Je vous demanderai, s’il-vous-plait, un petit peu d’attention !

Ce ne sera pas très long, mais vraiment, ce serait bien si vous pouviez lâcher, ne serait-ce que dix minutes, vos téléphones portables… Oui, je sais, vous venez de recevoir un texto, dont la lecture ne saurait souffrir quelques instants de plus… Oui, je sais, votre ‘chat’ Facebook est en train de clignoter… Et puis il y a cette vidéo sur Twitter : faut absolument la regarder… Et aller voir aussi ce qui se passe sur Instagram : quelles sont donc les nouvelles photos publiées depuis hier soir ?

C’est Lorraine de Foucher qui, dans LE MONDE, dresse la liste des applications qui font que nous avons de plus en plus de mal à rester concentrés… Notamment les plus jeunes, les adolescents, dont certains sont devenus totalement accros aux écrans... Et elle a rencontré Emma, lycéenne de 15 ans, qui lui a expliqué les sigles sur son appareil… Emma lui a montré les flammes, qui apparaissent sur Snapchat à chacun de ses échanges avec sa copine Anna… « Anna et moi, dit-elle, on est vraiment très proches. Regarde, ça fait 150 jours non-stop qu’on est en contact tous les jours ! » 150 flammes avec Anna, et pas question que ça s’arrête là… Anna lui en voudrait… C’est sérieux, l’amitié… Et Emma de préciser : « Si je n’échange pas avec Anna pendant près de 24 heures, y a un sablier qui s’affiche à côté de son nom sur mon écran, un sablier qui me rappelle le challenge dans lequel on est… » Et leur challenge, c’est donc d’entretenir les flammes… D’ailleurs, dans son lycée, le nombre de flammes est devenu le nouveau baromètre de l’intégration sociale : « Je connais un mec en seconde B, il a des flammes avec personne… C’est vraiment la honte », dit-elle…

Et si ce que raconte Emma nous intéresse, c’est non seulement parce qu’elle raconte ce qu’est la jeunesse, mais aussi parce qu’elle dit à quel point nos machines, et surtout les géants des nouvelles technologies, ont réussi ces derniers-temps, à capter de plus de plus de notre temps de cerveau disponible, temps si cher à l’ancien patron de TF1 Patrick Le Lay… Si ce que raconte Emma nous intéresse, c’est parce qu’elle met en lumière la surpuissance d’Apple, de Google, de Facebook… Lesquels, avec donc leurs formidables applications qui ne cessent de nous interrompre, participent à baisse de notre niveau d’attention…

Les enseignants s’en aperçoivent : « Aujourd’hui, au bout de dix minutes, les élèves lâchent », explique dans le journal un prof d’Histoire-Géo… Ce que confirment aussi les dernières études sur le sujet… En 2000, en moyenne, nous étions capables de rester concentrés 12 secondes sur une même tâche. Déjà pas très glorieux… Mais désormais, c’est encore pire : le score s’établit à 8 secondes. Un taux en dessous de celui du poisson rouge…

Et notre attention baisse, même devant la télé : devant les Guignols notamment… C’était pourtant l’un des programmes phares de Canal+… Mais ça, c’était avant… Aujourd’hui, « Des Guignols, ne reste que le nom »… C’est le titre du papier que signe Benoît Daragon dans LE PARISIEN… Une critique sévère, extrêmement sévère d’une émission qui n’a vraiment plus rien de satirique…

« Ils ont raté la campagne électorale… Plus personne ne les regarde, mais hélas, c’est logique tant les sketchs sont désespérants », se désole un ancien de la chaîne… Visiblement, les nouveaux auteurs choisis par Vincent Bolloré cherchent surtout à ne jamais faire de vagues… Résultat : ils ne font plus mouche et sont à côté de la plaque, ou de très mauvais goût, comme avec cette séquence nommée « L’élection de Miss Migrantes 2018 »… Un sosie de Jean-Pierre Foucault y présentait des candidates venant du Kosovo, d’Erythrée, de Syrie, et défilant, je cite, avec « une robe du couturier Emmaüs »… Un « humour » déplacé, de l’avis de mon confrère… Et il met des guillemets autour du mot « humour »…

Du reste, même la direction de Canal+ reconnaît le naufrage, et elle a exigé de rapides ajustements… Aujourd’hui, le programme réunit à peine 200.000 téléspectateurs. Il y a trois ans, ils étaient 1 million 800.000… Les « Guignols » ont perdu la flamme.

Et hier, à Paris, combien étaient-ils dans les rues pour dire leur refus des ordonnances réformant le code du Travail ? Eh bien, comme toujours, il y a désaccord sur les chiffres. La police a compté 30.000 personnes et les organisateurs cinq fois plus… Du coup, pour ne vexer personne, les compte-rendu restent assez flous, et parlent de « plusieurs dizaines de milliers » de participants. « La bataille commence », a lancé Mélenchon. La citation fait la Une du COURRIER PICARD… « Mélenchon continue le combat dans la rue », commente LA DEPECHE DU MIDI, tandis que LA PRESSE DE LA MANCHE évoque un Mélenchon « entré en résistance »… « La France Insoumise vent debout contre Macron », résume pour sa part CENTRE PRESSE… Et, en effet, c’est bien au président de la République que s’adressaient hier la plupart des slogans.

Comme l’écrit Arthur Nazaret dans LE JOURNAL DU DIMANCHE, l’insoumis en chef s’est installé « dans un tête à tête avec le chef de l’Etat », se piquant de lui répondre point par point… Macron a déclaré que la démocratie, ce n’était pas la rue ? Réponse de Mélenchon : « C’est la rue qui a abattu les rois… C’est la rue qui a abattu les nazis… C’est la rue qui a protégé la République contre les généraux félons… La rue qui a obtenu le retrait du CPE… » Des raccourcis historiques qui ont tôt fait d’ulcérer la majorité, comme sur les réseaux sociaux…

Et, bien évidemment, c’est surtout la référence aux nazis qui a ulcéré. « Indigne », a commenté le porte-parole du gouvernement sur Twitter. Puis Manuel Valls a dégainé : « Pas de complaisance à l’égard de Mélenchon, de sa violence et de ses références historiques hasardeuses… » Et, de fait, comme le rappelle Ava Djamshidi dans LE PARISIEN, « Ce n’est pas une manifestation qui a chassé les nazis de la France, mais les efforts déployés par les Forces françaises de l’intérieur en 1945, après le débarquement des Alliés. » D’ailleurs, selon le JDD, quand Eric Coquerel, l’un des proches de Mélenchon, a pris conscience du mauvais « buzz » provoqué par cette saillie, il était, nous dit-on, « consterné »…

Et sans doute le sera-t-il également en lisant l’interview que Bruno Le Maire donne à l’hebdomadaire… A la Une, une grande photo de Bruno Le Maire… Et ce titre, « Nous avançons. » Autrement dit : c’est bien si des gens manifestent… Que chacun s’exprime, assure-t-il, « c’est naturel en démocratie ». Mais il ajoute d’emblée que « le texte de la réforme du Code du Travail ne changera pas ». Les manifestations ne serviront donc à rien… Et JDD de préciser : « malgré cette offensive de Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron est désormais persuadé d’avoir gagné la partie »…

Du reste, dès le mois d’août, le président de la République avait confié à ses proches son intuition : « Il n’y aura pas de mouvement social de grande ampleur ». A l’Elysée, à Matignon mais aussi à Bercy, on donne donc l’impression d’être déjà passé à la suite – en l’occurrence, la préparation du budget… Et c’est de cela que parle avant tout le ministre de l’Economie… Son rôle, dit-il, c’est de « pousser le plus loin possible la transformation économique de la France… Et ce, en assumant une stratégie de rupture : c’est-à-dire créer des richesses avant de les distribuer. » Et puis il annonce également qu’il a désormais adhéré à la République en Marche… Il n’a donc plus sa carte des Républicains.

Voilà, j’espère avoir réussi à garder votre attention. S’il vous en reste un peu, allez donc lire dans LE PROGRES, un reportage sur des viticulteurs qui mettent du jazz dans leurs cuves… Il diffuse de titre de Lisa Simone, la fille de Nina, et ça s’appelle la vinification par les ondes… Paraît que vin est bien meilleur. Du mois, très musical… Sur ce, je dois vous laisser : il faut que j’aille entretenir mes flammes.

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