Vous savez, Nicolas, que dans un grand quotidien respectable comme Le Monde, il y a un journaliste qui s'appelle Mustapha. C'est dingue, non ? Je dis ça de manière volontairement provocante, parce que, manifestement, c'est le genre de détail qui ne passe toujours pas. Mustapha Kessous, 30 ans... Jusque-là, il racontait les petites et grandes humiliations qu'il vit au quotidien, en aparté, à ses collègues. Le Monde lui a demandé de les écrire noir sur blanc. L'article-témoignage est titré "Ca fait bien longtemps que je ne prononce plus mon prénom quand je me présente au téléphone". Il y a les anecdotes tristement banales... les vigiles qui vous suivent dans les magasins parce que vous êtes un peu Arabe, et donc forcément plus voleur que les autres... les taxis qui passent sans s'arrêter après minuit... les contrôles de police à répétition et jusque dans les chaussettes... les agences immobilières : "Ah non Monsieur, il n'y a rien à louer"... Et puis, tout de même, un journaliste beur au Monde, ce n'est pas possible. Des personnages très officiels le font sentir à Mustapha Kessous, ou le lui disent carrément. Quand il couvre un procès pour le journal, il est fréquent que l'huissier ou le gendarme de faction lui demande si c'est lui le prévenu. Quand il se présente à la directrice d'un hôpital psychiatrique, charmante au téléphone, elle le dévisage sans dire bonjour : "Il est où, le journaliste du Monde ?" "Juste derrière vous, Madame". "Mais vous avez votre carte de presse ?" "Des histoires comme celle-là, écrit Mustapha Kessous, j'en aurais tant d'autres à raconter... On dit de moi que je suis d'origine étrangère, un Beur, une racaille, un islamiste, un délinquant, un sauvageon, un Beurgeois, un enfant issu de l'immigration... mais jamais un Français... Français tout court". Et puis, quand on est journaliste au Monde, on est amené à rencontrer le ministre Brice Hortefeux. C'est authentique, c'est même le début de l'article. "Brice Hortefeux a trop d'humour. Je le sais : il m'a fait une blague un jour. 24 avril 2008 : il doit me recevoir dans son bureau. Brice Hortefeux arrive, me tend la main, sourit et lâche : 'Vous avez vos papiers ?'". Le G20 s'ouvre aujourd'hui à Pittsburgh, et c'est dans tous les journaux... Il y a le traitement classique et le regard décalé sur ce Sommet et la crise. Classique et efficace : Libération. Qu'est-ce qui avait été promis lors des précédents G20, et qu'est-ce qui a été tenu ? Prenons un seul exemple : les fameux bonus. Côté promesses : lier leur montant à la performance réelle des salariés : fin des bonus garantis et une information plus claire aux actionnaires ; on a avancé : les bonus garantis seront interdits à partir du 1er janvier en Grande-Bretagne. En France, l'Elysée a pris les mesures que l'on connaît. L'Allemagne est plus attentiste, les USA carrément inertes ; * ce que l'on peut attendre de ce G20, c'est le principe du malus et le plafonnement des primes. Et le traitement décalé, vous l'avez trouvé dans L'Humanité et Le Figaro... L'Huma donne la parole à une Africaine, à un Sud-Américain et à un Asiatique... Le syndicaliste indien PK Murthy d'abord... "Bilan un an plus tard (évidemment, vu le nombre d'habitants en Inde, les chiffres sont impressionnants) : 1 million 200.000 salariés du textile et du vêtement ont perdu leur emploi. Même à Bangalore, le coeur de l'Inde informatique et high-tech, 10.000 postes ont été supprimés". Qu'attendre du G20 ? Réponse de l'ancienne ministre de la Culture malienne Aminata Traoré... "Absolument rien. Le G20 n'a aucune légitimité. Il n'est qu'un espace de plus pour acculer les pays du Sud. De leur point de vue, il ne s'agit pas de changer de modèle, mais de corriger des dysfonctionnements pour que tout recommence comme avant. Même chose pour le Fonds monétaire international, responsable des préjudices les plus graves infligés aux pays du Sud". Synthèse du président de la Banque centrale de l'Equateur, Pedro Paez... "C'est vrai : ces dernières décennies, le FMI a mené des politiques de développement catastrophiques. Mais il y a une prise de conscience de l'impossibilité de continuer avec ce vieil ordre mondial, ce qui rend l'équation quelque peu différente". Il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Ca, c'est le regard décalé de Luc Ferry, dans Le Figaro... "Halte aux leçons de morale anticapitalistes !". "Selon la nouvelle vulgate qui envahit aujourd'hui l'espace public, le capitalisme et le communisme auraient échoué à égalité. Cette fausse équivalence est tout simplement obscène. Il faut réaffirmer posément que c'est grâce à l'économie de marché que nos sociétés européennes ont fait des progrès matériels et moraux, apportant une douceur de vivre que l'univers entier nous envie". Et Luc Ferry enfonce la pointe de la polémique : "Quel autre système que le système libéral, associé au marché, autorise une opposition, des grèves et des élections libres ? Le capitalisme, ce n'est pas 'Les Misérables', c'est ce qui nous en sépare". En ce jour de G20, même L'Equipe parle de fric... "Les salaires fous de la Ligue 1 de foot"... Dans le contexte actuel, cela résonne étrangement : les salaires des stars augmentent, ceux des joueurs moyens diminuent. Tout de même : 34.900 € nets mensuel, en moyenne, pour un joueur de Ligue 1. Mais quand on s'appelle Lisandro, la vedette de Lyon, ça monte à 425.000 €. Autre précision de Jérôme Touboul : la part fixe du salaire va diminuer, mais les bonus vont augmenter. Là aussi, ça sonne étrangement. Décalage encore, Bruno... mais cette fois-ci entre la presse nationale et régionale... Les journalistes étaient devant leur télévision hier soir. Ils ont regardé Nicolas Sarkozy. Dans la presse nationale, les titres sont plutôt flatteurs, en reprenant les messages du Président de la République. La Tribune : "La France vient forte au G20". Et à propos de l'Iran et de Clotilde Reiss : "Il refuse le chantage d'Ahmadinejad", pour Le Figaro. Dans la presse régionale, autre tonalité. "Faute de pouvoir annoncer des avancées mondiales sur le climat ou la règlementation financière, poursuit Michel Lépinay dans Paris-Normandie, le Président choisit de glorifier sa propre action". D'autres informations glanées dans la presse, Bruno... "On a trouvé de l'eau à la surface de la Lune". La Provence est fière de la découverte d'une équipe franco-américaine, dans laquelle figure un Marseillais : de l'eau sur la Lune. Les projets de base lunaire pour des vols habités vers Mars pourraient en être facilités. Une molécule contre la maladie de Parkinson. C'est à la rubrique Sciences du Figaro. Des essais cliniques sont en cours. Le médicament, Rasagiline, aurait un effet direct sur la maladie, et pas seulement sur ses symptômes. Et puis la fouille des cartables, c'est terminé. Petit entrefilet page 15 du Parisien-Aujourd'hui. Cette mesure polémique, appuyée par Nicolas Sarkozy selon le quotidien, ne figure plus dans le plan de sécurisation de l'école. Et pour finir, retour aux Etats-Unis... New York, ville-symbole... Le Président de la République l'a bien compris, lui qui a répondu aux questions de TF1 et France 2 depuis le 44ème étage de l'immeuble en verre de la Mission permanente de la France aux Etats-Unis. Les buildings de New York en fond de décor, c'est la classe. New York, symbole d'un certain air du temps. Est-ce que vous connaissez la dernière tendance bobo à mort, Nicolas ? Eh bien, c'est de cultiver son potager sur les toits des gratte-ciels. Reportage dans VSD. Et puis c'est à New York que l'écrivain américain Philip Roth situe son dernier roman. Là, en l'occurrence, l'air du temps, c'est l'obsession de transparence et le déballage de la vie intime, réelle ou romancée. Cela va de Facebook à Laure Manaudou, en passant par VGE et les chiens des politiques... Comment empêcher les biographes de débusquer les secrets qui entourent une vie d'homme ? C'est l'un des thèmes de "Exit Ghost", le livre de Roth, qui sort le 1er octobre dans sa traduction française. L'auteur de "Portnoy et son complexe" a la carte dans la presse. Le Nouvel Obs, Le Point, L'Express : les trois hebdos lui consacrent de longues critiques dithyrambiques. "Roth, plus shakespearien que jamais, a désormais besoin de rajouter magnifiquement, lucidement, du noir au noir", écrit Jean-Paul Enthoven dans Le Point. "Mais le roman est une torche braquée sur le monde". On pense tout de suite à la statue de la Liberté. 11-Septembre, ONU, Wall Street et ses dérives, mais aussi les grands écrivains... Décidément, New York incarne bien les rêves et les cauchemars de notre époque... Bonne journée...

Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.