Patrick Cohen : Dans la presse aujourd'hui : l'heure du bricolage... Bruno Duvic : L'armurerie de Benghazi en Libye, c'est un garage à ciel ouvert... Du matin au soir, une trentaine de volontaires, civils pour la plupart, y jouent de la « disqueuse », du fer à souder et du pistolet à peinture, pour tenter de redonner vie à des armes hors d'âge. Des mitrailleuses Browning rongées par le temps, attendent d'être retapées... et des lance-roquettes bricolés avec des tubes pour transporter le pétrole, sont en cours de montage. A la manœuvre, des ingénieurs reconvertis en "Géo Trouvetou" de la révolution, s'efforcent d'atténuer l'écrasante supériorité des troupes pro-Kadhafi en matière d'armement... Effort dérisoire peut-être, mais détermination extrême. Ces quelques lignes sont extraites du reportage de Cyril Louis dans Le Figaro, aujourd'hui. Libye, plus de deux mois de guerre... et Kadhafi toujours là... Si France-Soir veut croire que le colonel est prêt à négocier un départ du pouvoir, pour l'instant, officiellement, aucun signe de cela. La coalition internationale est toujours prise dans ses contradictions... Officiellement, l'objectif de la guerre est d'aider les civils, pas de faire tomber Kadhafi. Les déclarations évoluent tout de même. La France tente de convaincre ses alliés d'intensifier les opérations. Objectif : aboutir à un point de rupture pour que la diplomatie puisse s'engouffrer et obtenir enfin des résultats. Mais, désormais, l'OTAN assume ouvertement la possibilité de tuer le Guide. Tripoli est bombardé de plus en plus intensément. "Si Kadhafi se trouve dans un bunker visé, tant pis pour lui !" dit un gradé français. Patrick Cohen : Bricolage des armes à Benghazi... Bricolage politique à Tunis... Bruno Duvic : A lire la presse ce matin, on comprend une fois de plus, que le chemin est long des révoltes arabes à la démocratie... C'est Antoine Perraud qui est allé à Tunis pour "Mediapart". Il a parcouru une ville aux prises avec ses doutes et ses débats. Pas facile de réussir une révolution sans leader... pas facile de préparer des élections quand 70 partis ont vu le jour en quelques semaines ! Pas facile de gérer les aspirations contradictoires. Un exemple : les hôpitaux... Après la révolution, des chefs de service ont été virés, simplement en raison de ce qu'ils représentaient. Mais très vite, ils ont fait défaut. Du coup, témoigne le président de l'Ordre des Médecins, on a vu des grèves déclenchées pour réclamer la réintégration de responsables dont le départ avait été provoqué par un précédent mouvement. Le médecin se veut confiant : "L'effervescence actuelle aboutira, j'en suis sûr, à quelque chose de bien, de juste et de stable, mais dans 5 ou 10 ans". Révolution ou pas, le nerf de la guerre, ce sera peut-être l'économie. Et c'est en ouvrant L'Express que l'on mesure le chemin à parcourir. Reportage de Dominique Lagarde et Sihem Hassaini, à Kasserine, la ville qui a payé le plus lourd tribut à la chute de Ben Ali : 19 morts lors du soulèvement de janvier. Kasserine, c'est une cité poussiéreuse, tout près de la frontière algérienne. Il y a une fabrique de pâte à papier, et c'est à peu près tout. La principale activité, c'est la contrebande avec l'Algérie. Macaroni et tomates made in Tunisia contre bidons d'essence et cigarettes. Autant dire que le chômage des jeunes, l'une des causes de la révolution, reste ici un terrible fléau. Quand on l'interroge sur le sujet, le gouverneur de Kasserine pousse un soupir : "On me demande de résoudre des problèmes accumulés pendant 23 ans". Depuis quelques semaines, il peut tout de même offrir une subvention d'une centaine d'euros par mois aux jeunes sans travail. Pour le reste, les caisses sont vides. Et l'envie de dignité, largement frustrée. A Kasserine, désormais, il y a un monument aux morts, tout neuf, érigé aux martyres de la révolution. Ce sont les habitants qui l'ont financé. Patrick Cohen : On peut tout bricoler, même les panneaux signalant des radars... Bruno Duvic : Vont-ils bel et bien disparaître ? Le ministre Claude Guéant assure que oui. Mais tout le monde n'a pas compris cela. Le Progrès de Lyon parle de "marche-arrière du gouvernement". Même expression à la Une du Républicain-Lorrain. Les Echos choisissent le terme de "confusion". Conclusion de Jacques Guyon dans La Charente-Libre : "Zéro de conduite... si on ne veut pas être totalement perdu en cherchant à savoir où va le gouvernement en matière de sécurité routière, mieux vaut posséder un GPS de dernière génération". Bricolage aussi à Pôle-Emploi... Libération s'est procuré le rapport de la CFDT sur l'organisme d'aide aux chômeurs. "C'est l'enfer du décor" titre Libé. Un exemple de désorganisation... Agnès raconte que "dans l'agence où elle travaille, personne n'a de local fixe, alors chacun s'est acheté une valise à roulette pour déplacer sa documentation chaque fois qu'on lui impose de changer de bureau". Patrick Cohen : Quoi d'autre dans la presse, Bruno ? Bruno Duvic : Le rapport d'Amnesty International sur la Côte d'Ivoire. Il y a eu des exactions des deux côtés... les camps de Laurent Gbagbo, mais aussi d'Alassane Ouatarra, ont commis des crimes sous l'œil passif de l'ONU et de la France. L'égalité salariale entre hommes et femmes, on en est loin ! Sujet de Une de La Croix. Le décret instaurant une sanction pour les entreprises peu vertueuses est examiné par le Conseil d'Etat. Il déçoit ceux qui voulaient plus de contraintes. L'appel de Sarkozy pour moraliser Internet... manchette du Figaro. Le Président plaide pour une meilleure protection du droit d'auteur et un rôle accru des Etats dans la gouvernance de la toile. Patrick Cohen : Et l'affaire DSK, toujours à la Une... Bruno Duvic : A la Une du Parisien-Aujourd'hui-en-France, de Libération, de France-Soir, du Point et de L'Express. 32 pages dans chacun des deux hebdomadaires... C'est « un inventaire à la pervers » titre le Canard Enchainé. Du côté de ceux qui ironisent aussi, Patrick Besson dans Le Point. La vie et les mœurs ne sont plus les mêmes au PS… Besson imagine la lettre contorsionnée de François Hollande à une femme qu'il aurait le projet d'embrasser simplement : "Souvenez vous de ce congrès socialiste à Nantes, j'ai compris qu'un jour vous et moi échangerions quelque chose de plus essentiel que des points de vue circonstanciés sur la fin du marxisme et la crise du capitalisme". Il faut tout faire quand on est candidat à la présidentielle, même parler de ses goûts en matière de chanson française au magazine « Serge ». Alors, François Hollande y va. Il raconte à Didier Varrod, que vous entendez tous les matins sur Inter, son émotion quand il écoute Barbara, les vieilles chansons de Mikis Theodorakis dans les meetings des années 70, il raconte comment il a imposé dans les réunions du PS le refrain de la Grande Sophie "Du courage", après le départ de Lionel Jospin en 2002. Et puis, il exhume un vieux titre de Gilbert Lafaille, qui date d'avant 81, et qui peut s'écouter avec une certaine ironie aujourd'hui. Histoire d'un homme qui n'a jamais été battu par ses parents, jamais redoublé sa sixième, vacances à la mer. Cet homme est bien né, mais il a le « Neuilly Blues »…

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