Patrick COHEN : La revue de presse à deux voix, ce vendredi, sur France Inter... Les journaux français avec Bruno DUVIC... Les journaux étrangers avec Guyonne de MONTJOU... Et, pour commencer, deux histoires : l'une en France, l'autre au Chili, sur le thème : "comment résister à une tempête médiatique ?"... Bruno DUVIC : En 2006, les photographes étaient tellement avides de voler la vie de la famille Courjault qu'ils collaient leurs objectifs contre les vitres de la maison. "C'en était presque drôle, dit Jean-Louis Courjault. Je tapais contre la vitre et j'avais l'impression d'assister à une envolée de moineaux". La semaine prochaine, quatre ans après la découverte des cadavres de bébés dans le congélateur, plus d'un an après la libération de sa femme, il publie un livre sur son histoire. Il se raconte dans VSD et dans Le Monde Magazine, qui paraît cet après-midi et demain. Comment survivre à une tempête médiatique ? D'abord, les deux grands enfants Courjault avaient leur méthode pour repousser les journalistes : quand leur maman a été libérée, ils les attendaient à la fenêtre de la maison avec des bombes à eau. Mais surtout grâce à la solidarité du village de Touraine où il est retourné après la découverte des petits corps. C'est là qu'il s'est reconstruit. On le verra dans un instant. Avant cela, Guyonne, autre tempête médiatique : celle qui risque de frapper les mineurs au Chili... Guyonne de MONTJOU : Oui, les 33 mineurs coincés depuis six semaines à 700 mètres de profondeur n'ont peut-être pas encore touché le fond. Le pire est probablement au-dessus de leur tête, sur cet immense plateau de télévision en construction à l'entrée de la mine. L'envoyé spécial du Washington Post décrit le nouveau site, qui fait la taille d'un demi-terrain de foot, assez improbable au milieu du désert. Quand les 33 mineurs sortiront, à la mi-octobre, 1000 reporters au moins seront là, à les attendre de pied ferme. Alors les psychologues chiliens exigent qu'on aménage un sas. Ils veulent apprendre une chose à ces mineurs qui n'ont pas fait d'études. Et cette chose, c'est de savoir dire "non" aux journalistes. "Non" : un mot vital pour se reconstruire. Ils estiment que l'odyssée médiatique peut causer plus de dégâts que plusieurs mois sous terre. Bruno DUVIC : Revenir de cette odyssée : c'est aussi recevoir l'aide de personnes dont vous n'attendiez rien. Dans Le Monde Magazine, Jean-Louis Courjault raconte son retour en Touraine... "Personne ne parlait de notre affaire en France. J'ai croisé Anne-Marie, une habitante du village, devant la maison : 'Bonjour. Comment ça va ?'. C'était le 'bonjour' de trop. Je lui ai dit que je venais de trouver deux bébés morts en ouvrant le congélo". Alors Anne-Marie, prof d'histoire-géo, mais aussi Dominique, Michel, Edouard l'ont aidé à revivre : soutien scolaire aux enfants, entretien de la maison, bons petits plats... "La part des journées dans lesquelles je me suis retrouvé seul est inférieure à 5%". On peut donc survivre à une tempête médiatique. L'article du Monde Magazine commence par une anecdote... "Elle a beaucoup d'importance pour moi", dit Jean-Louis Courjault. Il était rentré en Touraine depuis quatre mois. Une représentante a frappé à sa porte... représentante en produits congelés ! Il a cru à une mauvaise blague, avant de réaliser que simplement la femme n'était pas au courant. "Ce jour-là, j'ai compris qu'on pouvait, qu'on devait continuer à vivre, en dépit des circonstances. J'ai fini par lui signer un contrat". Patrick COHEN : Sous l'oeil des médias également : les manifestants d'hier... Guyonne de MONTJOU : Ils sont même à la Une du Wall Street Journal... grande photo à Marseille, titre laconique : "Les syndicats descendent dans la rue", et prudemment la légende ne donne aucun chiffre. Bruno DUVIC : Eh oui, car c'est toute la question : combien étaient-ils ? Le cas de Marseille est emblématique : les écarts de mesure entre la police et les syndicats vont de 1 à 10. Qui avait le compas dans l'oeil ? Au plan national, les écarts vont de 1 à 3 millions. Tous les commentaires relèvent l'aspect ridicule, et même pathétique, de cette bataille de chiffres. Alors, "et maintenant ?", comme le titre Ouest-France. Faut-il mettre tout le monde "dos à dos", comme Le Parisien-Aujourd'hui ? S'il fallait désigner un vainqueur d'une courte tête, à la lecture des journaux, c'est plutôt le gouvernement. Car, à tout le moins, la mobilisation n'augmente pas sensiblement. Mais rien n'est joué. Résumé à la Une de La Voix du Nord : "Les manifestants à Lille moins nombreux, mais toujours motivés". Précision utile : les commentaires de la presse sur les retraites, vous les trouvez essentiellement sur Internet. Pas ou peu de journaux en kiosque : conséquence de la grève justement. Réforme des retraites en France... Guyonne, le journal Le Temps, à Genève, insiste sur le sort fait aux femmes... Guyonne de MONTJOU : C'est l'un des rares, avec le Wall Street Journal, à aborder le sujet. A croire que le reste de la presse européenne estime que France et grèves, c'est presque un pléonasme. Le quotidien suisse explique comment, avec la réforme, les femmes françaises pourraient subir une sorte de double peine : moins bien payées dans les entreprises, elles perçoivent des pensions en moyenne de 40% inférieures à celles des hommes. Mais en plus, comme leurs carrières sont fragmentées, elles travaillent jusqu'à 65 ans, et ce sont elles qui seront d'abord concernées par le report à 67 ans. La journaliste du Temps croit savoir d'ailleurs que c'est sur la question des femmes que les sénateurs amenderont le texte à la marge. Patrick COHEN : Menacée d'une tempête médiatique aussi : l'Irlande... Bruno DUVIC : Elle est déjà à la Une des Echos : "L'Irlande réveille l'inquiétude des Bourses européennes". La richesse nationale a perdu 1.2% entre avril et juin. Guyonne de MONTJOU : Cette mauvaise nouvelle fait les gros titres de la presse économique européenne. Les analystes n'en reviennent pas : c'est le spectre du scénario grec qui revient. On note la proposition de cet éditorialiste du Irish Times... Frank McNally suggère à son gouvernement de couper le pays en deux, tout simplement... séparer la bonne de la mauvaise Irlande... Mais pas comme avant. Ici, c'est l'économie qui est visée. Délestée de sa partie pourrie, la bonne Irlande récupérerait le triple A et renouerait avec une croissance d'au moins 3%. Pendant ce temps, on enverrait paître la mauvaise Irlande sur une île lointaine. Charge pour elle de se dépatouiller avec la bulle immobilière qui plombe le système bancaire et avec les actifs toxiques. Pour le Irish Times, cet édito, c'est une façon de rappeler que l'Irlande a aussi du muscle et peut-être même des lendemains qui chantent. Bruno DUVIC : Mais pour l'instant, ça chante faux. En Espagne aussi... "Les créances douteuses des banques et des caisses d'Epargne gonflent à nouveau en Espagne"... C'est relevé dans La Tribune. Drôle de climat : pour contrôler la solvabilité de leurs emprunteurs, les banques font désormais appel à des détectives privés. Patrick COHEN : Quoi d'autre dans la presse française et internationale ? Bruno DUVIC : En France, l'hebdomadaire Bakchich (qui paraît désormais le vendredi) accuse Eric Besson d'avoir financé son voyage de noces aux frais du contribuable. Démenti du ministre, qui annonce qu'il va porter plainte. Dans Les Inrockuptibles, de nouveaux signes du climat délétère, ces dernières années, à France Télécom... L'hebdomadaire évoque un séminaire de management, où la bataille contre la concurrence était comparée à la bataille d'Angleterre entre les avions de la Royal Air Force et la Luftwaffe. Enfin, nous parlions tout à l'heure du Monde Magazine... Si vous avez aimé le formidable feuilleton-fiction du quotidien Le Monde cet été : "Le procès de Jacques Chirac", sachez que c'est désormais un livre, que vous pouvez acheter cet après-midi avec Le Monde Magazine. Guyonne de MONTJOU : Et puis, pour finir, cette info du Washington Post... En Une : "l'équipe de Barack Obama se fissure". C'est courant à mi-mandat, mais rarement dans de telles proportions. Trois des cinq conseillers les plus proches du Président américain sont sur le départ. Le directeur de cabinet veut devenir maire de Chicago... David Axelrod, l'éminence grise, part s'occuper de la campagne de 2012... Lawrence Summers, l'homme de confiance et père du plan de relance budgétaire, retourne à Harvard donner des cours. Il faut savoir que ces trois conseillers étaient les seuls à pouvoir entrer dans le Bureau Ovale sans être annoncés et à coller au chef non-stop sans avoir à se justifier. L'un des démissionnaires révèle au Washington Post que Barack Obama n'aime pas trop les nouvelles têtes : il n'accorde pas sa confiance si aisément. Mais bon, là, il n'a pas le choix. Comme quoi, même roi du monde, le quotidien n'est pas facile...

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