C'est pas gentil gentil tout de même, ce que les scientifiques ont fait à Pluton. Vous vous rendez compte : il lui ont carrément enlevé son statut de planète... Sa raison de vivre... Pluton n'est plus une étoile... Quelle chute ! Alors il n'en fallait pas plus pour que l'un des éditorialistes de la presse se livre à cet exercice de comique de proximité... Exercice cruel, car il s'applique à quelque chose de sérieux : la politique... L'Université d'été du PS... Et ce confrère, c'est Philippe Larue, de "La Provence", qui écrit : "Voici donc venir Fabius, qui pourrait bien s'incarner en Pluton, cette ex-planète à l'orbite très longue et excentrée. Voici venir Dominique Strauss-Kahn, l'économiste distingué, qui se rêve en Mercure, première planète du système solaire. Jack Lang, lui, dieu de l'amer (amer en un seul mot), c'est Neptune, beau disque bleu-vert... Et voilà Jupiter, plus grosse planète du système solaire et père de tous les dieux... Cet habit-là est parfait pour Lionel Jospin, revenu de son trou noir. Et en Uranus, ne voyez-vous pas Martine Aubry, déesse du temps... partagé ? Reste bien sûr Vénus, troisième objet le plus brillant du ciel, étoile du berger, qui guide tous les nouveaux égarés de la politique, déesse de l'amour et de la beauté pour la presse people... Sans doute une planète inventée pour Ségolène. Il y a enfin Saturne, et son anneau, qui va comme un gant à François Hollande". Beau casting, à vrai dire, pour cette Université d'été devenue l'un des moments forts de la vie politique française. Dans "université d'été", il y a "été", qui pourtant se fait la belle... Et il y a "université", où en principe on réfléchit... Mais va-t-on vraiment réfléchir à La Rochelle ? Oui, certainement, mais ce n'est pas de ça dont on va parler... Non... Et comme le rappelle Michel Richard dans "Le Midi Libre", les partis politiques sont avant tout des lieux où se désignent des candidats à la Présidentielle... Alors, on ne parlera pour de vrai que de ça. Il n'empêche : ce week-end politique, c'est l'entrée du PS dans une phase décisive, explique l'envoyé spécial du "Figaro" à La Rochelle... Car, dans un peu plus de 30 jours, les candidats officiels à l'investiture seront connus... Alors autant dire que, pour les uns et les autres, septembre est le mois où il faut imposer son nom... Et septembre, finalement, il commence aujourd'hui. Il commence à l'ombre, ou à la lumière, de cette formule : "tous contre une !". Oui, tous... les DSK, Lang, Fabius et consorts, affirment que Ségolène Royal n'est QUE populaire, écrit Gérard Dupuy dans "Libération", mais ils n'expliquent pas comment ils entendent le devenir eux-mêmes... En tout cas suffisamment pour défendre leur parti avec quelque chance de succès. D'où ce titre, en Une de "Libé" : "Peuvent-ils l'arrêter ?"... Le "L apostrophe" étant Ségolène Royal, bien sûr. Hollande, Fabius, Jospin, Lang et DSK, comme un pari... Et là, c'est 5 contre une. "La meute", comme l'écrit Gérard Dupuy. Oui, mais que faire devant cette réalité des sondages, dont le tout dernier en date ?... Celui que publie "Libération" ce matin... Enquête IFOP réalisée vendredi et samedi derniers, qui enfonce le clou... Un sondage d'où il ressort que, pour 66% des sympathisants socialistes, c'est bel et bien Ségolène qui sera la meilleure candidate... 66%... Loin devant le deuxième, Dominique Strauss-Kahn : 37%... Et si loin devant Laurent Fabius : 9%... Le seul score qui dépasse le dernier de la liste : un certain AUTRES, au pluriel... D'autres candidats, quoi... Des candidats qui ne le sont même pas... Le syndrome Pluton, comme dirait Philippe Larue. "Peuvent-ils l'arrêter ?", titre donc "Libé"... Et parmi les "ils", il y a lui... Coincé entre compagne et campagne... François Hollande, bien sûr, qui accorde une interview au "Monde"... Interview dans laquelle, à la question : "Soutiendrez-vous Ségolène Royal ?", il répond : "Je n'ai pas, à ce stade, à encourager ni à soutenir qui que ce soit... Je constate, comme beaucoup, qu'elle compte dans l'opinion des Français"... Autrement dit, il ne répond pas. Quant à la question : "Et vous, irez-vous ?"... François Hollande répond : "Je déciderai le moment venu d'être candidat ou pas"... Autrement dit, il ne répond rien. Et pourtant... Pour lui, si ce n'est pas elle, ce sera lui... "Le Parisien" en est persuadé... "Le Parisien" qui explique ainsi : "Si Ségolène n'arrive pas à fédérer les socialistes, il posera sa candidature, c'est clair. Et s'il y a plus de 4 candidats à l'investiture, il se présentera aussi, parce que pour lui, au-delà de 4, la compétition perdrait une partie de son sens". Bien. Il n'en reste pas moins que la politique, c'est aussi un programme, des idées... Et Patrick Apel-Muller, dans "L'Humanité", en profite pour rebondir sur l'édito du "Monde" publié hier. "Le Monde" parlait de cette trentaine d'économistes qui se sont constitués en un cercle destiné à conduire les débats... économiques... Début juillet, ils ont tenu un colloque à Aix, et vont, au mois de septembre, publier un cahier qui entend montrer que les Français devront se plier à des contraintes impératives, la première d'entre elles étant probablement la mondialisation. Alors "Le Monde", qui s'est fait de longue date le vecteur de la pensée unique, écrit Apel-Muller, les applaudit. Et notre confrère de "L'Humanité" fait sa propre revue de presse... Pour lui, c'est évident : le journal "Le Monde" se réjouit en écrivant que les Français vont devoir travailler plus longtemps et retarder les départs à la retraite... Que c'est forcément vrai puisque c'est l'honorable clercle des économistes qui le dit. Leur poulain, écrit "L'Huma", c'est à coup sûr Sarkozy... Quant à la gauche, ils espèrent la domestiquer et l'enfermer dans le cercle des politiques économiques obligées... Et c'est là que la vacherie arrive... Pour l'heure, en conclut Patrick Apel-Muller, ce n'est pas le flou des propositions de Ségolène Royal qui peut les inquiéter. Bon, eh bien puisque nous sommes sur les questions de fond, arrêtons-nous un instant sur l'analyse que livre, dans "Libération", Zaki Laïdi, chercheur, professeur à Science-Po, auteur d'un ouvrage à paraître, intitulé "Gauche 2007"... Un livre dans lequel est développée la thèse selon laquelle le PS ne pourra gagner que lorsqu'il sortira de "l'idéologie de préau"... Autrement dit, lorsqu'il aura cessé de faire du marché un épouvantail. Parce que, être de gauche, estime Zaki Laïdi, c'est ouvrir le jeu, c'est développer un optimisme social... Or, aujourd'hui, la gauche fait exactement l'inverse. Et l'optimisme social, c'est quoi ?... Eh bien, ce n'est ni de diaboliser la mondialisation par exemple, ou à l'inverse de minimiser ses dangers... Non, c'est de valoriser systématiquement les opportunités qu'elle crée pour tous. En résumé, Laïdi nous explique que la gauche doit raisonner différemment à peu près sur tous les sujets, sans craindre que tout éloignement des Saintes Ecritures la condamne au purgatoire. Mais ce changement paraît improbable, estime l'universitaire... Cela dit... Cela dit, au regard de certains développements récents et inattendus, il ajoute que ce changement-là n'est peut-être plus totalement impossible. De qui parle-t-il, avec ces développements récents et inattendus ?... Mystère... L'universitaire ne fait pas de politique. "On y va"... Il y a des titres tout simples, comme ça, qui tout simplement disent les choses... Oui, "on y va"... Titre de "France Soir" qui, en quelque sorte, confirme l'ordre de Jacques Chirac... 1200 Casques Bleus français partent en renfort au Liban... Autrement dit, "la France rentre dans le rang", comme l'écrit subtilement "Libération"... Elle rentre dans le rang parce que, jusque-là, elle hésitait... Or, aujourd'hui, changement de décor... Voici donc la France engagée comme jamais, comme l'écrit Jacques Guyon dans "La Charente Libre"... Une décision qui constitue un soulagement... Soulagement de voir notre pays mettre ses actes en accord avec ses principes, son action en accord avec son histoire. D'une manière générale, la décision du Président est saluée dans la presse... Sous forme de panégyrique quelquefois, comme sous la plume d'Hervé Chabaud, dans "L'Union", qui écrit : "L'expérience de Jacques Chirac, la clarté de son analyse et sa sagesse ont compté dans la décision de plusieurs partenaires européens et asiatiques d'accompagner cette mission de paix, et de l'évaluer dans les six mois... Il n'y a pas de raison que la France perde le commandement de la FINUL renforcée... Les pays donneurs de leçons à Paris sont prévenus". Même tonalité du côté de "L'Alsace", avec Patrick Fluckiger, qui rappelle que "le Président français a été beaucoup attaqué parce que la FINUL n'arrivait pas à se mettre en place rapidement... Mais qui rappelle aussi que la France a déjà beaucoup payé pour la paix au Liban, et qu'il était exclu qu'elle se précipite tête baissée dans un piège. Elle a bien fait, poursuit notre confrère, de faire préciser le rôle de la force d'interposition... De faire dire clairement, par exemple, que ce n'est pas aux Casques Bleus de désarmer le Hezbollah et d'effectuer le travail que n'ont pas réussi à faire les Israéliens". Bien sûr... Mais les journaux rappellent aussi à quel point la mission des soldats français est difficile et dangereuse, comme l'expose Pierre Rousselin dans "Le Figaro", qui établit d'abord ce constat : "Le fait que le déploiement de la FINUL renforcée s'effectue sans qu'un accord politique soit intervenu entre belligérants est la pire des situations que l'on peut imaginer pour les Casques Bleus. C'est la fameuse résolution 1701. Et ce n'est pas tout : l'exercice est d'autant plus délicat qu'il sera mené sous la surveillance attentive de l'armée israélienne... De la Syrie aussi qui, alliée du Hezbollah, a d'ores et déjà prévenu qu'un déploiement des Casques Bleus à sa frontière serait considéré comme un acte hostile... Le décor est ainsi planté pour une escalade à la moindre provocation"... D'où cette conclusion de Pierre Rousselin dans "Le Figaro"... "Entre l'inaction coupable de la FINUL et une prise de risques excessive, la voie est étroite". Reste la dimension intérieure de la décision de Jacques Chirac... Si l'on en croit Jacques Camus, "on ne dira jamais assez à quel point la crise libanaise lui a permis de monter au front, et de sortir de la fin de son quinquennat de la sinistrose annoncée... Cette décision est donc tout bénéfice pour lui, qui enregistre une remontée suffisante pour alimenter les rumeurs d'une nouvelle candidature... Voilà pourquoi Jacques Chirac a décrété aussi la mobilisation pour les Casques Bleus du gouvernement Villepin, chargés de se battre pour l'emploi, la croissance et le pouvoir d'achat"... Ainsi, conclut Jacques Camus, Jacques Chirac, "le dernier des chiraquiens, se prend-il à redevenir le premier... A 74 ans, cette ambition élyséenne est déraisonnable, inquiétante, tragique, mais tellement vraisemblable". C'est vrai... Jusque-là, la conquête d'un troisième mandat, c'était plutôt "non"... Mais là, je ne fais que reprendre la phrase de "Libération", dans sa page consacrée à Pluton... "Pluton ?... Plutôt non". Bon week-end. A lundi.

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