Nicolas, d’abord, une question : connaissez-vous par cœur le numéro de téléphone d’Alexandra ?

Et vous, Alexandra, connaissez-vous par cœur la date de naissance de Nicolas ? J’imagine que vous ne vous rappelez pas non plus de la ligne de métro qu’il faut prendre pour aller chez Sonia, ni de la pointure de Thomas ou du poids de la tour Eiffel ? Pour info, elle pèse 9.700 tonnes, mais après tout, est-ce bien utile de retenir ces choses-là ? D’autant qu’on a maintenant tout un tas d’ustensiles qui les retiennent pour nous. 

Les numéros de téléphones sont enregistrés dans nos portables. Les anniversaires des amis, Facebook nous les rappelle. Les trajets, on les trouve sur nos GPS. Quant au poids de la tour Eiffel, en dix secondes, on a la réponse sur Internet. En cherchant bien, je suis sûr qu’on peut même y trouver la pointure de Thomas… Les nouvelles technologies nous facilitent ainsi la vie – plus besoin de s’encombrer l’esprit avec des dates et des chiffres que connaissent nos machines. Mais à force, tout cela pourrait se retourner contre nous, et mettre en péril nos capacités d'apprentissage. 

C'est le sujet à la Une du PARISIEN ce matin : « Pourquoi nous perdons la mémoire ». Des neurologues s'inquiètent, à l'instar du chercheur Francis Eustache, grand expert français du sujet : « On a le sentiment, dit-il, de moins mémoriser. » Il met non seulement en cause les machines – les ordinateurs, les smartphones – mais aussi notre mode de vie : un monde où le zapping est devenu permanent et où, du coup, notre attention ne cesse de se réduire. Or, prévient-il, « Cela pourrait conduire, in fine, à un appauvrissement culturel et personnel. » Sous-entendu, donc : affaiblir nos aptitudes cérébrales et, en premier lieu, notre aptitude à nous souvenir. 

On pourrait devenir des êtres sans mémoire. Le sujet est sérieux. 

Dès lors, le journal nous donne des conseils pour l’entretenir, notre mémoire. Notamment dormir plus et prendre le temps de rêvasser, car c’est en rêvassant qu’on consolide nos souvenirs. Pour retenir les chiffres, on peut également procéder par association d’idée. Par exemple, sachez que le poids de la tour Eiffel est, à peu de choses près, le même que celui du parmesan que la France importe d’Italie tous les ans ! Oui : l’an dernier, la France a importé 9.800 tonnes de parmesan, ce qui la place parmi les plus gros consommateurs de parmesan du monde. Je ne sais à quoi cela rime de savoir ça, mais je l’ai lu sur Internet. 

Cela dit, sur Internet, on peut lire aussi des bêtises. A ce propos, je vous conseille le papier de Pauline Moullot dans LIBERATION : « Faux blessé à Tolbiac, les mécaniques d’une rumeur », ou comment une fausse info a enflammé la toile durant tout le weekend dernier.

Après l’évacuation, vendredi matin, de la fac de Tolbiac par les CRS, trois témoins ont affirmé qu’un étudiant était dans le coma, voire mort. Sur le site REPORTERRE, les prétendus témoins ont raconté la scène : « On s’échappait par les toits, à l’arrière du bâtiment, pour descendre dans une petite rue à côté. Les gars de la BAC étaient à nos trousses. Un camarade a voulu enjamber le parapet pour se laisser glisser le long du mur. Un ‘baqueux’ lui a chopé la cheville. Ça l’a déséquilibré, et le camarade est tombé. On a voulu le réanimer, mais il ne bougeait pas. Du sang sortait de ses oreilles. » Sur la chaîne LE MEDIA, une jeune fille décrivait « un gars avec la tête complètement explosée, et une flaque de sang énorme ». Durant deux jours, les réseaux sociaux n’ont parlé que de cela, malgré les démentis de la préfecture de police et de l’Assistance Publique : non, disaient-ils, il n’y a pas eu de blessés grave durant cette évacuation. Aujourd’hui, le site REPORTERRE fait machine arrière. Les témoins n’étaient pas dignes de confiance. Quant à la jeune fille interviewée à la télé, elle reconnaît à LIBERATION qu’elle a simplement raconté ce qu’elle avait entendu. Elle n’a donc rien vu, et il n’y a pas eu d’étudiant dans le coma après l’évacuation de la fac de Tolbiac. Le titre du CANARD, c’est « Balance ta rumeur ! »

Et sur le site LES JOURS, le titre, c’est « Balance ton port », le mot « port » écrit avec un « t ». C’est 93ème épisode de la longue enquête que le site a mené sur Vincent Bolloré, lequel a donc été placé en garde à vue. Soupçonné de corruption, le patron du groupe éponyme doit s’expliquer sur ses activités portuaires au Togo et en Guinée. Passionnant travail du site LES JOURS, qui détaille ce matin comment CNews, la chaîne dont Bolloré est propriétaire, a rendu compte hier de sa garde à vue. En l’occurrence, très discrètement, et en insistant bien sur le démenti formel du groupe Bolloré, assurant qu’il n’y avait « aucune irrégularité » dans les affaires africaines qui intéressent la justice… N’empêche, cette mise en garde à vue se retrouve à la Une ce matin d’une partie de la presse régionale, et même en Une du FINANCIAL TIMES, sous un article consacré à la visite du couple Macron au couple Trump. Deux hommes et deux femmes tout sourire prenant la pose sur un balcon.

Au sujet de cette visite présidentielle, un amusant dessin d’Aurel en Une du CANARD ENCHAÎNE. « Trump-Macron, une rencontre très tactile ». Un conseiller livre son analyse au président français : « Une longue poignée de main, et tu peux obtenir qu’il t’entende sur l’Iran… » « Et si je l’embrasse », demande Macron. Réponse du conseiller : « Tu peux tenter l’accord climat ! » 

On retrouve les deux hommes dans L’EXPRESS. Intéressante enquête sur « Macron l’Américain », où on lit qu’à la Maison-Blanche, certains conseillers vont jusqu’à affirmer qu’il est parvenu à s’insinuer dans l’esprit de Trump – oui, oui : Emmanuel Macron se serait insinué dans son esprit – et pourrait, dès lors, avoir sur Donald Trump l’influence qu’avait Thatcher sur Reagan. 

Enfin, une autre découverte dans L’EXPRESS. C’est une innovation : des chercheurs de Singapour viennent de mettre au point un robot capable de monter tout seul des chaises IKEA… Tout seul, autrement dit : sans plan. Le robot a photographié des pièces, puis son algorithme a planifié les mouvements à effectuer pour enfin assembler la chaise, montage en moins de neuf minutes ! Evidemment, ça fait rêver. Réussir à monter un meuble IKEA en neuf minutes ! Le problème, c’est que le robot n’est pas commercialisé, et qu’il prend deux fois plus de place que la chaise. Sinon, vous souvenez-vous du nombre de tonnes de parmesan que la France a importé l’an dernier ? 

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