Finalement, il y a un point commun entre François Mitterrand et Nicolas Sarkozy : ils ont tous les deux leur "ni-ni"... Le "ni-ni", c'était un argument de campagne de François Mitterrand en 88 : ni privatisation, ni nationalisation... Aujourd'hui, Nicolas Sarkozy l'applique, au sujet des sans-papiers : ni régularisation massive, ni fermeture totale des guichets dans les préfectures... Le ministre de l'Intérieur l'a annoncé hier : dans le dossier des sans-papiers dont les enfants sont scolarisés en France, il s'attend à 20.000 demandes de régularisation d'ici la mi-août... 20.000 demandes, et un tiers (6 à 7.000) seront satisfaites... "L'Humanité" a bien compris les arguments du président de l'UMP... "L'Huma" reprend ses déclarations hier : "entre deux options folles : on renvoie tout le monde comme le souhaite Le Pen, on garde tout le monde comme le souhaitent les socialistes, j'ai choisi la voie de la justice et de la raison"... D'autres arguments sont repris ce matin dans "Le Figaro"... Devant les préfets et la presse hier, le candidat à la Présidentielle a fustigé l'incurie des socialistes dans ce dossier lorsqu'ils étaient au pouvoir... Ils ont laissé derrière eux une bombe à retardement... Voilà pour les mots de Nicolas Sarkozy hier... Mais on le constate dans la presse ce matin, ils ne convainquent pas vraiment... "Sarkozy est empêtré dans son 'ni-ni", écrit Dominique Garaud dans "La Charente Libre"... "Le souhait de voir se refermer rapidement cette "parenthèse" risque fort de virer au voeu pieux... C'est pain béni, à la fois pour une gauche ravie par l'aubaine de stigmatiser ses penchants répressifs, et une droite trop heureuse de l'habiller pour l'hiver dans un costume de faux-dur... En lançant, sans y prendre garde, ce dossier sensible, Nicolas Sarkozy a commis la première erreur politique majeure de sa campagne présidentielle"... Au-delà des analyses sur la stratégie de campagne, déjà, du président de l'UMP, certains journaux présentent des arguments sur le fond du dossier, au carrefour de la politique et de la morale... C'est le cas du "Monde", dans son éditorial... "Le ministre de l'Intérieur justifie son choix de justice et de raison par son refus de nourrir le terreau qui permettrait à Jean-Marie Le Pen et à Philippe de Villiers de progresser, écrit le quotidien... Mais aucun principe ne peut conduire un pays attaché aux droits de l'homme à expulser des enfants en cours de scolarité"... Et puis dans cette affaire à laquelle les quotidiens consacrent une large place, les démographes donnent eux aussi leurs arguments... C'est d'abord Hervé Le Bras, dans "La Croix"... Question posée : "Fallait-il limiter le nombre de régularisations ?"... Réponse : "Il aurait fallu au contraire apurer la situation, en donnant des titres de séjour à près de 100.000 personnes... Si les préfectures s'en tiennent à la régularisation de 7.000 personnes, seule 5% de la population clandestine obtiendra un titre de séjour... Et il faudra, quel que soit le bord politique au pouvoir, reprendre le dossier après les élections... Nous devrions suivre la voie tracée ces dernières années par nos voisins européens... La Grèce, l'Espagne, le Portugal et l'Italie ont régularisé des centaines de milliers d'étrangers... On ne le fait pas, sous prétexte que cela risque de créer un appel d'air en incitant les populations restées au pays à venir en France... Mais ce fameux appel d'air est une vieille doctrine politique, qui ne se vérifie pas du tout au niveau démographique"... C'est un schéma qui est publié dans "La Croix" ce matin : comparaison de courbes de température entre l'été 2003 et l'été 2006, à Paris... Et on constate que, depuis début juillet, le plus souvent, la courbe de cette année est au-dessus de celle d'il y a trois ans... Le pic a été atteint le 19 juillet dernier : 37 degrés 4... Alors faut-il s'affoler : allons-nous vers une nouvelle catastrophe ?... Le quotidien donne les principaux chiffres : au total, 52 départements sont au niveau 2 du plan national "Canicule"... En Provence, nous en sommes au 18 ou 19ème jour consécutif de températures qu'on pourrait qualifier de "dangereuses"... Et pour l'instant, la chaleur a entraîné la mort d'une trentaine de personnes... Et pourtant, toujours dans "La Croix", que ce soit plusieurs médecins des services d'urgence ou le directeur de l'Institut de veille sanitaire, la plupart des personnes interrogées estiment qu'en termes d'impact sanitaire, la situation d'aujourd'hui est sans commune mesure avec celle de 2003... "Au milieu du mois d'août 2003, précise Gilles Brücker, le directeur de l'Institut de veille sanitaire, les températures nocturnes en région parisienne n'étaient pas descendues au-dessous de 23 ou 24 degrés... Et c'est durant ces quelques jours qu'un nombre impressionnant de décès s'étaient produits... Pour l'instant, heureusement, nous ne sommes pas dans la même configuration"... Mais le problème est toujours le même : celui des fermetures de lits dans les hôpitaux l'été... Patrick Peloux, le médecin toujours en alerte, réclame une loi pour limiter ces fermetures... "Le plus crucial, explique une de ses consoeurs, c'est celui des lits de médecine interne, ou de soins de suite, pour accueillir les personnes âgées après leur passage aux urgences... Nous ne trouvons pas de places pour elles... Et si cela continue, notre service va se retrouver complètement engorgé"... "Le Parisien" consacre 4 pages à la canicule ce matin... Il y est notamment question de certains malheureux qui souffrent de la chaleur : les ouvriers sur les chantiers notamment, les enfants, les personnes âgées... mais aussi des malheureux dont on peut gentiment se moquer car, après tout, ils ne sont pas à plaindre... Il paraît qu'à Paris-Plages, on manque de parasols, et qu'il faut éviter le côté de la Bibliothèque François-Mitterrand, beaucoup plus chaud que la rive de l'Hôtel de Ville... "Abusez du brumisateur d'eau dans le cou et derrière les genoux !", conseille "Le Parisien"... Il y a ces vacanciers, dans la région de Montpellier, qui jugent la chaleur insupportable... Les pauvres chéris : leur piscine est à 29 degrés... Et puis à Saint-Trop, il y a eu une panne d'électricité hier... Pas de conséquence grave, mais sur la plage abandonnée, coquillages et crustacés n'avaient pas de brumisateur pour s'arroser derrière les genoux... Alors à quand la fraîcheur ?... Thierry de Cabarrus n'a pas de réponse dans "L'Union", car "les météorologues n'y voient que du bleu... Et ils le reconnaissent volontiers avec la modestie des savants : s'ils savent que la chaleur va durer, ils ne s'avancent pas pour août... Qui a dit que la météo était une science exacte ?... Certainement pas les spécialistes... Ils le répètent sur tous les tons : la météo est fiable à 3 ou 4 jours"... Et puis une dernière information, pour sourire tout de même de cette canicule... C'est une brève en page 7 de "France Soir", intitulée "Ma Dalton n'avait pas soif"... A Avignon, une mamy de 87 ans, recluse et déshydratée, a accueilli les secours revolver au poing... Elle n'avait pas envie de boire, et voulait qu'on lui fiche la paix... Les deux assistantes sociales ont décampé sans demander leur reste... Et les policiers ont réussi à désarmer l'octogénaire"... Le brusque réveil de la diplomatie américaine... C'est "Le Parisien" qui fait le constat, ce matin, après la visite surprise de la chef de la diplomatie de George Bush, Condoleezza Rice... Visite surprise, voyage tenu secret jusqu'au dernier moment pour raisons de sécurité... Pour la première fois, Condoleezza Rice évoque l'urgence d'un cessez-le-feu... Jusqu'ici, l'équipe Bush semblait accorder un blanc-seing à son allié Israël dans son projet d'élimination du Hezbollah au Sud-Liban sans se préoccuper du nombre de victimes... Cet infléchissement a permis aux habitants de Beyrouth de vivre une journée de répit : pas de bombes pendant la visite des diplomates... Reste la question : pourquoi cet infléchissement américain ?... "Le Parisien" y voit trois raisons... D'abord la personnalité de Condoleezza Rice... C'est sans conteste la plus diplomate et la moins idéologue néo-conservatrice de l'entourage de George Bush... Ensuite, les dirigeants américains ont été ébranlés dimanche par des discussions à la Maison Blanche avec des émissaires du roi d'Arabie saoudite... Ils se sont montrés extrêmement critiques contre l'alignement américain sur Israël... Ils ont souligné devant George Bush à quel point cette offensive brutale et longue fragilise les régimes arabes modérés... Enfin, selon "Le Parisien", l'effet CNN a joué... Les images de dévastation de Beyrouth ont supplanté, sur les chaînes américaines, celles d'Israéliens fuyant sous les roquettes du Hezbollah... Pour autant, le cessez-le-feu souhaité par Washington est soumis à des conditions très strictes... La paix ne semble pas pour tout de suite... A l'heure où les diplomates semblent vouloir se réveiller, un autre pays avance discrètement ses pions : c'est la Syrie... Elle veut rompre son isolement international, nous dit "Le Figaro"... Avec l'Iran, Damas est le principal soutien du Hezbollah dans la région... Israël et les Etats-Unis l'accusent même d'avoir laissé passer des armes en provenance d'Iran... Mais selon de nombreux Syriens, Israël ne supportera pas une longue guerre d'usure... Et la communauté internationale sera obligée, finalement, de solliciter l'aide de Damas... Le régime compte se présenter comme un partenaire incontournable dans tout règlement de la crise... Voilà pourquoi il évite toute escalade verbale... Depuis le début de cette crise, les Etats-Unis sont accusés de porter des oeillères et de pratiquer la real-politik... C'est un reproche qui leur est fait dans un autre dossier, ce matin : celui des négociations à l'Organisation mondiale du Commerce... Elles s'étaient ouvertes en 2001, et leur objectif, rappelle "Le Figaro", c'était de mettre en place un commerce plus équitable pour les pays les plus pauvres... Mais peine perdue : à propos des baisses de droits de douane pour les produits agricoles et industriels, et sur la diminution des subventions agricoles directes, les Etats-Unis et l'Union européenne n'ont vu que leurs intérêts, et les négociations sont quasiment mortes... "Les envolées lyriques sur le devoir de solidarité se sont brisées sur le mur des réalités", écrit Pascal Aubert dans "La Tribune"... "Les intérêts des nations demeurent, quoi qu'il advienne, plus puissants que leurs sentiments"... Alors, sans-papiers qui risquent d'être refoulés à la frontière... canicule qui fait des morts... guerre au Liban... égoïsme des pays riches... L'actualité est encore bien réjouissante ce matin... Certains journaux font tout de même des efforts pour positiver... C'est le cas de "Science & Vie Junior" qui, dans son numéro d'août, nous présente "10 bonnes nouvelles du monde"... Cela va du SIDA qui marque le pas, au génome humain presque entièrement décrypté, en passant par le rhynocéros blanc qui ne disparaîtra pas... Et puis, dans "Ouest-France", Jean-Claude Guillebaud s'en prend à "la pensée grognon"... "Voilà des mois, dit-il, qu'un vocabulaire d'apocalypse est en usage... Tant de choses nous chagrinent, au sujet de la France en faillite... tant d'inquiétudes qui percent dans cette Europe chamboulée... Et pourtant, en France, sur le terrain économique, les performances de notre pays sont moins mauvaises qu'on ne le dit... En matière culturelle, il semble que Paris retrouve peu à peu sa place... Quant au décor, ouvrons mieux nos yeux sur nos villes rénovées, nos campagnes pimpantes, nos routes et nos infrastructures qui éblouissent l'étranger de passage... Alors, pour sortir de 'la pensée grognon', peut-être devrions-nous réapprendre à parler de la France comme d'un être cher, et du vaste monde comme d'une promesse... Est-ce trop demander ?"... Bonne journée !

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