Patrick Cohen : La Revue de Presse à deux voix du vendredi, Guyonne de Montjou, Bruno Duvic... A la Une ce matin : la Syrie… Bruno Duvic : "Les soldats du président tirent sur nous à balles réelles"... Khaled est au téléphone avec les journalistes de « Rue89 ». La conversation est entrecoupée de coups de feu, de cris de foule. Il a 18 ans, il vit à Deraa, l'épicentre de la contestation en Syrie. Deraa, ville martyre... 100 morts dans le sud du pays hier. 37 mercredi. Récit dans Libération. Les forces de sécurité bloquaient les ambulances, de nombreuses familles hésitaient à amener leurs blessés à l'hôpital. C'est l'arrestation de 15 enfants, auteurs de slogans hostiles au régime sur un mur de la ville, qui a mis le feu aux poudres. Les enfants auraient été arrêtés et torturés. Ailleurs, en Syrie ? La révolte peine à s'imposer, écrit Jean-Pierre Perrin. La population se souvient du massacre dans la ville de Hama qui s'était soulevée contre Hafez el Assad en 1982 : 20.000 morts. Ce vendredi est jour de prière. Un cran de plus dans la révolte ou la répression ? Journée cruciale. Guyonne de Montjou : Et ces évènements ne manquent pas d'intéresser les voisins de la Syrie. Israël en première ligne, qui reste sur ses gardes, à la frontière. Et le Liban, dont les relations avec la Syrie n'ont jamais été neutres. Au Liban, le Daily Star semble se réjouir de voir que, là aussi, ça bouge ! Le printemps arabe n'en finit pas. Pourquoi aurait-il épargné ce régime autoritaire et héréditaire, un cocktail explosif ces temps-ci. La Syrie de Bachar el-Assad, serait-elle au seuil d’une nouvelle ère ? Pour le journal libanais, le point de non retour a été franchi avec l’effusion de sang d’hier. C'est l'occasion inespérée pour Bachar el-Assad de tenir ses promesses... avec dix ans de retard. Mais ce qui distingue la Syrie de l'Egypte par exemple, c'est qu'il n'existe pas ce décalage entre les dirigeants et le peuple sur les questions de politique étrangère. Là où l'Egypte entretenait des relations diplomatiques avec Israël, contre l'avis de la majorité des égyptiens, eh bien la Syrie est parfaitement cohérente sur le sujet. « Pas de relation ! Nous sommes en guerre avec l'Etat hébreu ». Avec cette politique, Bachar El-Assad flatte un orgueil national, et nourrit une sorte de solidarité panarabe. Cela pourrait l'aider à garder le pouvoir. En revanche, la population conteste sa politique intérieure, la kleptocratie, le chômage rampant, la corruption. Le journal libanais conclut en remarquant qu’en Syrie, ce sont les services secrets qui orientent les décisions politiques, jamais la volonté du peuple. Bruno Duvic : Contrairement à Moubarak, Ben Ali ou Kadhafi, Bachar el-Assad n'a pas totalement épuisé son crédit auprès de la population, écrit Sibylle Rizk dans le Figaro. Mais les morts de Deraa pourraient avoir entamé cette image. Patrick Cohen : Les révoltes dans le monde arabe, il en est question depuis hier au sommet européen de Bruxelles… Guyonne de Montjou : Eh oui, la Libye est le dossier brûlant... Hier soir, au dîner du Sommet européen, à Bruxelles, il n’y avait pas une feuille de papier à cigarette entre la France et la Grande-Bretagne sur le sujet. La presse britannique commente ce matin cette Union Sacrée entre Nicolas Sarkozy et David Cameron, qui dure depuis près de six mois : programme de coopération militaire, échange de renseignements stratégiques, connivence sur les sujets économiques. Un état de grâce ! Le Guardian est en pointe sur le sujet parce qu'il a dédié cette semaine à la France. Le journal britannique a remarqué quelques traits caractéristiques ! Nous, les Français, nous serions très soucieux de notre image à l’étranger. Ce serait un ingrédient clef, incontournable de notre estime de nous-mêmes. Le quotidien britannique a observé l’Hexagone avec finesse, humour parfois. Si les Français sont si désagréables dans la rue, c’est parce que, contrairement aux Britanniques, on ne leur a jamais appris à ne pas dire ce qu'ils pensent. Bref, de bonnes pages, à retrouver sur le site du Guardian, sur l'aventure de Nicolas Sarkozy dans le désert libyen, notre bon taux de natalité, nos retraités qui coulent des jours heureux sur la Croisette, l’arrivée des Chinois dans les propriétés bordelaises… Et puis, on apprend, au chapitre politique que Jean-François Copé a, sur son bureau, une statuette de Zorro masqué que sa mère lui a offert quand il est entré au gouvernement pour l’encourager à combattre l’injustice. Attention, les Français sont observés outre-Manche. Il faut l’avouer, on est assez soulagé de voir cette semaine spéciale France en Grande-Bretagne, se terminer enfin. Bruno Duvic : En revanche, entre la France et l'Allemagne, c'est le coup de froid. Détails dans le Figaro... Le gouvernement allemand, critiqué pour son refus d'intervenir en Libye, accuse Nicolas Sarkozy de faire cavalier seul et de jouer avec beaucoup de pathos sur la position de leader de la France. Selon le Spiegel, repris par Le Figaro, il est impossible de prononcer le nom du président français devant des ministres à Berlin sans s'attirer des remarques ironiques ou grinçantes. On imagine l'ambiance entre délégation dans les coulisses à Bruxelles, alors que le pacte pour l'Euro est en pleine négociation. Guyonne de Montjou : Et alors, justement à Bruxelles hier, une scène étonnante s'est déroulée devant le palais où les chefs d'Etat discutaient de l'avenir de la zone euro. La photo fait la Une de l'Herald Tribune aujourd'hui, on se croirait au Caire ou à Sanaa... Lances à eau, sur les manifestants en casquette rouge. Les altermondialistes de Bruxelles font, eux aussi, leur révolution. Ils protestent contre la politique économique menée en Europe qui fait chuter les gouvernements, comme celui du Portugal cette semaine. Bruno Duvic : « Et maintenant, le Portugal » : titre de l'édito de Ouest-France. Après la Grèce et l'Irlande, le Portugal aux caisses creuses, va devoir demander l'aide de l'Europe. Revoilà la crise des dettes et de l'euro, et la peur de la contagion. « Le domino portugais fait vaciller l'Espagne », titre La Tribune, qui accuse les agences de notation financière d'avoir encore jeté de l'huile sur le feu cette semaine en dégradant les notes des deux pays. Parmi les endettés, il y a la Belgique aussi, on le voit sur la carte publiée par le Parisien. Dans ce contexte, les Echos se réjouissent de la bonne santé des banques françaises. La crise de l'euro sera-t-elle soldée un jour, se demande Patrick Fluckiger dans l'Alsace. C'est l'objectif du pacte pour l'euro, sur la table à Bruxelles. Gouvernement économique, austérité, fonds de soutien permanent. Commentaire de Bruno Dive dans Sud-Ouest : « Une partie de ces mesures est sans doute nécessaire, mais peu propice à faire rêver les peuples. Les référendums de 2005 ont pourtant montré qu'une certaine politique n'était plus supportée ». Patrick Cohen : Japon, monde arabe, euro... Voilà les sujets à la Une... D'autres mériteraient sans doute plus de place dans les journaux, Guyonne... Guyonne de Montjou : A croire qu'ils en profitent ! Certains pays règlent leurs affaires en catimini, profitant d'une attention mondiale captée par le Japon ou la Libye. C’est le cas du Burkina Faso où la tension n'a jamais été aussi forte depuis des années. Ce petit Etat d’Afrique de l’ouest, plutôt calme d’habitude, voit presque chaque jour ses étudiants et ses jeunes dans la rue, protester contre la corruption et le chômage endémique. Mais avant-hier, c'était le tour des militaires. Le quotidien burkinabé, « Le Pays », raconte que les soldats sont sortis de leur caserne avant hier à Ouagadougou la capitale. Ils ont pillé des stations-services et les échoppes du centre ville. Le Président Compaoré n'a pas condamné ces gradés mais il a même accédé à leur demande en libérant cinq militaires placés sous les verrous pour une affaire de mœurs. Voilà comment un des havres de paix de l’Afrique de l’ouest, vient de tuer son Etat de droit, tout juste né. L'autre dossier brûlant, c'est la Côte d’Ivoire, Quatre mois après l’élection, il reste toujours un seul fauteuil pour deux présidents ! Dans un quotidien portugais, « le diario de noticias », on apprend que le clan Gbagbo recrute ses combattants parmi la jeunesse désœuvrée d’Abidjan. Et celui qui s’en occupe, c’est le même qu’il y a huit ans, quand la guerre civile a éclaté : Charles Blé Goudé, excité, toujours coiffé d’une casquette, visière derrière. En 2004, il avait lancé la chasse au blanc. Cette fois, il dénonce l’ingérence de la France qui soutient Alassane Ouattara pour pouvoir continuer à piller les ressources du pays. Une petite nuance dans le discours, mais dans le fond, rien n'a changé. Bruno Duvic : Dans l'actualité encore, le Japon évidemment... Séisme, tsunami, menace nucléaire… Comment les enfants peuvent-ils traverser tant de traumatismes ? Dans les centres d'accueil, de plus en plus ont un comportement inquiétant : colère, mutisme, cauchemars, besoin d'être en permanence collés à leurs parents. Les associations d'aide demandent la mise en place rapide d'un suivi psychologique. C'est à lire dans le Monde. Dans deux jours, les cantonales, sur fond de polémique autour des propos de Claude Guéant, et d'une pétition contre le débat sur l'Islam. L'Humanité appelle les électeurs de gauche à se mobiliser pour un sursaut républicain. Marianne fait sa Une sur cette droite devenue allergique à Nicolas Sarkozy. Et puis, pour finir, à la rubrique « humour noir », Libération page 25 : deux idées pour votre week-end. Votre bébé ne marche pas, vous en avez marre de le trimballer partout. En vente sur Internet, un magnifique accroche-bébé. Une besace avec deux trous et deux crochets et hop ! vous pouvez le fixer à la porte. Dans une commune du Sud-Ouest de l'Angleterre, ce sont les personnes sur le point de trépasser qui embarrassent la rédactrice en chef du mensuel local. Elle demande aux habitants de rédiger eux-mêmes leur nécrologie.

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