A boulets rouges ! "Le Monde", "Libération", "L'Humanité"... Même constat face à l'attitude de Nicolas Sarkozy... Meme émotion après sa déclaration sur ceux qui doivent quitter la France s'ils ne l'aiment pas... Tirs de barrage donc, dans une partie de la presse, ce matin... En l'occurrence, les projectiles sont des mots et des assemblages de mots qu'on appelle des titres, comme celui de "Libération", en Une : "Immigration : la chasse est ouverte"... Ou encore, en page intérieure : "A droite, le bruit et l'odeur de la xénophobie"... "La droite ressort le Karsher", titre pour sa part "L'Humanité"... "Sarkozy durcit le débat sur l'immigration", note enfin "Le Monde". En tout cas, la plupart des journaux sont d'accord pour dire que le président de l'UMP chasse sur les terres de l'extrême-droite... Avec tout d'abord ce constat de Philippe Ridet, dans le journal "Le Monde", qui écrit : "La métamorphose est totale... Après avoir plaidé pour le retrait du CPE, poussé au dialogue avec les syndicats et veillé comme une mère poule à la sécurité des manifestants, une fois la crise passée, Nicolas Sarkozy durcit son discours". Et c'est ainsi que, délibérément, reprend Jean-Paul Pierot dans "L'Humanité", la droite commémore aujourd'hui, de la pire des manières, son arrivée aux affaires, il y a 4 ans... Délibérément, le chef du parti au pouvoir a choisi de suivre le sillon tracé par Le Pen, et d'enfourcher la monture Villiers, afin de séduire les électeurs d'extrême-droite... Car il s'agit bien de séduction, de véritable drague, conclut l'éditorialiste de "L'Huma". La drague donc, pour "L'Huma"... Le braconnage, pour "Libération"... Oui, accuse ce journal, Nicolas Sarkozy braconne sans complexe sur les terres de Le Pen... Et derrière ses invectives, il faut y voir sa méthode : autrement dit stigmatiser les plus faibles dans la société, pour détourner l'attention et aller chercher, comme il le dit lui-même, les électeurs du FN, un par un. La ficelle est grosse, écrit Pierre Haski, mais il faut croire que, dans certains états-majors politiques, on considère que plus c'est gros, plus ça passe... Sa sortie sur "ceux qui n'aiment pas la France" est du plus mauvais augure... Réthorique populiste... D'ailleurs, que les Eglises et les associations chrétiennes soient en première ligne pour s'opposer à son projet de loi devrait servir d'avertissement à droite, ajoute notre confrère. Ou alors, comme vous le dites vous-même, Laurent Fabius, dans une tribune que vous signez dans "Le Monde", intitulée "Précarité : après les jeunes, les étrangers !"... "La France sera plus solide si elle choisit d'être plus solidaire". Voilà pour la levée de boucliers... Seul "Le Figaro" propose une lecture différente aujourd'hui... Non pas que ce journal défende le projet de loi sur l'immigration du ministre de l'Intérieur... Mais c'est peut-être par lui que va passer "l'année utile"... La fameuse "année utile" que Dominique de Villepin devait incarner... Après l'échec du CPE, on se demandait si le gouvernement n'allait pas se contenter de gérer les affaires courantes... Eh bien non, écrit Charles Jaigu : Nicolas Sarkozy arrive avec ses deux projets de loi... Immigration et intégration, discutés dès le 2 mai à l'Assemblée nationale... Et le projet "Prévention de la délinquance", annoncé pour la fin du mois de mai. Enfin, le très sage journal "Le Parisien" prend acte, tout simplement, de la droitisation de Nicolas Sarkozy avec sa loi sur l'immigration... "A droite toute !", écrit Ludovic Vigogne, qui nous rappelle que ce n'est que le début de la séquence puisque, le 9 mai à Nîmes, le président de l'UMP parlera de sa vision de la France, et que le 13, devant les élus et cadres de son parti, il donnera ses recettes pour réussir les réformes... Donc là, nous serons au-delà de la question de l'immigration... Nous serons dans le programme électoral de Nicolas Sarkozy... Et pour en revenir à l'actualité, on s'aperçoit aujourd'hui que le pari du ministre de l'Intérieur d'assécher l'électorat à la droite de la droite est loin d'être gagné... Autrement dit, que le FN tient encore solidement la corde, comme l'explique Jean-Yves Camus, chercheur, spécialiste du Front National. D'abord, explique-t-il, celui qui parviendra à assécher le terreau électoral de Le Pen arrivera mathématiquement en tête du premier tour, mais ce n'est que théorique, car je ne crois pas que ce calcul puisse être gagnant... Tout simplement parce que tant que Le Pen sera présent sur le devant de la scène, il fera son score... Et en 2007, vous verrez, il sera encore haut... C'est pourquoi je ne crois pas non plus à une OPA de Villiers sur le Front National. Dans les pages "Politique" de la presse aujourd'hui, on parle aussi des socialistes... Avec un gros plan sur ces éléphants du PS, "qui préparent la riposte anti-Royal", comme l'écrit "Le Figaro", qui, pour l'occasion, ressort la photo déjà publiée de si nombreuses fois, où l'on vous voit, Laurent Fabius, avec votre chapeau et votre écharpe rouge, aux côtés de Dominique Strauss-Kahn et de Jack Lang... C'était lors d'une manifestation contre le CPE... Il paraît que votre entourage, comme celui des deux autres éléphants pré-cités, ont décidé de passer à la contre-attaque, forts du constat selon lequel la puissance actuelle de Ségolène Royal tiendrait à sa façon de ne se prononcer sur rien... Il suffirait donc de la forcer à sortir de l'ambiguïté pour qu'elle soit en difficulté. Alors chacun a trouvé sa cible : Dominique Strauss-Kahn en veut aux sondages... Toujours selon "Le Figaro" : votre camp, Laurent Fabius, ne décolère pas contre le porte-parole du PS, Julien Dray, qui a pris ouvertement parti pour Ségolène Royal... Alors que Jospin, lui, est totalement exaspéré, si l'on en croit "Le Parisien"... L'ancien Premier ministre, qui n'est plus "en retraite" mais "en retrait"... Nuance... Exaspéré donc, Lionel Jospin, qui est à l'opposé de la façon dont Ségolène Royal conçoit la politique... Internet, les citoyens-experts, le flou artistique sur ses idées... Pas vraiment la tasse de thé du candidat battu en 2002... Et c'est donc l'un de ses lieutenants, Daniel Vaillant, qui sonne la charge contre le phénomène Royal, qu'il qualifie de "scénario médiatico-sondagier, non structurant pour la suite". Vous verrez beaucoup le visage de Bernard Thibault aujourd'hui dans les journaux... Logique... La CGT tient son congrès en ce moment... Un syndicat qui, soit dit au passage, doit faire face à d'importants problèmes financiers, révèle "Le Parisien"... Voilà pourquoi le chef veut revoir le système des cotisations... Au grand dam de ses opposants. Autre défi, auquel s'intéresse "Le Monde Economie" : la baisse de la représentativité du monde syndical dans son ensemble, son enfermement dans les bastions industriels et publics... En résumé : sa difficulté à être en phase avec le développement des services, la mondialisation des entreprises, et la précarité des statuts. D'où cette conclusion du "Monde Economie" : "Après la victoire sur le CPE, tout reste à faire". Ce à quoi, dans le journal "La Croix", Laurence Parisot se prononce en faveur d'une modification de la Constitution, pour créer un espace réservé aux partenaires sociaux... Ce qui revient à réformer le dialogue social, et donner aux accords dont il est issu la même valeur qu'à une loi. "Oui, il est temps !", écrit Guillaume Goubert dans "La Croix", qui nous livre cette analyse intéressante... "La difficulté spécifique de la France, c'est que le dialogue social y prend la forme d'un ménage à trois : syndicats, patronat, Etat... Ce qui crée de nuisibles interférences. Patronat et syndicats, par exemple, auront tendance à accuser l'Etat de se mêler de ce qui ne le regarde pas. Prenez les 35 heures ou le CPE : de fait, l'autorité politique a court-circuité les partenaires sociaux. Cela dit, patronat et syndicats en ont eu besoin, de l'Etat, parfois, pour nouer le dialogue. L'exemple archétypique étant celui des Accords de Grenelle, en 68. Enfin, facteur aggravant : le poids important de l'emploi public en France, qui pousse l'Etat, ne serait-ce que mécaniquement, au coeur du dialogue social. Voilà pourquoi sortir de cette confusion des rôles est un impératif". Avec un remarquable hors-série de "Libération" sur la chanson française, de 1973 à aujourd'hui... "Paroles, musiques et polémiques"... Un coup d'oeil panoramique sur la façon dont "Libé" a parlé "chanson française" durant toutes ces années, avec un ton très particulier, des coups de coeur et des coups de griffes... Des fâcheries même, comme avec le chanteur Renaud, qui a bien rendu au journal la monnaie de sa pièce avec des citations assassines dans quelques-unes de ses chansons... Un beau roman, une belle histoire, en quelque sorte... Et ce numéro spécial, assorti d'un CD-compilation de quelques morceaux du patrimoine français de la chanson, est d'une conception toute simple... C'est une reprise de quelques articles parus depuis 1973, avec des titres toujours très inspirés... Comme Gainsbourg : "Fier comme un Gainsbarre-tabac"... Dutronc : "Prince sans rire"... Alain "Chouchon" aussi... "Labo M" pour Mathieu Chédid... Ou encore, et très récemment, concernant Mireille Mathieu : "Une certaine idée de la frange". Antoine de Gaudemar, bonjour... Vous êtes le directeur de la rédaction de "Libération"... Ce florilège d'articles parus dans votre journal, il me donne d'abord l'impression d'être un plaidoyer pour la critique... En clair : heureusement que les journalistes-critiques sont là, pour lutter contre la toute-puissance du marketing... En 86, votre journal écrivait sur Renaud ces quelques lignes terribles : "Si Renaud est déplorable, ce n'est pas parce qu'il joue au 'rouge', ni parce qu'il est esthétiquement trois fois nul en tant qu'auteur-compositeur et interprète... C'est parce qu'il est faux comme les blés, qu'il ramasse, de la pointe des cheveux à celle des santiag". J'imagine que le journal assume... Aujourd'hui, qu'écrirait-il sur Renaud ?... Merci, Antoine de Gaudemar... J'en profite pour vous signaler aussi la présence, dans les kiosques, d'un hors-série sur Coluche... Mort il y a 20 ans... Hors-série qui porte ce très joli titre : "L'aristo du coeur". Bonne journée... A demain...

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