Libération raconte Bordeaux dépassée par l’afflux de jeunes migrants que des mafias organisent en esclavage façon Oliver Twist. L’été des conflits à Palavas, Midi Libre, le Figaro, Marianne. Le calvaire des marins africains, Mediapart. Magyd Cherfi aime Houellebecq pour « ne plus être un curé », Marianne.

On parle de violence...

Et d'un jeune homme agressé vendredi soir à Lyon, place Bellecour, son père raconte son calvaire au Progrès, qui en fait sa Une.  Il  s'appelle Augustin, il a 17 ans, il s'est interposé pour protéger des jeunes femmes importunées par cinq jeunes gens, l'un d'eux au moins l'a frappé, Augustin a des dents cassées, la mâchoire fracturée et une entorse aux cervicales, et il devient,  une incarnation de l'insécurité et plus encore. Son père dit au Progrès  que personne n'est venu aider son fils... Mais les débats vont au-delà de l'indifférence des passants, l'affaire ne nous a pas attendu pour devenir polémique...

Je lis dans le Progrès que le père d'Augustin avait alerté le journal par mel pendant le week-end, la rédaction essayait de vérifier l'information -c'est notre métier- quand elle a été grillée par un post Facebook, écrit par un frère d'Augustin, dans le style que le journal Huffington post qualifie « d'extrême-droite ». Pour le frère d'Augustin, ceux qui ont agressé son frère sont "cinq racailles colorées", des "citoyens modèles", ironise-t-il, "qui détestent notre pays", et il conclut ainsi. "Merci de faire prendre conscience aux personnes ne voulant pas voir la réalité face aux nouvelles populations, qu'il faut agir vite face à ces personnes violentes et sans intelligence détestant notre culture nationale française." Et le frère d'Augustin a lancé un hashtag, #justicepouraugustin qui est devenu viral sur les réseaux sociaux. 

Plusieurs affaires coexistent. L'agression d'un jeune homme d'un côté, que la police et la presse traditionnelle traitent avec précaution et appel à témoin ; les doutes qui existent aussi sur l'altercation : une des jeunes femmes qu'Augustin a voulu défendre aurait expliqué sur les réseaux sociaux qu'elle n'avait pas été agressée, juste draguée... Et en face, l'utilisation politique de cette histoire, singulièrement à l'extrême droite. L'hebdomadaire Valeurs actuelles, qui couvre largement et précisément l'affaire, a trouvé en Augustin un héros français, "un Gone qui ne se rendra pas", comprenez un vrai lyonnais campé sur l'identité de sa ville ; Valeurs actuelles nous apprend qu'Augustin est proche du vieux mouvement monarchiste Action française... Laurent Wauquier, président de la région Auvergne Rhône-Alpes, s'indigne sur Twitter  contre la "soumission" que subirait Lyon... Soumission, le titre du livre de Michel Houellebecq racontant l'entrée à l’Elysée d'un président musulman... Et le courage d'un adolescent frappé n'est plus seulement une question de violence, bien réelle, c'est aussi l'idée que l'on s'en fait...

Mais l'insécurité n'est pas seulement lyonnaise.

Et Libération revient sur les bagarres et agressions au couteau qui empoisonnent Bordeaux depuis des mois. La ville est sous-équipée en matière de sécurité face à l'afflux de jeunes migrants mineurs isolés, que des mafias organisent en bandes de voleurs, dans un esclavage que Libération compare au roman de Dickens Oliver Twist.  Sud-Ouest titre sur le besoin d'une compagnie de CRS à demeure à Bordeaux.

Le Figaro revient lui sur les casseurs qui se sont déchainés à Paris après le match PSG-Bayern, l'éditorial du journal est titré "la dictature de la violence" et le Figaro met en garde le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin contre le risque de devenir un simple commentateur indigné d'une actualité traumatisante, un tweet c'est facile lis-je.  Le journal raconte aussi la crise à Palavas les flots dans l’Hérault, où des heurts entre commerçants et touristes se sont multipliés cet été et pourtant, dit le Figaro, les actes, statistiquement, ont reculé... Mais les exaspérations, la fragmentation de la société, ont donné une autre dimension à une série d'incidents. Marianne a bien raconté dans un reportage la montée aux extrêmes, l'organisatrice d'un collectif anti-incivilités baptisé « Palavas solidaire » reconnait ceci: « Au départ, les Palavasiens qui sont venus nous voir voulaient casser de l'Arabe» ; un autre animateur du collectif est plus direct: « Ça ne me dérange pas de dire que ceux qui mettent le waï [« bordel », en argot marseillais] ne sont pas Blancs. »

Dans Midi libre, on lit l'interview de Melissa, une jeune maman marseillaise, enceinte, dont la famille a été impliquée dans une bagarre à Palavas vendredi dernier. Je vous passe l'enchainement absurde, qui commence par une commerçante mécontente que des enfants s'assoient sur ses chaises, et qui finit par une famille d'estivants terrorisés escortés par des gendarmes jusqu'à l'autoroute pour échapper à la lapidation...  Mais la fin de l'interview raconte dans quelle confusion nous vivons. 

Question de Midi Libre.

« Cette affaire a pris une dimension politique, il a beaucoup été question de communautés. »

Réponse de Melissa. 

« C'est n'importe quoi ! On n'est pas du tout maghrébins ou de confession musulmane, ni gitans. On est chrétien. Et loin d'être des racailles. Juste mon conjoint est un peu typé, il vient de La Réunion. »

On parle enfin de marins...

Et même sur l'eau le poison de la race nous pénètre. En Côte d'Ivoire, des marins d'Afrique de l'Ouest se plaignent et le racontent dans Mediapart. Ils sont embarqués sur des navires espagnols et français, pour pêcher le thon qui finira en conserve sur nos tables, ils se font insulter :  « Regarde-moi ce singe ! », « Sale nègre », « Hijo de puta », "bamboula " Bonobo"–, ils sont confinés aux tâches les plus rudes et à table n'ont pas droit à la côte de bœuf et au bon poisson que l'on réserve aux marins français. Mais il vaut mieux être africain sur un bateau européen que dans la flotille chinoise, là-bas, on bat les matelots, physiquement. 

Pour tempérer nos tristesses, le Monde publie une série de portraits d'intellectuels qui cultivèrent l'art de la nuance et nous l'enseignent désormais, nous en avons besoin. Hier c'était Camus, aujourd'hui Hannah Arendt qu avouait sans honte avoir ri en liant les interrogatoires du bourreau nazi Adolf Eichmann, tant le mal est aussi ridicule... 

Dans Marianne encore, vous lirez l'entretien d'un homme qui sait rire et lire aussi, Magyd Cherfi, ci-devant chanteur de Zebda, désormais écrivain et qui nous offre ses dilections. Chery des quartiers de Toulouse se définit comme un vieux styliste amoureux de l'indépassable XIXe siècle, Hugo Zola Flaubert, mais il fait exception pour Houellebecq figurez-vous, le revoilà.

"Voilà quelqu'un qui dit des horreurs sur les Arabes et les musulmans mais j'apprécie sa provocation, sa manière d'écrire des choses qui dérangent avec force. J'ai lu tous ses livres. Chaque fois, je suis effaré mais épaté. J'ai ce défi par rapport à moi-même de cesser d'être un curé, d'être timide, d'avoir des complexes." 

Cessons d'être timides et lisons donc. Nous irons mieux. 

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