Avec un autocollant qui est apparu un peu partout dans l’agglomération bordelaise, qui porte ce slogan…

"Parisien, rentre chez toi".  C’est Sud Ouest qui révèle l’affaire… et qui s’interroge « pourquoi tant de haine »… Ce serait un effet paradoxal de la modernisation… sur l’autocollant, on voit un TGV… Avec la Ligne à grande vitesse, Paris n’est plus qu’à deux heures de Bordeaux, « de quoi inciter les Franciliens à venir  dans la région »…  et ces Franciliens seraient responsables de tous les maux. « Flambée des prix de l’immobilier, bouchons… et l’embourgeoisement des quartiers populaires… »

Sud Ouest décrit un ressentiment qui est un peu identitaire et beaucoup social … Des boulangers exigent que l’on dise « chocolatine » et non pas « pain au chocolat »… est ce aigre ou sérieux ? Mais dans le quartier saint Michel… où « appartements et pas-de-portes se vendent à prix d’or » et un collectif s’est monté, « pavé brulant », qui qui tague les façades contre les nouveaux habitants… "Saint-Mich’ nique les riches »…

Un peu identitaire, beaucoup social… La recette d’une tension française latente… ailleurs, en Catalogne, elle a cristallisé…

Et ce sont les tensions allemandes qui font la Une du Figaro… 

Le Figaro, seul à prendre la mesure de ce qui arrive aujourd’hui à Berlin. 

Le nouveau parlement allemand se réunit, avec 92 députés d’extrême droite… de l’AFD, l’alternative pour l’Allemagne… Le journal affiche une Angela Merkel soucieuse,  « Merkel face au choc de l’extrême droite »… et insiste « Un tabou se brise au Bundestag »… On découvre le dilemme d’une démocratie parlementaire … Peut-on laisser Albrecht Glaser de l’AFD devenir vice président du Bundestag –chaque parti a droit à un poste- lui qui dit que les musulmans n’ont pas droit à la liberté religieuse ? Le Figaro cite Joshka Fischer, l’ancien ministre des affaires étrangères: « Comment nomme t-on un parti qui se définit comme volkisch, national ? Les derniers à avoir défendu cette idée c’étaient les nazis … » Mais d’autres politiques tiennent un discours qui nous est familier, depuis plus de trente ans que le Front national s’est installé dans le paysage… 

« Les électeurs de l’AFD ne se définissent pas comme fascistes, nous devons apporter des solutions rationnelles à ce vote »… 

Le Figaro  est allé à Rudolstad en Thuringe, à l’Est de l’Allemagne où l’on vote AFD… Là –bas, une crèche du nom de Spoutnik, ce qui reste du communisme, a renoncé à prendre en stage quatre jeunes migrantes : elles étaient voilées et des familles ont protesté…

L’Allemagne que l’on décrivait comme un modèle à suivre… devient ici tellement familière dans ses désarrois...

On pourra relire aussi, sur le site internet du Monde un article saisissant consacré à la philosophe allemande Caroline Emcke, qui s’interroge sur ce qui frappe son pays: «  J'ai toujours reçu des lettres d'insultes,  mais autrefois elles étaient anonymes. Aujourd'hui, elles sont signées. " La haine serait-elle devenue -salonfähig, " acceptable " et " de bon ton " ? " On est maintenant face à un extrémisme situé au cœur même de la société "…

La Suède se débarrasse de l’argent liquide… 

Et c’est un sentiment de fraicheur qui nous saisit en lisant, encore dans le Figaro, qu’il existe une société technologique moderne, quelle belle photo de doux géants barbus dans ce café qui se proclame « cash free »… Sans argent liquide… une nouvelle fois le modèle suédois… où l’on paye par carte, banal, ou par son téléphone portable… grâce à une application SWISH

… qui structure une société technophile et plus sure… C’est pour combattre l’insécurité que les suédois ont basculé du numéraire au virtuel… Le musée ABBA est « cashless » depuis que le fils du chanteur Bjorn Alveus a été victime de cambriolages… L’argent provoque le crime ; témoignage de l’association des banques suédoises : « L’année dernière, il n’y a eu que deux braquages de banques, contre 110 en 2008… »

Le paradis donc… ? Pas si simple. « Le monde idéal, cependant, a aussi ses laissés-pour-compte: les réfugiés, qui n'ont pas de comptes bancaires ; les habitants des zones rurales reculées, où Internet n'arrive pas ; les handicapés et les personnes âgées » 

Un million de personnes, soit 10 % de la population suédoise qu’on laisse au bord de l'autoroute numérique «parce qu'ils ne sont pas rentables»

Le paradis nous ressemble donc… dans les frustrations qu’il annonce !

On parle rap pour finir…

Et nous revenons en France… avec ces poètes sulfureux dont les journaux font leurs délices… Le Monde publie un très beau portrait d’Orelsan, un anti héros de province, voué aux gémonies pour une méchante phrase sur Marie Trintignant, devenu adulte et amoureux de sa « meuf » dont il dit ceci…  “Nos enfants donneront aux nazis l'envie d'avoir des enfants métissés”.

D’autres poètes dérapent…  La Provence narre les malheurs de Jul, rappeur star et Marseillais attrapé par la police dimanche en grand excès de vitesse aggravé de cannabis et d’un copain armé…

Le progrès conte les mésaventures d’un poète de Vénissieux que l’on surnomme « l’allemand », qui a mordu une jeune femme… 

Du folklore  d’une musique de voyous…

Sauf que toutes ces mésaventures nourrissent une forme de génie… et  un article FORMIDABLE dans StreetPress, journal en ligne d’enquêtes urbaines… sur le lien très tendre et très particulier des rappeurs avec leurs avocats… Parce que forcément, quand on dépasse la ligne on fait appel aux bavards… et les rappeurs et leurs avocats se ressemblent 

« Ils partagent la même passion du verbe, un goût assumé pour l’éloquence », et finissent par s’admirer…

Street Presse raconte l’émerveillement d’un vétéran du barreau engagé, Me Tricaud quand son client, Hamé de la rumeur, rappeur tout aussi engagé,   « s’est mis au garde à vous et a récité de mémoire une liste d’une cinquantaine de noms de bavures policières… »

D’autres magistrats témoignent d’une évidence générationnelle… Ils baignent, ces trentenaires, dans le rap depuis l’enfance, ils glissent des punchlines dans les plaidoiries… 

Et parfois, souvent, leurs clients les remercient d’une dédicace qui leur fend le cœur, ainsi Fianso, pour son bavard Me Ruben, « chic avocat aux cheveux gominés », qui le sortit d’un mauvais cas en mai dernier : 

« Allô, allô, Maître Ruben? Maudit par les lois, j’marche avec les loups. »

On envie l’art de la chute. 

Mercredi 25 octobre, le collectif « Pavé brûlant », « collectif antifasciste créé il y a plus de 3 ans », a publié sur son site un « droit de réponse » suite à cette revue de presse. Protestant contre « les éléments mensongers et diffamatoires contenus dans les articles du journal Sud Ouest  (…) complaisamment relayés par monsieur Askolovitch lors de sa revue de presse du 24 octobre sur France Inter », le collectif s’insurge notamment d’avoir été accusé, « sans aucune preuve, d’avoir dégradé des façades ». La revue de presse n’est que le reflet des journaux et sites d’informations, et dans notre présentation, nous avions bien insisté sur l’aspect social de la fronde anti-parisienne à Bordeaux. Mais évidemment, nous regrettons de ne pas avoir plus justement acté l’antériorité du collectif « Pavé brûlant », qui combat la « gentrification » du quartier Saint-Michel, mais n’est pas né de ce combat,  et regrettons d’avoir pu lui attribuer à tort, même indirectement, des tags qui ne sont pas les siens.

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