Dans la presse ce matin : les affranchis

François Hollande avait prévenu le 10 avril 2013. Il l'avait fixé la ligne au moment de la nomination du gouvernement Valls en mars dernier. Et puis sont arrivés les deux beaux gosses en chemise blanche à la Une de Libération ce matin. Ne manque que le chapeau mou et la camera de Scorcese….

Montebourg, Hamon, Les Affranchis.

Montebourg, Hamon : « Le défi à Valls » à la Une de Libé

« La rébellion anti-Hollande en manchette » de L'Opinion.

« Crise ouverte au gouvernement » en première du Parisien-Aujourd'hui en France .

« La Fronde des ministres » en tête du Figaro .

Du miel pour le quotidien conservateur qui en fait du fiel. Voici donc l'équipe de combat transformée en « pétaudière » sous la plume de Gaëtan de Capèle. Résumons, écrit l'éditorialiste : "Le chef de l'Etat au bilan économique désastreux a pris le parti de tenir un cap. Arnaud Montebourg en principe chargé de mettre en œuvre cette feuille de route ne l'entend pas du tout ainsi. Défi à la cohérence de la politique gouvernementale"

Même Laurent Joffrin gratte sa barbe poivre et sel de vieil observateur de la gauche dans Libération : "Le ministre de l'économie trouve que la politique du gouvernement - la sienne, donc - est mauvaise. La chose est inhabituelle."

Alors « Pétaudière », ou « Bateau ivre » dixit Luc de Barochez dans L'Opinion . D'autant que d'après Le Parisien-Aujourd'hui en France , après leurs sorties contre la politique du gouvernement, Hamon et Montebourg ont reçu des texto de félicitations, et même de ministres. Le Parisien qui croit savoir encore que Christiane Taubira attendrait l'université d'été du PS à la Rochelle en fin de semaine pour sortir du bois à son tour.

Comment colmater les brèches ?

Comment le Premier Ministre, qui estime que le camarade de Bercy a franchi la ligne jaune, va-t-il réagir ? Deux options tout aussi exécrables selon Jean-Marie Montali dans l'éditorial du journal : "Se débarrasser de Montebourg ? C'est couper le bras gauche de François Hollande. Le garder ? C'est laisser la cacophonie s'installer au sommet de l'Etat."

Où l'on voit que dans la presse, un Hamon qui se dit proche des frondeurs du PS a moins de succès qu'un Montebourg qui demande un autre cap économique. Les journaux relèvent encore que cette crise arrive à un moment où la popularité de Manuel Valls dévisse. Elle constate surtout que c'est l'autorité du président de la République qui est malmenée.

Raymond Couraud dans L'Alsace . « C'est une révolte ? Non sire c'est une pétaudière. François Hollande est une sorte de Louis XVI qui croit encore gouverner un pays qui part à vau l'eau. Son pouvoir ne dépasse plus les grilles de l'Elysée. »

Et au-delà des grilles ? Guillaume Tabard observe avec gourmandise de sa fenêtre du Figaro . « Au-delà des grilles, Hollande est raillé par Cécile Duflot l'effrontée, défié par Arnaud Montebourg l'affranchi, fustigé par Jean-Luc Mélenchon le faux retraité, surveillé par Martine Aubry à nouveau énervée, fragilisé face à une majorité de plus en plus frondeuse. »

Ce putsch économique des deux ministres, vrais fronde ou com ? se demande Mediapart . Pascal Riché répond sur Rue89 , Hollande peut balayer Montebourg, mais pas le problème de fond qu'il pose, la politique économique. Où l'on en revient à Laurent Joffrin qui aperçoit une porte de sortie en conclusion de son édito :

« Le gouvernement ne pourra trouver son salut que dans une reprise européenne. Sur ce point-là, les deux camps socialistes sont d'accord. Et si les sorties de Hamon et Montebourg, finalement, arrangeaient Hollande ? »

Dans la presse également : les 70 ans de la Libération de Paris

"Paris accueille avec joie les soldats français et les soldats américains. Il les accueille les armes à la main car tous ses fils se sont levés pour chasser les boches exécrés". Quelques lignes à la Une de L'Humanité le 26 août 44. 70 ans plus tard, cette Une historique est reproduite en fac similé dans l'édition de ce jour de L'Huma .

Les journaux célèbrent les 70 ans de la Libération de Paris. Pour l'événement, mais aussi parce qu'il marque une renaissance au grand jour de la presse après les années de publication clandestine. Le Parisien par exemple, après Ouest France et avant Le Monde fête aujourd'hui ses 70 ans. Là aussi la Une de l'époque est reproduite - 22 août 1944. « La victoire de Paris est en marche - Une presse neuve dans une France libre ».

Dans L'Humanité , Caroline Constant raconte cette renaissance.

Le début de l'insurrection parisienne marque la fin des journaux collaborationnistes. Leurs rédactions s'évaporent brutalement dans la nature. On réattribue les locaux désertés. L'Humanité et Le Parisien libéré se partagent les même locaux rue d'Enghien

Les typos, les clicheurs, les rotativistes se retranchent à l'intérieur. A l'extérieur, sacs de sable et fusil mitrailleurs. Le 20 août au soir, les rotatives s'ébranlent. Après 5 ans de lutte souterraine, 317 numéros clandestins, L'Humanité refait surface. Une feuille recto-verso, 2 francs.

Question : comment le diffuser ? Pas de trains, pas de voitures, on se bat dans les rues. Tout repose sur le courage des petites mains qui distribuent le journal dans ce Paris en grève et en guerre : « se faufilant parmi les chicanes des barricades, essuyant les rafales d'armes automatiques. Ils portent le précieux papier, dans les quartiers et les banlieues. Beaucoup tomberont avant d'atteindre leur but. Ainsi, Raul Gautré, de Stains, fusillé à 17 ans sur son gros paquet de journaux. »

Un mariage à la campagne, pour finir

Un mariage début août à Suilly-la-Tour, dans la Nièvre, quoi de spécial ? Le spécial, c'est que le mariage unissait deux hommes et que c'était la première fois dans ce bourg de 606 bouches, leurs dits et leurs non-dits. Dans le XIème arrondissement de Paris, que Grégory épouse Pierre pas de problème. A Suilly-la-Tour, il y a encore comme des grincements dont il faut s'affranchir. Renée Greusard raconte, sur Rue89 . Une remarque revient dans plusieurs conversations. « Je préfère voir ça que des mecs qui sautent des gosses. » Où est le rapport ? Il y a eu des moqueries, des coups de fil anonymes. Mais une dame qui connait bien le village l'assure, les ronchons, c'est 5% de la population.

Pour assurer l'animation, Roland, le taulier du bar restaurant est venu en perruque violette, robe à fleur et des paillettes dans les moustaches. « Un peu lourd commentent les mariés, mais faut le prendre au troisième degré ». Et puis Roland a prêté le bol à punch. C'est toujours ça de pris.

A demain !

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