Patrick Cohen : Dans la presse ce matin : les détails qui changent tout... Bruno Duvic : Dans le Boeing 737 qui l'emmenait en Arabie, Zine Ben Ali a passé les six heures de vol un revolver à la main. Arrivé à Djeddah, le samedi au petit matin, avant de descendre la passerelle, il dit à l'équipage : "Attendez-moi, je serai de retour". Détails sur les dernières heures de la présidence Ben Ali... Le Figaro et "Jeune Afrique" mènent l'exercice de reconstitution ce matin. C'est le vendredi que tout a basculé. La veille au soir, Ben Ali pensait avoir calmé la foule avec son discours "je vous ai compris", mais perdu ! Vers 10h30, ce vendredi, la population est à nouveau dans la rue. Le centre de Tunis est noir de monde. Des avocats en toge, des cadres en costume-cravate, des ouvriers, des jeunes, des femmes, des enfants avec leurs parents : "Ben Ali, dégage !" La police finit par charger. Au Palais de Carthage, le Raïs suit la situation minute par minute. Le destin joue aux dés... La Tunisie peut tomber dans le bain de sang ou faire tomber un dictateur. On savait déjà le rôle important que le chef d'état-major de l'Armée de terre avait joué en refusant d'envoyer ses soldats contre les manifestants. Dans Le Figaro, Delphine Minoui ajoute d'autres détails capitaux. Dès le jeudi, Rachid Ammar avait carrément dit à la police : "Si vous ne renoncez pas à tirer, je donnerai l'ordre de riposter". Et le vendredi, c'est sans doute lui qui donne le coup de grâce au président Ben Ali. "C'est terminé !" Et la rumeur, ajoute Delphine Minoui, la rumeur raconte qu'il lui aurait laissé un créneau de trois heures pour prendre l'avion. Au-delà de cette limite, l'espace aérien serait fermé. Vendredi 14 janvier, 17h : trois limousines aux vitres teintées quittent le palais présidentiel... 17h45 : l'avion décolle. Six heures de vol, un revolver à la main, et jusqu'ici sans retour. Patrick Cohen : "Sans doute, nous avons sous-estimé les aspirations du peuple tunisien à la liberté"... c'est l'une des phrases-clés à la conférence de presse de Nicolas Sarkozy, hier... Bruno Duvic : "Nouveau monde, nouvelles idées !" dit le slogan de la présidence française du G20. Et nouveau Sarkozy ou pas ? Plus posé, plus modeste, le chef de l'Etat affiche un nouveau style. Est-ce que ces détails changent tout, est-ce qu'ils changent le regard de la presse sur le locataire de l'Elysée ? Ca matin, beaucoup de commentateurs, à l'image de Bruno Dive dans Sud-Ouest, trouvent qu'il s'en est plutôt bien sorti hier. "Dans les généralités il est bon en général, il l'a été hier matin" poursuit Olivier Picard dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace. "C'était sobriété et réalisme" résume Laurent Marchand dans Ouest-France. "L'opération reconquête de la popularité est enclenchée" analyse Guillaume Tabar dans Les Echos. La conférence de presse d'hier en apparaîtra comme une étape majeure et incontestablement réussie. Le pari de Sarkozy, c'est que la popularité soit, le moment venu, la rançon de la crédibilité retrouvée. On a beaucoup parlé de la Tunisie... L'autre sujet, c'était la présidence française au G20 et ses ambitions pour le monde. La Croix donne les phrases-clés. En voici deux : "Une taxation sur les transactions financières pour le développement" et "Une régulation des marchés financiers sur les matières premières". Paul-Henri du Limbert applaudit dans Le Figaro. "La croisade de Nicolas Sarkozy est peut-être une mauvaise nouvelle pour le Parti socialiste. Comment, lorsqu'on est de gauche, s'opposer à un homme qui fait de la régulation mondiale son combat ?". "Tous ces thèmes proposés à la réflexion sont de premières importances reconnaît Michel Lépinay dans Paris-Normandie. Hélas ! ce n'est pas la première fois qu'il s'engage sur ces sujets sans obtenir, jusqu'ici, l'adhésion de ses homologues". On bascule du côté des critiques... "Derrière la posture, l'imposture" écrit L'Humanité. Pour "Mediapart", la conférence de presse, hier, a agi comme un révélateur... révélateur d'une France en perte d'influence et d'une politique étrangère réduite en miettes. Nicolas Sarkozy veut parler au monde, mais plus grand monde ne l'écoute. C'est la France riquiqui de Nicolas Sarkozy. Patrick Cohen : Quoi d'autre dans la presse, Bruno ? Bruno Duvic : Il faut lire Libération en détail pour tomber sur cette petite brève sidérante qui dit l'état de jungle d'une partie du Mexique livré aux trafiquants de drogue. Je vous lis les premières lignes : "Ils jouaient dans un stade inauguré il y a quatre mois, dans le cadre d'une campagne de lutte contre la violence liée au trafic de drogue. Des tueurs sont arrivés sur le terrain dans trois voitures et ont tiré jusqu'à 180 balles sur les jeunes footballeurs. Trois sont morts sur le coup, quatre à l'hôpital". "Carnage", c'est la Une de Libération à propos de l'attentat de Moscou. Il montre les limites de la politique très répressive de la Russie dans le Caucase, écrit le journal. Un reportage minutieux pour dire la difficulté du travail des enquêteurs à la recherche de Laëtitia. Dans Presse-Océan, Jérôme Jolivet décrit cette zone d'Arthon-en-Retz dans laquelle se déroulent les recherches. "Les peupliers s'y dressent sur un sol marécageux. Tout autour, un paysage de prairies, de haies, de marais, un dédale de routes et de chemins bordés de fossés. Chaque cavité se remplit à la première averse. Les bâtisses non habitées sont légion. L'océan Atlantique est à dix kilomètres, la Loire à quinze". Les détails qui changent tout... Semaine après semaine, on réalise l'ampleur du bouleversement que représentent Internet et les nouvelles technologies dans nos sociétés. "La course folle du commerce en ligne" titre La Tribune ce matin. Plus 24% l'an dernier. Au-delà des chiffres, c'est la façon d'acheter et de vendre qui évolue. La Tribune insiste notamment sur le développement des achats groupés. Des internautes se regroupent pour obtenir des rabais. Avec cette société numérique émergent de nouveaux patrons au style radicalement différent. Jacques-Antoine Granjon, par exemple, PDG de "ventesprivees.com". Le mensuel "GQ" en fait son businessman de l'année. Un businessman très loin du modèle BCBG "Oxford-Hénin". Il a une tête de chanteur de hard rock. Jusqu'à ses 30 ans, écrit "GQ", seules trois choses l'intéressaient : les filles, la fête et les belles voitures, et il arrivait au boulot vers 15h. Aujourd'hui, il est à la tête d'une entreprise aux 12 millions de clients et 680 millions d'euros de chiffre d'affaire. Le PDG hard rocker qui s'habille chez Dolce et Gabana et collectionne l'Art contemporain, est la 65ème fortune de France. Jacques-Antoine Granjon est donc le businessman de l'année pour "GQ". L'homme de l'année tout court, c'est Bixente Lizarazu. Et l'homme politique sacré, c'est François Baroin. Point commun à tous ces hommes, explique "GQ", une capacité à inventer le style qui leur est propre. Le style de Baroin passe notamment par sa voix. C'est Frédéric Beigbeder qui interviewe le ministre du Budget et lui parle de sa voix. Entretien assez surréaliste, terminons là-dessus : Frédéric Beigbeder : Les filles de la Rédaction disent que vous avez une voix de slip... François Baroin : une voix de quoi ? Frédéric Beigbeder : de slip... une voix sexy... François Baroin: vous l'écrivez comment ? Frédéric Beigbeder : comme un slip... Conclusion du ministre : "Une voix de slip... je suis content de prendre le petit-déjeuner avec vous !"

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