Regardons le monde avec les yeux du cinéma et vice-versa.

Hier quand on lui a remis la palme du prix d'interprêtation masculine à Cannes pour son rôle dans la loi du marché de Stéphane Brizé. Voici ce qu'a glissé Vincent Lindon dans son discours.

"Heureux de rendre hommage à ces gens laissez-pour compte dans la société."

Les laissés pour compte. Il y en a ce matin, dans RUE89. Des chômeurs de plus de 50 ans. Les mêmes ou presque que celui interprêté par Vincent Lindon. Ils s'appellent Jack ou Jean. Jack 60 ans, s'est rendu compte que passé 55 ans, ça ne servait plus à rien d'envoyer des CV. C'est foutu. Jean, 53 ans, ingénieur bac+5, n'a rien dit à sa famille quand il a été licencié. Tous les matins, il quitte le cocon familial l'air de rien et quand ses enfants sont à l’école, il revient pour rechercher sur internet, des offres d’emploi.

Ce n'est pas un film. C'est la vie. Mais pour y revenir... Dans le tourbillon de Cannes écrit Eric Neuhof du FIGARO, une tendance s'est vérifiée. Il vaut mieux désormais donner dans le social. Le romantisme n'a plus la cote. Ou alors, les amants doivent être de même sexe.

Regardons alors le prix d'interprétation féminine.

Et jouons des parallèles. Rooney Mara dans Carol et sa romance avec une femme dans les années 50. Le référendum irlandais sur le mariage homosexuel, ce week-end. Dominique Garraud dans LA CHARENTE LIBRE interroge le Pape François. Celui-là même qui avait suscité l'espoir en disant à propos de l'homosexualité : "qui suis-je pour juger." Le cas irlandais pourrait changer la donne en obligeant le Vatican à ouvrir les yeux sur les réalités des société contemporaine.

La réalité contemporaine vue par Jacques Audiard.

Palme d'or pour Deephan. L'histoire d'un immigré tamoul qui se retrouve gardien dans une cité de banlieue tenue par les dealers.

LE SOIR de Belgique fâché de voir Audiard récompensé dénonce un film très caricatural au point de donner du blé à moudre aux extrémistes de tous poils. Audiard nous fait « La haine 2 » et montre un autre enfer, celui des Français qui doivent cohabiter dans cet environnement là.

Ici la fiction, mais là, la réalité. Il y a une forme de résonnance dans le propos de Deephan avec ce que certains vivent en banlieue. Louise Foussard sur MéDIAPART raconte Clichy sous Bois 10 ans après l'affaire Zyed et Bouna. Dans la relation police - habitants rien n'a changé. Le diagnostic n'est pas nouveau prévient la journaliste. Dans les faits, la pratique sarkozyste demeure. Contrôle au faciès, contrôle d'identité. Un jeune policier de 30 ans confirme : "Je n'ai pas connu la police à papa. Il n’y a pas de relation de confiance, même avec les adultes. La seule relation où ça peut exister c’est avec un informateur, car on sait qu’on se tient l’un l’autre. C’est triste, mais je n'ai connu que ça."

Ici la réalité de la banlieue. Et là, la réalité du cinéma qui montre, mais qui ne traduit pas tout.

Jusque dans ses propres veines. Critiques de journalistes, représentants d'associations qui militent pour la diversité au cinéma dans les pages Rebonds de LIBéRATION. Le Noir peut être autre chose qu'un sans papiers. L'Arabe, autre chose qu'un racailleux voué à l'échec. L'Asiatique, autre chose qu'un féru d'informatique. Nous ne sommes pas là pour affirmer que les talents se concentrent forcément dans les cités. Mais nous voulons rappeler qu'il y a là aussi, une partie de la France que l'on ignore.

Passée la critique, le cinéma n'ignore pas la sauvagerie du monde.

Vu de Cannes, ça donne le Grand Prix attribué à Lazlo Nemes pour le fils de Saul, sur les Sonderkommandos dans les camps d'extermination.

Et là personne, pas même LE SOIR de Belgique pourtant très critique ce matin sur le palmarès, ne voit à y redire.

La sauvagerie du monde est ancienne. Portrait d'Anise Postel-Vinay à la dernière page de LIBé. Elle fut emprisonnée à Ravensbrück. Elle raconte l'horreur et lève les yeux au ciel. Si on avait su à quel point la cruauté et les guerres se multiplieraient après notre retour, je ne sais pas si on aurait tenu. La guerre est partout. En Libye toujours dans LIBé, à Benghazi où on vit à plusieurs dans des petits appartements parce qu'on ne peut circuler que dans quelques rues. Au Burundi, pages juste avant, où l'on dénonce le massacre des opposants.

Ce qui fait dire à David Gakunzi, le directeur du Paris Global Forum sur le HUFFINGTON POST, qu'est venu le temps de la responsabilité gouvernementale. Lettre aux présidents Hollande, Obama, Zuma. et consors. "Chaque jour, la même histoire: des opposants, des leaders associatifs, des journalistes et des simples citoyens bastonnés, enlevés, torturés, abattus. Messieurs les Présidents, disons les choses clairement : lorsqu'on maltraite, on abat les hommes comme des bêtes sauvages, lorsque la barbarie s'installe, enfle comme un monstre, ne pas bouger, relève tout simplement de la lâcheté la plus abjecte.

A Cannes cette année, le cinéma nous a montré un monde dur. Mais il peut être aussi complètement "barré".

Jetons un oeil au prix du jury THE LOBSTER. Fable grinçante qui donne à des célibataires 45 jours pour trouver l'âme soeur, faute de quoi ils se voient transformés en animal de leur choix et relâchés dans la forêt. Quelle est la place de l'animal aujourd'hui, dans notre société ?

Il pourra finir peut-être dans notre assiette demain.

Il faudra bien ça pour nourrir les 10 milliards de personnes qui peupleront la planète en 2050. LE RéPUBLICAIN LORRAIN voit dans l'insecte une forme d'avenir culinaire.

L'animal pourra aussi repeupler nos villes. Bon là, c'est moins sûr d'après TERRA ECO. Exemple à Bordeaux, dans l'éco quartier Ginko, on a mis des petits canaux, des herbes folles sur les berges. Un rêve pour le ragondin qui s'y est installé. Au début, le ragondin était la mascotte du quartier. Oui, mais il a commencé à uriner dans le canal, à s'en prendre au canard, à sauter sur les promeneurs. Résultat, Le ragondin a été pris en grippe. Et un jour, son cadavre a été retrouvé. Verdict de l'autopsie : empoisonnement. L'histoire du ragondin de Ginko écrit Cécile Cazenave de TERRA ECO, résume la bataille qui se pose aux humains. On veut bien retrouver un peu de sauvage dans notre vie. Mais pas trop. A Rosenwiller dans le Bas-Rhin, ces vicelardes de fouines sont accusées de ronger les câbles de frein des voitures neuves. Les corbeaux croassent trop tôt le matin. Les pics épeiches ces salopiauds, trouent les façades. Bref, le citadin veut bien du bruit des voitures, mais pas des crottes de fouines sur un muret. Qu'on se le dise, la nature n'est ni propre, ni carrée, ni synchronisée avec les heures de boulot. Il existerait donc un seuil au-delà duquel l'humain n'accepte plus le sauvage. Pour ce qui est de la sauvagerie, on se demande.

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