(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : les crevettes et le caviar

C'est une photo à la Une du Herald Tribune . Deux personnes dans un café autour d'une bière. Par la fenêtre arrive cette lumière à la fois drue et grise des régions du Grand Nord.

Nous sommes au Groenland, à Narsaq, ville dont le nom rappelle celui du Nasdaq, l'indice boursier américain.

Les deux personnages discutent peut-être du dilemme auquel est confronté leur ville.

C'est un concentré de notre époque. Autrefois, 8 navires de pêcheurs de crevettes faisaient vivre ce port. Il n'y en a plus qu'un : les crevettes sont parties chercher de l'eau plus froide ailleurs, à l'heure où la banquise fond comme neige au réchauffement climatique.

Mais à mesure que la glace se retire, elle rend possible l'exploitation d'autres richesses. Le Groenland, autrefois isolé par la banquise, est une formidable terre minière. Son sol regorge d'or, de fer, de zinc et de ces fameux métaux rares dont raffolent nos téléphones portables. L'or gris. Du caviar.

Dans les bars de Narsaq on en est là. Les crevettes ou le caviar. Accepter de voir la banquise disparaitre, un mode de vie englouti, un attachement à la nature malmené. Mais aussi envisager une vie plus facile (le taux de suicide est aujourd'hui très élevé dans la ville), profiter de richesses qui permettraient enfin au Groenland d'être complètement indépendant du Danemark... Il faut choisir.

Par exemple, en creusant la terre pour trouver des métaux rares, on risque de tomber sur des matières radioactives. Il faut se salir les mains, pour dénicher de l'or gris. Le ministre du logement résume : « Les ressources minières c'est le futur, mais ça me fait mal de le dire. »

Un autre dilemme à la Une de Libération

Le fric ou la République ?

« Qatar, OPA sur la banlieue : exclusif annonce Libération à la Une : Arnaud Montebourg a entériné la création d'un fonds par le Qatar pour les zones déshéritées. »

L'histoire remonte à novembre dernier. On en avait parlé dans cette revue de presse à l'époque. Une poignée d'élus de banlieue étaient allés voit les riches Qataris pour leur demander d'investir dans leur commune. Puisque l’Etat n’avait pas les moyens de les aider, ils s’adressaient à plus fortuné…

« Banco ! » avait dit le Qatar, 50 millions d'Euros. Le gouvernement précédent avait mis le dossier dans un tiroir. Le ministre du Redressement productif l'a ressorti. L'accord porterait sur 100 millions d'Euros. L'Etat français aurait une participation inattendue dans ce fonds. Pas beaucoup plus de détails.

Pourquoi tant de précautions ? Réponse et autres question dans l'édito de Nicolas Demorand : « Voir ainsi le Qatar débarquer dans les banlieues françaises pour s'y substituer à une République impécunieuse mérite d'y regarder à deux fois. Quelles modalités d'intervention, quelles contreparties, quelle prochaine étape, dès lors que la France accepte de sous-traiter à un pays étranger une partie de ses obligations souveraines ?"

Dilemme encore pour les écologistes

La vie au grand air ou la vie en muselière ?

Les écolos ont donc choisi de se démarquer de la majorité. Leur parti appelle à voter Non au traité européen. Petit ou grand écart à la solidarité gouvernementale ? Beaucoup d'éditoriaux sur ce thème ce matin.

Le plus net est celui de Jean-Michel Helvig dans La République des Pyrénées :

Europe-écologie les Verts se distinguent sur une question essentielle : "Aucun secteur de la politique gouvernementale n'est aujourd'hui indépendant des règles européennes. Si l'on n'est pas d'accord avec une orientation du président de la République touchant à l'avenir européen, la logique voudrait que l'on démissionnât du gouvernement."

Oui ou non au traité ? Débat par presse interposée entre le premier ministre et le patron d'Europe écologie les Verts.

D'abord Jean-Marc Ayrault, interview à Mediapart : « Le traité n'est pas l'alpha et l'omega de notre politique européenne, c'est la première étape d'une réorientation de l'Europe. Quant aux adversaires du traité, la conséquence logique de leur démarche, c'est la sortie de l'Euro. »

Pascal Durand, interview à L'Humanité : « J'ai senti chez nos militants un rejet assez fort d'une approche de l'Europe présentée comme la seule rationnelle et qui renforce la rigueur budgétaire. Au fur et à mesure que l'Europe avance, le fossé se creuse entre ses dirigeants et les peuples. »

La presse relève que le Non des Verts survient au moment où François Hollande aurait bien besoin de soutien.

-11 points dans le baromètre Ifop/JDD hier. Dans Sud Ouest, Bruno Dive écrit ceci :

"Le manque d'enthousiasme des uns se mue en scepticisme et le scepticisme des autres vire à la déception. Prise de conscience d'une réalité : si réformes il y a, elles seront douloureuses. »

De ce point de vue, le moment crucial approche, avec la présentation et le vote du budget. Déjà, dans un schéma à la Une, Les Echos montrent l'augmentation du taux de prélèvements obligatoires l'année prochaine. Titre de Une : « Budget, le détail des 20 hausses d'impôt. »

Comment ne pas être impopulaire dans ces conditions. Dans Le Figaro , analyse et mise en garde du maire socialiste de Lyon, Gérard Collomb : "La hausse annoncée des impôts était inévitable. Ce qui trouble nos concitoyens, c'est l'annonce de mesures qui peuvent paraître contradictoires. Des dépenses nouvelles avec le retour de la retraite à 60 ans et la création des emplois d'avenir et des prélèvements nouveaux très importants. Il y a manifestement un problème de ligne et de pédagogie. »

Quoi d'autre dans la presse, Bruno ?

La France prépare une intervention au Sahel contre Al Qaida au Magrheb islamique. Détails dans Le Figaro .

Parce qu'elle est ciblée par Aqmi (les otages), la France est à l'avant garde de la future opération. Mais l'ossature sera composée des forces de la communauté d'Afrique de l'Ouest. Paris veut jouer un rôle de facilitateur, pas envoyer des troupes au sol.

Cela dit, une centaine de membres des forces spéciales ont déjà été déployés dans la région. Ils devraient être renforcés par des commandos de la marine nationale. L'aide française comprend encore des avions de patrouille maritime, qui récoltent du renseignement et un système de surveillance basé au Niger. Il s'agirait de former une force d'action qui interviendrait dans le Nord du Mali.

Le nord du Mali est devenu le lieu d'une nouvelle filière djihadiste qui menace directement les intérêts français écrit encore Le Figaro .

Dans L'Equipe , le patron de l'agence américaine anti dopage, l'homme qui veut retirer toutes ses victoires dans le Tour de France à Lance Armstrong. Il dit avoir reçu des menaces de mort.

Un grand bravo à Rue89 : aux Etats Unis, le site d'information français vient d'être sacré meilleur site étranger 2012 par les acteurs américains de l'information en ligne.

Une histoire américaine pour finir

« USA nouvelle saison ». C'est le titre de la Revue 6 mois , la déclinaison photographique et semestrielle de XXI . Zoom sur l'Amérique à moins de 50 jours de l'élection.

Parmi les histoires racontées en photos, celle de David Siegel et de sa femme Jackie. Histoire des folies de l'immobilier aux Etats-Unis. David Siegel est un promoteur qui a fait fortune du temps de l'argent facile. Dans les années 2000 ils voulaient construire pour eux et leurs 8 enfants la plus grande maison des Etats Unis. Mais la crise les a rattrapés.

Sur plus de 20 pages, le reportage photo raconte l'histoire d'une ascension et d'une chute.

Personnage central : Madame Siegel, poitrine XXL, et look de starlette russe. C'est une ex reine de beauté. Au début du reportage, cette Jackie là, c'est Marie Antoinette qui rêve d'avoir son Versailles. Sur l'une des dernières photos elle est avec un agent immobilier dans une pièce de leur palace qui prend l'eau. Pas encore achevé il est déjà en vente. Pour l'un des derniers Noël, elle a juste offert à son mari une boite de Monopoly. Elle a déballé une boite de caviar à 2000 dollars. C'est un cadeau qu'elle s'était fait elle-même.

A demain.

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