Des avocats espionnés par le Parquet National Financier à la recherche d’une taupe sarkozyste, le Point. La grâce de Marc Fumaroli, qui dans les mots d’autrefois comprenait notre temps, le Point, le Figaro. Un ancien gardien de camp nazi, nonagénaire, jugé par un tribunal pour enfants à Hambourg, Libération.

On parle de liberté...

Et d'une profession qui la garde cette liberté, mais que la justice menace affirme le Point  qui raconte comment des grand avocats parisiens ont été espionnés par le Parquet national financier entre 2014 et 2016, le PNF poursuivait alors Nicolas Sarkozy dans l'affaire Bettencourt, et s'était persuadés qu'une taupe  informait l'ancien président et son défenseur Me Herzog des avancées de l'instruction... Alors pour la trouver cette taupe, le Parquet diligenta des enquêtes sur les interlocuteurs téléphoniques de Thierry Herzog, on compila les fadettes, les relevés d'appel des pénalistes Thierry Temime et Eric Dupont-Moretti, on investigua le cabinet Veil Jourde, celui des enfants de Simone Veil, on voulait vérifier tous les téléphones qui avaient borné au moins une heure près du cabinet... Tout ceci ne servit à rien... S'il y avait une taupe sarkozyste, on ne l'a pas découverte, mais de cette obsession du PNF nait  la colère des avocats et nos doutes.
 

Quand on lit, dans le Point encore,  comment le PNF à partit à l'assaut de François Fillon de 2016, quand on lit, dans Mediapart cette fois la suite de l'enquête sur la longue implication du haut fonctionnaire Alexis Kohler, aujourd'hui directeur général de l'Elysée, dans les chantiers de l'atlantique en dépit d'un conflit d'intérêt, on ressent un malaise envers ces magistrats modèles... car c'est le même PNF qui abandonna un dossier accablant contre Kohler, affirme Mediapart, après avoir eu connaissance d'une lettre du Président de la république qui dédouanait son collaborateur -lettre jamais versée au dossier...
 

Dans ces articles longs et complexes, la vérité se mérite, flotte l'idée d'un Etat qui en prend à son aise. Le point se demande s'il ne faudrait pas dissoudre le PNF et cite Montesquieu. "Tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser, la vertu même a besoin de limites". Il est bon d'avoir des lettres...

Et la presse regrette un homme de lettres...

Un sublime érudit  parti hier à 88 ans, Marc Fumaroli du collège de France, qui avait découvert les livres enfant pour échapper à l'ennui qui est disait-il le meilleur des pédagogues, dans les mots d'autrefois comprenait notre temps, on mesure notre perte aux mots des journaux... Il était Le Grand esprit français dit  le Figaro, il était le dernier professeur écrit Marc Lambron sur le site du Point...Et quand il se mêlait de nos affaires profanes, c'était au nom du passé à garder, donc de notre avenir. Dans un livre fameux, "L'Etat culturel", il avait dénoncé les politiques culturelles de Malraux puis Jack Lang: l'Etat négligeait sa tache de transmission en subventionnant le rock, le rap le tag, la culture de masse américaine déjà portée par le marché...  Il était « un académicien marmoréen », le Monde, « un réactionnaire de charme », le Figaro, comme son cher chateaubriand, mais ces étiquettes ne disent pas l'émerveillement qui habitait cet homme...
 

il faut l'entendre, le lire, lui, dans le Point encore qui ressort sur son site une interview de 2018, où Fumaroli s'éclairait en évoquant ses lectures. Suivons-le, il parlait de l'Enéide de Virgile, qu'il relisait.
 

"C'est écrit d'hier ! « L'Enéide », c'est là où se dessine le projet d'un Etat mondial qu'il va falloir construire de génération en génération, en absorbant les cités-Etats qui font régner le désordre dans le monde. Cette question, n'est-ce pas la nôtre, aujourd'hui ? (...) Ce qui m'a beaucoup touché lors de cette lecture, c'est le nombre de fois où Enée, qui a en horreur la guerre, s'arrête et voit devant lui un corps superbe et dit : voilà encore de la beauté gaspillée. En effet, on oublie souvent que la guerre, c'est aussi de la beauté perdue. J'ai également trouvé dans Proust la source virgilienne des propos du baron de Charlus, qui se promène avec le Narrateur dans le Paris de la Grande Guerre et qui dit : on parle de statues détruites mais on ne dit rien sur le fait que tous ces beaux jeunes gens qui sont des statues vivantes et colorées sont détruits tous les jours. N'est-ce pas extraordinaire ?..."
 

Et Fumaroli ajoutait une autre découverte. "Dans « De la guerre », Clausewitz a  écrit : « Au plus fort des batailles, il y a une nuée qui empêche la raison de diriger ou de contrôler le plan prévu. » Or, par deux fois dans « L'Enéide », Virgile parle de la canigo de la bataille, c'est-à-dire la nuée. Vous voyez, le passé affleure sans cesse. Il suffit de tendre l'oreille - et de lire."
 

Quittant le professeur, je me demande ce que je dois penser quand la Provence me dit qu'à Marseille au château de Forbin, belle bâtisse provençale du XIXe, on expose 130 œuvres de l'effervescence du mouvement post-graffiti du New York des années 80-90, Fumaroli, soyez indulgent!
 

On parle aussi d'un procès...

Qui se tient à Hambourg et que raconte Libération, le procès d'un nonagénaire, Bruno Dey,  qui avait 17 ans quand il était gardien au camp nazi de struthof en alsace, et qui est jugé vieillard par un tribunal pour enfants, mais de cette mise en scène autour d 'un si vieil homme qui fait mine de ne rien se souvenir, nait une leçon sur la banalité du mal, et ce qu'on doit à d'autres hommes si vieux, qui viennent dire, à la barre, ce qu'ils traversèrent, et le moment et cet article sont sacrés.
 

Le passé affleure et s'impose à nous. Dans le Monde, vous lirez l'histoire d'un français nommé Felix Mora, qui entre 1960 et 1980 sillonnait en DS le Haut Atlas marocain, il recruta pour les mines du Nord des dizaines de milliers de jeunes paysans qui accouaient à son rendez-vous vers le rêve français, il leur tâtait les muscles et se bleuissait les mains sur leurs vêtements traditionnels, il tamponnait leur poitrine de rouge s'il les jugeait malingres, de vert s'il les acceptait, les recalés essayaient d'effacer à la javel la marque rouge qui leur faisait honte... Ainsi commença l'immigration marocaine, de la puissance d'un français sur des marchés humains, des souvenirs reviennent et ce passé n'affleure pas, il nous dit.

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