Le cinéma français parlait couramment le Dabadie, le Figaro. Claude Lelouch filme la star de la F1 Charles Leclerc à Monaco, l'Equipe, Nice-Matin. L'utopie de l'entre-soi bourgeois des "Gens de Confiance", le Monde, se porte mieux que celle des "makers" et des couturières découragées par les normes, Arrêt sur images.

On parle de la langue française…

Qui fut le défi d'un garçon de Tunisie, qui était né dans l'arabe dialectal que parlaient ses parents et l'hébreu de l'école rabbinique où il fut inscrit à quatre ans, le français vint ensuite, c'était le temps des colonies, et au détour d'un destin, Albert Memmi, fils de Fraji qui vendait des licols pour les chevaux et de Maïra qui était analphabète, obtint une bourse pour le prestigieux lycée Carnot de Tunis, et il plongea dans notre langue qui était dirait-il "ma seule issue", et fut aussi un arrachement... 

Memmi est mort vendredi, presque centenaire, et le Monde se souvient qu’il y a plus de 60 ans il éveilla la France en écrivant. Ce furent des romans, la Statue de sel, Agar, qui racontaient la pauvreté absolue et les déchirures des identités, puis en pleine guerre d'Algérie des essais, Portrait du colonisé, Portrait du colonisateur, où il disait les humiliations. «Pour vivre, écrivait-il, le colonisé a besoin de supprimer la colonisation. Mais pour devenir un homme, il doit supprimer le colonisé qu'il est devenu. » 

Memmi parlait de la liberté que l’on conquiert en s’émancipant de son groupe. "Voici un écrivain français de Tunisie qui n'est ni français ni tunisien. C'est à peine s'il est juif puisque, dans un sens, il ne veut pas l’être", écrivait de lui Camus,  qui comme Sartre préfaça ses livres, et Leopold Sedar Senghor le considérait comme une référence… 

Toute sa vie Memmi écrivit sur ce qui le faisait juif, ce qui le faisait arabe et tunisien, ce qui le faisait français. Il conservait dans son appartement à Paris une photo de sa mère venue d'un autre monde, il parlait d'elle en français qu’elle ignorait. 

Vous trouvez Albert Memmi, sur les sites du Monde, du Point, de la revue la Règle du jeu, et sur le site du Monde diplomatique je retrouve un texte amer qu'il avait composé en 1989, sur et contre les intégrismes, quand l'Iran des mollahs avait condamné à mort l'écrivain Salman Rushdie, Albert Memmi était d'une laïcité profonde, car sans elle aucune révolution ne pouvait aboutir…

Et ce matin où je lis dans Mediapart un essai  signé Christian Salmon, sur l'incapacité de la littérature à raconter notre crise, Albert Memmi me rappelle comment parfois les mots nous ont traduit, même si nous l’oublions ensuite. 

Jean-Loup Dabadie parti octogénaire ne nous en voudra pas de l’évoquer qu’en second, lui qui nous raconta si bien. Je lis dans le Figaro la plus simple des épitaphes. signée Eric Neuhoff. "Pendant des années, le cinéma français parla le Dabadie couramment." 

Et Dabadie aimait aussi le football…

Mais pas n’importe quel club, l’OGC Nice car disait-il à Nice-Matin, le Gym en rouge et noir n’avait jamais changé de maillot! 

Dans Nice-Matin encore, et dans l’Equipe, je lis la rencontre de Charles Leclerc, 22 ans, étoile monégasque de la Formule un et de Claude Lelouch qui a filmé Leclerc tournant dans les rues de Monaco au volant d’une Ferrari Stradale, pour compenser dans un court métrage l'absence du Grand prix de Monaco. L’image console de la vie. Je lis dans l'Echo républicain que le même Leclerc, a disputé une course virtuelle sur simulateur, avec d'autres pilotes, l'idée est venue de Paul-Loup Chatin, champion d’Europe d’endurance, qui a conduit depuis le salon de ses parents, à Ouarville…

Dans le même Echo républicain, je lis que dans les Yvelines, un dénommé Alain Gervasoni, construit des tables qui sont des oeuvres d’art, leurs pieds sont des moteurs de Ferrari…

Le Parisien sur son site raconte une jeune indienne, Jyoti, qui à 15 ans a parcouru 1200km à vélo avec sur son porte bagage, son père, conducteur de pousse-pousse blessé et au chômage depuis le confinement… La voilà célèbre, elle n’avait simplement pas le choix pour fuit  la pauvreté. 

Je lis dans l’Equipe et le Figaro l’angoisse du rugby professionnel qui se voit disparaitre si l'Etat ne l'aide pas. Je lis dans Midi libre que les boites de nuit tremblent aussi de la nuit noire qui s’annonce pour elle.

On parle d’utopie enfin…

Et Libération me dit l’agonie d’une espérance, et l’entêtement des artistes et musiciens de San Francisco, qui s’accrochent à l’idéal de la contre-culture, dans une ville devenue propre prospère sous l’empire des grands groupes de la tech, Google et autres. La clinique des hippies, qui depuis 1967 soignait gratuitement aussi bien les maladies sexuelles que les mauvais trips ou les talons blessés en dansant sur du verre au concert, a fermé l’été dernier.

En France, me dit Sud-Ouest, le village des copains résiste. En 1987 une vingtaine d’amis ont racheté un hameau abandonné en Dordogne pour y créer leur communauté idéale, ils sont encore là et ils ont traversé le confinement.

Le Monde me raconte une autre utopie, celle d’une bourgeoisie bien élevée, solvable et courtoise, qui se retrouve sur un site nommé « gens de confiances », une communauté par cooptation,  où l’on se vend des antiquités, on se loue des maisons, on se trouve des gouvernantes et l‘on se réjouit d’échapper au commun peu fiable qu’on trouve sur le Bon coin.

Cette utopie de la richesse se porte mieux que d’autres. Arrêt sur Images raconte comment on a brisé l’élan des fab labs, ces ateliers organisés par des technophiles qui fabriquaient à l’imprimante 3D des visières contre le coronavirus, et l'élan des couturières volontaires qui suppléaient la pénurie de masques…  Héros de la Nation un moment, les Makers et les couturières se sont vu opposer des normes si strictes qu’ils et elles ont renoncés… Il ferait beau voir que la société s’organise.

Il nous reste la gentillesse. Le Républicain lorrain me dit Rupette, un oisillon que Cathy Muller, de Henriville a recueilli mal en point, on avait abattu l’arbre sur lequel son nid reposait, elle l’a nourri à la seringue avec du jaune d’œuf écrasé. Il volette au salon.

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