(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : on a retrouvé l'ours !

(Bruno Duvic) C'est une chasse qui dure depuis hier matin dans les journaux...

Cette revue de presse a commencé avec un article du Figaro qui distillait des confidences de Nicolas Sarkozy mais sans citer précisément de sources. Les petites phrases étaient mises dans la bouche de conseillers, de proches, de ministres, de membres de la majorité, c'était confidences faites "en privé". Bref, l'homme qu'a vu l'homme qu'a vu l'ours.

Parmi les petites phrases en question, il y a celle qui est commentée dans tous vos journaux ce matin : "Si je perds, je changerai de vie, vous n'entendrez plus parler de moi".

Dans le jargon des journalistes, on appelle ça du "off", dans les cantines de France on appelle ça du flan.

Explication : les petites phrases en question bien ont été prononcées par le président de la République mais directement devant des journalistes. Avec cette précision : surtout ne dites pas que c'est moi qui vous l'ai dit. C'est ça le off.

Derrière l'homme qu'a vu l'homme qu'a vu l'ours, il faut voir l'ours tout court.

La presse s'est décidée à dévoiler la tanière au fil de la journée. 3 étapes, donc.

La première : Le Figaro , qui respecte le off. Il reprend les propos sans citer le président.

Deuxième étape, Le Monde , dans les kiosques hier après-midi. L'article cite directement le président mais sans donner le contexte.

Pour avoir le fin mot de l'histoire, il faut ouvrir Libération ce matin.

Article signé Grégoire Biseau

C'était donc samedi soir, veille du discours de François Hollande au Bourget. Le président est en Guyane, dans la résidence du préfet. Et il propose aux journalistes qui le suivent une conversation à bâtons rompus, elle durera 3 heures. "Mais c'est du off, sinon ça ne se reproduira pas", précise le président.

Comme les autres, Libération ce matin donne à ses lecteurs les fameuses petites phrases. Précision supplémentaire : en disant qu'il arrêtera complètement la politique en cas de défaite, Nicolas Sarkozy fait le geste du drogué qui retire une aiguille de son bras.

Opération de com’ réussi : la plupart des éditos ce matin commentent la petite phrase sur le thème aurait-il le moral à zéro, l'élection est-elle déjà finie, est-une stratégie de communication pour se rendre plus humain, ne serait-il pas en fait très combattif etc.

Alors 2 questions maintenant pourquoi la presse généralement respecte-t-elle le Off, en mentant par omission à ses lecteurs ? Parce que c'est la garantie d'obtenir d'autres confidences, d'autres informations. Les petites phrases contribuent parfois à faire les élections. Souvenez vous du "vieilli, usé fatigué" de Lionel Jospin à propos de Jacques Chirac en 2002. Il y avait laissé une partie de sa popularité.

Deuxième question : pourquoi le chef de l'Etat a-t-il décidé d'organiser un très long off samedi, à un moment important de la campagne. 3 heures de discussion : cela faisait 2 ans qu'il n'avait pas échangé aussi longuement avec la presse politique, précise Grégoire Biseau.

Libérationinterroge des spécialistes.

D'abord le politologue Roland Cayrol : « ne faisons pas comme si chaque confidence privée du chef de l'Etat valait stratégie de communication. Ce Off ne veut probablement pas dire grand chose. Il ne faut pas en tirer des conclusions sur sa détermination ou son moral. On est devant un président de la République qui pratique en permanence cette espèce de vérité du moment. »

Autre analyse, celle du chercheur Christian Salmon, auteur de Story telling ou l'art de scénariser la politique. "C'est un moment très important de la campagne, dit-il, une première faille dans le dispositif sarkozyste. Jusque là, il voulait apparaître comme un candidat expert, très professionnel, expérimenté. Brusquement, il change de main et il envisage sa défaite. C'est une rupture. Sarkozy a toujours fait preuve d'une grande capacité d'écoute. Et ce qu'il entend désormais, c'est que le pays est fatigué du story-telling sarkozyste.

Il joue à quitte ou double ? demande Libé

C'est le signe de la fin, répond carrément Christian Salmon.

Dans les moments importants des campagnes électorales, la plume or et acier de Claude Cabanes, fait son retour dans les colonnes de L'Humanité . Il résume le climat avec deux phrases assassines de Victor Hugo. Pour dire la peur de la défaite à droite, il voit sur le front des élus UMP "le néant en ces crétins augustes"

Et en conclusion, Victor Hugo encore : "J'aime beaucoup le président, vu de dos quand il s'en va".

Les campagnes électorales étant longues, on ne saura que le 6 mai si Cabannes peut ressortir ces deux citations ou manger son Victor Hugo.

Sur le site Rue89 , une histoire d'époque

Et c'est encore du off, en tout cas un témoignage anonyme : ils permettent aussi d'obtenir des informations. Témoignage saisissant en tout cas.

Un salarié raconte de l'intérieur comment les banques traversent la crise. Il est cadre dans une société de prestation qui travaille avec la société générale. Les 4 principales banques françaises, vont diminuer leurs effectifs de 11% d'ici à l'année prochaine.

"On ne vit pas juste une crise, dit ce cadre, mais un virage crucial, la refonte total du modèle de la banque"

"En ce moment, une personne fait le travail de deux et bientôt trois salariés. Les horaires s'allongent, les bureaux se vident. Dans mon équipe, on était une cinquantaine, fin décembre, plus qu'une vingtaine."

Un bureau sur deux n'est plus occupé.

"Chacun essaie de faire ses propres calculs. On ne sait pas clairement à quoi va ressembler le travail de demain, qui part, qui reste, qui va être le chef : on ne sait rien.

Ce qui est fabuleux, c'est que petit à petit, certains relativisent. On boit des verres le soir, on tire les rois dans les services. Mais je crois que les gens ont hâte de savoir"

Ce devrait être au mois d'avril.

"Dans cette crise, on se pose enfin les bonnes questions : revenir à l'activité première de la banque. Je n'ai jamais vu autant de publicités en ce moment pour appâter le particulier. C'est finalement l'activité qui rapporte le plus et qui est la plus stable, on l'avait un peu oublié."

Voilà pour ce témoignage à lire sur Rue89

Quoi d'autre dans la presse ?

Notre Sofia Aram voilée de bleu blanc rouge à la Une des Iinrockuptibles . L'Humoriste que vous entendrez tout à l'heure est une onde de choc pour Les Inrocks .

A la Une de Respect Mag , 16 propositions pour une France métissée, pour faire bouger la République.

Et puis quelques interview de compagnes de.

La compagne de François Hollande, Valérie Trierweller dans Le Parisien-Aujourd’hui en France et Gala , photos glamour à l'appui. Quelques mots de Carla Sarkozy en marge du dossier de Libération sur le fameux Off.

Dans un tout autre registre, la femme du capitaine du Costa Concordia, dans Paris Match à paraître demain. "Je n'ai le souvenir d'aucune tragédie aérienne ou navale dont le responsable ait été traité avec autant de violence. Mon mari est le contraire de ce que j'entends aujourd'hui, c'est quelqu'un de décidé, ferme et lucide.

Et pour finir un peu d'indulgence. Depuis quelques années, on cite en modèle l'équipe de France de handball, autrement plus glorieuse que celle de football. Et voilà que les champions du monde et champions olympiques sont à leur tour piteusement éliminés de l'Euro. Le journal L'Equipe ne veut pas les accuser trop vite "Il ne faut pas bruler ce qu'on a adoré au premier revers. Le sport de haut niveau se joue à peu de choses." L'Equipe donne rendez vous au bleus du hand au JO de Londres. L'entraineur Claude Onesta fait longuement amende honorable dans les colonnes du journal. Ca change de Raymond Domenech qui avait un petit côté ours.

A demain !

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