Cléopâtre, le superpéplum devenu le symbole du délire hollywoodien. Rencontre Trump/Macron, et si ce dernier faisait un peu de cinoche pour arracher l'accord de Paris?

La revue de presse, bonjour Hélène Jouan

Vous commencez ce matin par du cinéma

Et pas par Cannes, ce serait d’un banal, mais par Hollywood, l’âge d’or d’Hollywood. François-Guillaume Lorrain nous raconte dans le Point comment Cléopâtre, le superpéplum d’Hollywood, a viré au cauchemar. Il s’appuie sur le livre d’Olivier Rajchman, « Hollywood ne répond plus » qui sort ces jours-ci.

« Ce devait être un péplum bon marché à 2 ou 3 millions de dollars, Cléopâtre restera comme l’un des sommets du délire hollywoodien » décrit le journaliste. Délire qui passe par les caprices de la star Elizabeth Taylor qui dicte ses conditions, un million de dollars, du jamais vu, mais surtout qui impose des privilèges exorbitants : elle a obtenu de ne jamais travailler les 2 premiers jours de ses règles, au vu de son absentéisme, le réalisateur Joseph Mankiewicz qui avait affiché dans son bureau un calendrier de ses cycles menstruels eut ce commentaire délicieux « Elizabeth Taylor est une candidate sérieuse au Guiness des records ». Délire de la production qui reconstitue d’abord l’Egypte pharaonique en Angleterre, le problème c’est qu’il y pleut sans cesse, au bout de 16 semaines, et 10 minutes de film tournées, tout le décor est rapatrié à Cineccitta en Italie. Mais là encore, c’est le chaos, la plage d’Anzio choisie pour figurer Alexandrie est celle où ont débarqué les américains en 44, elle est truffée de mines. Un mort dans la construction du palais d’Alexandrie. Tout le reste est à l’avenant, l’idylle des deux stars Burton/ Taylor qui nait sous les yeux du mari jaloux et violent, Mankiewicz sous médocs pour survivre à tout cela, la Fox qui reprend la main sur ce bateau ivre en mutilant le film au montage. En 63, première projection publique à new York, un journaliste s’enflamme « toutes mes félicitation monsieur Mankiewicz, c’est une merveilleuse création » Mankiewicz dubitatif lui rétorque « eh bien, vous devez être au courant de quelque chose que j’ignore ». Rappel réjouissant, le cinéma passe parfois par les superlatifs et la démesure.

On poursuit avec du cinéma ?

Pas vraiment, car l’affaire est sérieuse il s’agit du sommet de l’Otan et de la première rencontre entre Donald Trump et Emmanuel Macron. Mais un article du Figaro assez rigolo, c’est pas si souvent, nous laisse à penser que même à ce niveau-là, tout est un peu affaire de cinoche. Philippe Gélie adresse un « vade mecum à l’usage de Macron » avant cette rencontre. « si Emmanuel Macron a des doutes sur la façon de préparer son premier rendez-vous explique t il, qu’il commence par choisir avec soin ses…chaussures ! » lui conseille-t-il. Oui, parce qu’apparemment c’est un détail qui retient l’attention du président américain. Au maréchal égyptien Al Sissi il y a quelques jours, il a lancé :« j’adore vos chaussures, ouah mon gars, ces chaussures ! »

Une fois que vous avez coché la case chaussures, la flatterie est un autre moyen sûr d’entrer dans les bonnes grâces du président américain affirme le correspondant à Washington du Figaro. Selon une source au conseil de sécurité nationale, le nom de Trump est glissé aussi souvent que possible dans les mémos qui lui sont soumis, « parce qu’il continue à lire, s’il y est mentionné ». Quelques compliments sur une victoire électorale qui avait défié les pronostics ne sauraient nuire conseille encore Gélie, et après tout en la matière, Trump et MAcron pourront se le retourner, le compliment. Du côté américain, pas de résultat tangible attendu, sinon que, bousculé sur la scène intérieure, Trump est quand même en quête de respect sur la scène internationale, alors que Macron lui, a un trophée immédiat à sa portée : il espère obtenir un engagement de Donald Trump en faveur de l’accord de Paris sur le climat. Derniers conseils : le président français pourrait mettre en avant un argument clef, faire valoir que la révolution écologique est créatrice d’emplois et ouvre de nouveaux marchés. Et s’il a quelques graphiques à soumettre c’est encore mieux parait-il: les membres de l’otan ont été invités à limiter leur discours à 4 minutes pour tenir compte de la faible capacité d’attention de Trump et à y glisser le plus de visuels possible. Bon je résume : on soigne les chaussures, on fait court, simple, avec des dessins,un peu de ciné pour sauver rien de moins que l’accord de Paris !

En attendant, les autorités américaines sont de nouveau mises en cause dans les fuites sur l’enquête de l’attentat de Manchester.

Les services anti terroristes britanniques sont « furieux » et le disent. Des images et des infos, sur la bombe utilisée par le kamikaze ou sur les liens avérés entre le suspect et la Syrie et l’Etat islamique ont en effet été dévoilés en avant-première par les medias américains, notamment le New York Times nous raconte Frédéric Autran dans Libération ce matin. Or ces fuites ne pourraient venir que des services américains trop bavards, peut-être d’ailleurs sur le modèle de leur propre président Donald Trump. En tout cas, ce n’est pas du tout du goût des autorités du royaume de sa majesté et cela augure d’une franche explication semble-t-il entre services. Même notre ministre de l’Intérieur Gérard Collomb s’est rendu coupable de quelques confidences mal venues dès hier matin, en dévoilant des infos tenues secrètes par les enquêteurs britanniques.

Dans l’actualité encore Hélène, un animateur dans le collimateur, et un ministre qui l’est presque autant

« Hanouna, le dérapage de trop » titre le Parisien/aujourd’hui en France ce matin, avec un édito au vitriol de Jean Marie Montali . « Son truc écrit il, en parlant de Cyril Hanouna, c’est la vulgarité décomplexée, mais son vrai talent c’est d’avoir transformé l’humiliation publique, la curée cathodique en art télévisuel. Il abuse de l’indécence ». Le mea culpa tardif de l’animateur de Touche pas à mon poste ne convainc personne. Dessin de Ranson, toujours dans le Parisien « je demande pardon à tous les homosexuels et les annonceurs que j’ai offensés » fait il dire à Hanouna. Le retrait des annonceurs coûtent en effet 150 000 euros par jour à C8. Mais plus grave seraient les conséquences de son canular crasse: un des jeunes hommes piégés par l’animateur, a en effet été mis à la porte de chez lui par son père, qui a reconnu sa voix pendant l’émission et qui ne savait rien de son homosexualité. Il a été recueilli par l’association le Refuge. Sur Slate.fr, Aude Lorriaux rappelle qu’aujourd’hui encore, l’homophobie tue. Qu’elle est un drame, une série d’humiliations qui peuvent conduire au suicide de jeunes homosexuels. Voilà la vraie faute commise par Hanouna. Et pour ceux qui l’ont ratée, la Une de Charlie Hebdo, par Coco : dessin un peu scato où l’on voit Hanouna sortir d’une paire de fesses poilue, assorti du slogan Virez l’hémorroïde du paf !

Richard Ferrand, le ministre de la cohésion des territoires, « première épine dans le pied du président » estiment très largement les éditorialistes de vos quotidiens régionaux ce matin, après la révélation par le Canard Enchainé d’un montage financier douteux opéré avec sa compagne. « Rattrapé par la patrouille » ironise Patrice Chabanet dans le journal de Haute Marne, « la mise en cause touche un pilier du nouveau pouvoir, un compagnon de la première heure d’Emmanuel Macron, ajoute Hervé Favre dans la Voix du Nord. Pour le président qui a mis tout en haut de son agenda, la moralisation de la vie publique, ce cadeau-là est très mal venu »

On termine Hélène par le sort d’un de nos confrères

Le photo reporter Mathias Depardon, détenu depuis le 8 mai dernier en Turquie. Il a entamé dimanche une grève de la faim. Inquiétude sur son sort nous dit Hala Kodmani dans Libération. Aujourd’hui en marge du sommet de l’Otan, Emmanuel Macron doit rencontrer le président turc Erdogan, et il espère bien lui arracher la libération du journaliste. Aucun conseil cette fois à donner sur les chaussures ou les graphiques à apporter, juste l’espoir que le rappel de quelques valeurs simples qui ne sont plus respectées en Turquie comme la liberté de la presse, suffise.

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