enseignants et chefs d'entreprise se tomberont dans les bras... Mais si un dialogue peut s'instaurer aujourd'hui entre ces deux mondes qui s'ignoraient hier, c'est le pays tout entier, et sa jeunesse, qui demain en tireront profit"... Question de société... C'est le thème du jour pour le débat entre les trois présidentiables socialistes... Et "il y a là plus de matière à débat que sur les questions économiques et sociales", souligne Marc Chevanche dans Nice Matin... "Qu'il s'agisse de l'école, de l'immigration, de la sécurité, ou encore de la participation des citoyens à la vie publique, la gauche socialiste n'a plus de doctrine bien arrêtée"... Et en attendant le débat, celle qui est la cible des titres ce matin, c'est une fois de plus Ségolène Royal... "Elle sème le trouble au PS", affirme Le Figaro... "Elle exaspère encore son camp", confirme Le Midi Libre... En cause : sa proposition de jurys populaires... une idée avancée dimanche, qui devrait être évoquée ce soir, lors du débat... Mais "des jurys populaires pour contrôler les élus, les constitutionnalistes sont très réservés", rapporte Le Figaro... La suggestion de Ségolène Royal est qualifiée de "puérilité démagogique totale"... "C'est un objet intellectuel non identifié", selon l'un des juristes interrogés... Pour un autre spécialiste, c'est "la dictature des sondages qu'on institutionnalise... C'est comme si le dentiste s'abstenait de vous soigner sous prétexte que vous ne voulez pas avoir mal"... "Pour quelqu'un dont les adversaires se plaisent à répéter qu'elle manque d'idées, le moins que l'on puisse dire c'est qu'à chaque fois qu'elle en avance une, Ségolène Royal réussit l'exploit de jeter le trouble", analyse Jacques Guyon dans La Charente Libre... "Jusqu'à présent, elle était d'abord critiquée par les éléphants de son propre parti et par la gauche radicale... Mais depuis ce week-end, c'est quasiment l'ensemble de la classe politique qui lui tombe dessus"... Pour preuve, dans Le Parisien... De Brice Hortefeux, pour l'UMP, à Marie-George Buffet, du PC... ou de Strauss-Kahn, au PS, à Philippe de Villiers... ils sont tous contre cette idée de jurys populaires... Dans Libération, Jean-Michel Thénard s'étonne : "Sa potion fait bondir ?... Elle est déjà mise en oeuvre en Espagne, en Allemagne et en Angleterre"... "Avec cette idée saugrenue, prévient Pierre Taribo, attention à ne pas créer une démocratie du mécontentement généralisé, où les princes qui nous gouvernent se contenteraient de suivre l'opinion au lieu de la guider sur les chemins à emprunter"... Et l'éditorialiste de l'Est Républicain constate : "Le poujadisme a encore de beaux jours devant lui"... Poujadisme... Populisme... Généralement, c'est à lui que l'on accole ces qualificatifs... Jean-Marie Le Pen... Il fait la Une du Parisien-Aujourd'hui en France... "La vraie nature de Le Pen", annonce le journal, qui explique : "On l'entend peu... C'est sa stratégie... Dans la campagne présidentielle, à droite comme à gauche, Jean-Marie Le Pen obsède... A six mois d'une élection présidentielle, les instituts de sondages ne l'ont jamais situé aussi haut... Mais lui, ce qui l'obsède, c'est la course aux 500 signatures... Au printemps 2002, il a vraiment eu peur de ne pas pouvoir être candidat... Alors aujourd'hui, la collecte des parrainages est devenue une priorité absolue... Jean-Marie Le Pen ne donne pas de chiffres, mais ajoute qu'il est raisonnablement optimiste... Dans son entourage, on évoque le chiffre de 300 à 350 promesses"... Et dans une interview au Parisien-Aujourd'hui en France, le leader du Front National explique : "Je dois être dans une fourchette de votes de 20 à 22%... Si le schéma est le même qu'en 2002, c'est-à-dire une certaine division dans chaque camp, je serai au deuxième tour"... Et pour y être, eh bien, il fait tout ce qu'il faut, affirme Le Parisien... Et d'abord, "il cherche à donner l'image d'un homme en forme... C'est pour cela qu'une fois par an, durant 15 jours, Jean-Marie Le Pen effectue une cure d'amaigrissement dans un luxueux établissement en Suisse"... Et l'analyse du psy dans le journal, c'est que "Jean-Marie Le Pen incarne le patriarcat, le père immuable, qui règne sur son clan de façon très autoritaire... Il fait d'énormes efforts pour paraître plus jeune... tout simplement parce qu'il a peur de vieillir"...

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