(Alain LE GOUGUEC : "Seulement quatre quotidiens nationaux en kiosque, ce matin : Le Parisien-Aujourd'hui, France-Soir, L'Equipe et Le Monde... Heureusement, il y a les hebdomadaires et les mensuels. Et c'est déjà l'heure des bilans")... Et même bilans de la décennie... C'est la fin des années 2000... Il y a toujours une part d'arbitraire à regrouper des millésimes juste parce qu'ils ont des chiffres en commun. Mais, de fait, lors de cette décennie, nous avons ouvert une nouvelle page de l'histoire du monde. Alors best-of, ou plutôt worst-of ? : le pire de la décennie... Le choc des photos est dans Paris-Match : année 2001, et deux tours s'effondrent à New York. Le World Trade Center, mais aussi la vague monstrueuse du tsunami sur une plage de Thaïlande, une petite fille qui porte un masque et serre sa peluche contre elle à Hong Kong (lors du SRAS et des virus), et enfin le radeau de la méduse version 2005 : des habitants de La Nouvelle-Orléans juchés sur le toit d'un 4x4 pour échapper aux inondations. - "Elles étaient comment, les années 2000 ?". Dans Le Nouvel Observateur, Claude Weill imagine un dialogue entre un père et son fils... - "Elles étaient anxiogènes, flippantes si tu préfères. Elles ont commencé avec la peur du bug informatique de l'an 2000, pour se conclure à Copenhague avec l'angoisse de l'apocalypse climatique. Entre les deux, on a eu le 11 Septembre, la grippe aviaire, la grippe porcine, la peur de la mondialisation, du péril chinois et du nucléaire iranien". 2000-2010... Le Nouvel Observateur rappelle aussi ce qui a changé dans nos vies quotidiennes. Adieu cabine téléphonique, bonjour téléphone portable. Il y avait 30 millions de mobiles en service il y a dix ans en France : c'est le double aujourd'hui. Autrement dit, en moyenne, chaque habitant a son portable. Et au cimetière des technologies, à côté de la cabine téléphonique, Le Nouvel Obs dépose le CD, victime du format MP3. Alors le dialogue entre Claude Weill et son fils imaginaire reprend. Le fiston lui fait remarquer que les années 2000 sont celles des inventions en pagaille : l'iPod, Facebook et tout ça. Justement, on ne sait plus si le progrès est la solution ou le problème. Il y a comme une nausée de la civilisation productiviste et technicienne... Le futur ne fait plus rêver. Décennie 2.0.0... Ce sont celles de la mondialisation. C'est ce qu'on entend en boucle tous les jours. Mais pour Jean-Christophe Rufin, dans Paris-Match, c'est une illusion d'optique. "Il suffit qu'une vanne rompe les digues qui entourent le décor trompeur de la mondialisation pour que l'on en découvre l'envers. Le tsunami a soudain révélé, derrière l'enclos policé des grands hôtels touristiques, toute une misère environnante. Le plus grand danger de la mondialisation, c'est l'oubli de ce qui lui échappe. Des pans entiers de ce monde ont déjà disparu de la conscience collective". Bilan d'une époque... La revue Sciences Humaines remonte carrément à 1989 : 20 ans pour parler des 20 livres qui ont changé notre vision du monde. En 1989, on a cru à la fin de l'Histoire ; en 1996, au choc des civilisations. Vite, un peu d'espoir ! On est au bord de l'asphyxie. Sciences Humaines rappelle aussi qu'en 1994, un professeur de neurobiologie a réhabilité les émotions. Son livre s'appelait "L'Erreur de Descartes". Non, nous ne sommes pas seulement des êtres de raison : nos émotions nous aident à réfléchir et à agir. Si, lors de la décennie à venir, ces émotions pouvaient être des bouffées de bonheur, on ne dirait pas non. (ALG : "Et en 2009, quelles émotions avons-nous vécues ?") Un visage barbu, vif et jovial, à la Une... C'est un peu le Père Noël brésilien : c'est Lula. "Lula, homme de 2009" pour Le Monde. C'est la première fois que le quotidien désigne ainsi sa "personnalité de l'année". Sous la plume de Jean-Pierre Langellier, portrait de Lula et du Brésil qu'il incarne, dans Le Monde Magazine. Pour la première fois de son existence, le Brésil a un rendez-vous heureux avec l'Histoire. Ces derniers mois, Lula est devenu une figure incontournable du G20, l'embryon de gouvernement mondial. Son pays a décroché les Jeux Olympiques de 2016. On a même découvert du pétrole au large de ses côtes. Histoire heureuse que celle de Lula, ancien cireur de chaussures, ouvrier-tourneur, syndicaliste embastillé devenu Président. "Voilà mon homme", dit de lui Barack Obama. Il a été le premier dirigeant sud-américain reçu à la Maison Blanche cette année. "Qui peut imaginer aujourd'hui résoudre les problèmes du monde sans le Brésil ?", renchérit Nicolas Sarkozy. Le Brésil est devenu un acteur essentiel dans l'arène internationale, incontournable dans les discussions sur le climat... qui fait du business en Afrique et en Chine, qui s'est débarrassé de sa dette et fait le lien entre les pays pauvres et les pays riches. Une grosse part d'ombre : le pays de Lula, le Président des pauvres, reste l'un des plus inégalitaires au monde. Il en a bien conscience, et le dit avec des mots parfois triviaux : "Je veux sortir le peuple de la merde où il se trouve". (ALG : "Et nos hommes politiques français ont-ils réussi leur année 2009 ?" Bulletin de notes et classement dans Le Point et Valeurs Actuelles... La grande gagnante, c'est Christine Lagarde, ministre de l'Economie : deuxième derrière Martin Hirsch au hit-parade du Point, première au tableau d'honneur de Valeurs Actuelles. Quels sont les atouts de celle qui avait collectionné les bourdes à son arrivée à Bercy ? Pour Le Point, elle touche les dividendes de sa ténacité et de son sans-faute pendant la crise. Valeurs Actuelles rappelle que le Financial Times l'a désignée "meilleure ministre des Finances d'Europe". Trente mois à Bercy : on n'avait pas vu une telle longévité depuis 1992. Et puis, cerise glacée sur le gâteau de Noël : il paraît que Nicolas Sarkozy a confiance en son jugement... Voilà pour la tête de classe. Au fond de la classe, à côté du radiateur, il y a Brice Hortefeux... Le ministre de l'Intérieur est 31ème sur 39 dans le classement du Point : il perd 15 places par rapport à l'an dernier. Valeurs Actuelles le range dans la catégorie "déception" : pour l'hebdomadaire, les chiffres de la délinquance sont mauvais, et les propositions du premier flic de France ne font pas l'unanimité. Revue de l'année 2009 en politique... Les Inrockuptibles ont confié ce travail à Yann Barthès, l'homme du Petit Journal sur Canal+. - Meilleur look 2009 : Christian Estrosi, pour sa teinture capillaire automne-hiver. - La phrase définitive de l'année. Elle est de Nicolas Sarkozy, qui s'était pris les pieds dans le tapis et la syntaxe le 16 septembre dernier : "On n'est pas trop d'être plusieurs pour trouver les moyens pour en sortir". Idée de cadeau de Noël pour l'Elysée : un Bescherelle. - L'obsessionnel 2009, c'est Jean-Louis Borloo : l'homme qui touille 49 fois son café sans s'arrêter. - Et le nouveau conformisme, pour Yann Barthès, eh bien c'est l'anti-sarkozysme. (ALG : "Et dernier volet de ce bilan : l'année 2009 en livres, en films et en musiques...") Ce n'est pas un hasard. Retour sur le lieu symbole des années 2000 : les tours jumelles... Le livre de l'année, pour le magazine Lire encore en kiosque, c'est celui de Colum McCann : "Et que le vaste monde poursuive sa course folle". Tout commence par une scène qui s'est déroulée en août 1974. Le funambule Philippe Petit marche dans le ciel sur un câble tendu entre les deux tours. Pendant ce temps, dans les ténèbres du Bronx, un prêtre irlandais se sacrifie pour que les marginaux échappent à leur enfer. Entre les deux, l'écrivain tisse un fil pour brosser une chronique sociale, un portrait de l'Amérique, une méditation sur notre fragilité et une mise en scène de nos vertiges, écrit Lire, pour qui cet écrivain pratique la littérature comme une quête spirituelle. Le meilleur de l'année, au cinéma, parle aussi d'Amérique, selon Première. C'est "Les Noces rebelles", de Sam Mendes, avec Kate Winslett et Leonardo DiCaprio... histoire d'un couple qui se délite dans l'Amérique des banlieues. Le Monde fait un autre choix en mettant tout en haut de ses préférences le film magnifique de l'Italien Marco Bellochio, "Vincere"... histoire de la femme cachée de Mussolini. Photographie, bande originale et actrice principale : Giovanna Mezzogiorno. C'est vrai que tout est sublime dans ce film. Le critique du Monde Jean-Luc Douin y voit une magistrale illustration de ce qu'est le cinéma : l'art de peindre avec l'ombre et la lumière, l'art de franchir un pont à la rencontre de fantômes. Enfin, l'année 2009 en musiques, ce sont d'abord deux photos : le visage de Michael Jackson dans VSD, la silhouette d'Alain Bashung dans Le Monde Magazine. Et pour les disques de l'année, à la catégorie "world, jazz et chansons", Les Inrockuptibles ont choisi l'album de Melody Gardot, "My one and only thrill". Le destin de Melody Gardot, c'est l'une des belles histoires que choisit ce matin Le Parisien-Aujourd'hui pour conclure l'année 2009 sur une note heureuse. Cette jeune Américaine blonde de 24 ans au physique hitchcockien est une cousine de Grand Corps Malade : comme lui, elle marche avec une canne, après un accident de la circulation il y a six ans. Elle a remonté la pente grâce à la musicothérapie. Six ans plus tard, son troisième album a fait un triomphe en France et ailleurs... (Lancement de "Baby, I'm a fool")... Après toutes les horreurs égrenées dans cette revue de presse, petite douceur : Melody Gardot, "Baby, I'm a fool", pour vous souhaiter une fin d'année mélodieuse... (Extrait de "Baby, I'm a fool")...

Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.