(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : le printemps s'éloigne

(Bruno Duvic) C'est le titre d'un article du Parisien-Aujourd’hui en France qui concerne la météo, mais pourrait s'appliquer au climat politique, de plus en plus tendu... Quoi de neuf depuis ce week-end ?

D'abord, comme l'écrit rue89 , une énorme manif de droite. Ils étaient 300.000 selon la police, 1 million 400.000 selon le organisateurs - le site, pas plus que les autres journaux, ne tranche pas dans la querelle des chiffres. Mais rue89 constate tout de même qu'ils étaient « incroyablement nombreux ».

Tonalité plus politique que lors des précédents rassemblements, aux slogans un peu plus larges. Ils étaient « Contre le mariage homo et contre Hollande aussi », titre La Nouvelle République .

D'ailleurs, le rassemblement se taille un joli succès dans la presse régionale, à la Une, entre autres, de Sud Ouest , de Paris Normandie ou de Ouest France . Le Figaro , de son côté, parle de « La Nouvelle démonstration de force »

Autre particularité de ce défilé : « Après la manif, la polémique », titre Le Parisien .

Quelques débordements, quelques heurts avec les forces de l'ordre. Le Figaro raconte : « Dans l'après-midi, l'avenue de la Grande Armée était saturée par la foule. 100 à 200 personnes ont tenté de forcer un barrage pour rejoindre les Champs Elysées. Des CRS ont alors fait usage de leurs gaz lacrymo. Certains manifestants étaient accompagnés de leurs enfants ». Indignation à droite.

Les organisateurs attribuent les débordements à un itinéraire inadapté. En clair, le ministère de l'Intérieur a tout fait pour que ça se passe mal.

Dans Le Parisien , le député socialiste Yann Galut évoque l'action de quelques casseurs du Gud, le groupuscule d'extrême droite.

Quoi qu'il en soit, ces incidents renforceront sans doute le sentiment des manifestants (relayé dans la plupart des reportages sur le sujet) d'être méprisé par le pouvoir. C'est le message que reprend Dominique Quinio dans l'éditorial de La Croix . "La société civile n'a guère l'habitude de faire peur et sa voix, en l'occurrence, n'a pas été écoutée avec sérieux, donnant à beaucoup un sentiment de déni de démocratie. Il est important que le gouvernement admette qu'a défilé hier un collectif représentatif d'une partie des Français, qu'il le considère avec respect et lui donne des signes tangibles de ce respect."

Au final, quelle que soit la mobilisation, les chances que le gouvernement revienne sur la réforme sont proches de zéro. Conclusion de David Guévart, dans Le Courrier Picard : "Personne n'a convaincu personne. Chaque camp se fige sur ses positions. Celui qui gagne est celui qui a le pouvoir. C'est comme ça en démocratie parlementaire. Mais à la sortie, il reste un peuple coupé en deux."

Autre nuage dans le climat politique ?

La dernière sortie de Jean Luc Mélenchon qui accuse Pierre Moscovici, le ministre de l'Economie, de ne pas assez défendre les intérêts de la France en Europe : « comportement de quelqu'un qui ne pense plus en Français… qui pense dans la langue de la finance internationale. »

Indignation au PS : c'est un vocabulaire des années 30, lorsque certains assimilaient les juifs à la finance internationale. Vous avez entendu l'extrait sonore de la déclaration de Mélenchon dans le journal de 8h. On la trouve sur le site de Politis , qui a enregistré ces propos lors d'une conversation à bâtons rompus avec des journalistes. On n’y entend pas vraiment une grande tirade antisémite. A en croire Stéphane Allies sur Mediapart , l'ancien candidat à la présidentielle serait tombé des nues : « Ah bon il est juif Moscovici ? Mais vous êtes sûr qu'il me traite d'antisémite ? C’est une incroyable diversion !»

Au delà de cette controverse qui alimente quelques éditos ce matin sur l'outrance verbale, dans Libération , décryptage de ce parler « cru et dru », comme on dit au Front de gauche où l'on a également parlé de « salopards » ce week-end à propos des ministres européens. « Contre le PS, Mélenchon décrète la lutte des clashes » titre le journal. Ne pas laisser le monopole de la contestation à Marine le Pen. « Ce n'est que du conflit que pourra se créer la conscience des électeurs de gauche », estime Jean-Luc Mélenchon.

Résumé des épisodes précédents : un coup de gaz lacrymo, une bande de salopards, le FN a deux doigts d'une victoire dans la législative de l'Oise (« L'UMP a eu très chaud » titre Le Courrier Picard) … et, depuis la semaine dernière, une brochette d'affaires politico judiciaires

Parmi celles-là, la mise en examen de Nicolas Sarkozy fait toujours polémique

Cette mise en examen semble « particulièrement tirée par les cheveux », écrit l'avocat Daniel Soulez-Larivière sur le Huffington Post . Voilà relancée l'aimable partie de « je te tiens par la barbichette » entre Nicolas Sarkozy et les juges d'instruction. Depuis jeudi soir, ses proches mettent plus ou moins en cause l'impartialité du juge Gentil. Réplique du magistrat anti-terroriste Marc Trevidic dans Le Parisien : « Du temps où il était chef de l'Etat, Nicolas Sarkozy a voulu mettre la justice au pas, il a échoué. Maintenant, il doit rendre des comptes et ne le digère pas. C'est aussi simple que cela. »

Quelles conséquences ? Le Figaro , sous la plume de Charles Jaigu, prévoit un effet boomerang à cette mise en examen : « On ne pouvait pas mieux s'y prendre pour redonner à Nicolas Sarkozy le supplément de rage dont il avait besoin pour décider ce retour sur lequel tout le monde s'interroge. »

Au gaz lacrymo, aux salopards, à la brochette d'affaires, nous ajoutons donc un soupçon de rage… et un peu de voile en guise de couvre chef !

C'est la Une du Parisien : « Faut-il encore une loi sur le voile ? » Depuis l'annulation par la justice du licenciement d'une employée voilée de la crèche privée Baby loup, certains demandent une nouvelle loi. C'est le cas dans Marianne d'ne pléiade d'intellectuels et de politiques, d'Élisabeth Badinter à Alain Finkielkraut en passant par le président des radicaux Jean Michel Baylet. Ils estiment que la laïcité a besoin d'être consolidée et réaffirmée.

Une nouvelle loi sur le voile ? Un ‘pour’ un ‘contre’ dans Le Parisien . Pour une nouvelle loi, Eric Ciotti de l'UMP : « il faut combler un vide juridique dans le privé. » Contre, le sociologue Michel Wievorka : « arrêtons avec la hantise de l'Islam ».

A ce délicieux cocktail, on pourrait ajouter la baston au sein des élites patronales. Baston pour la présidence du Medef. Interview de Laurence Parisot ce matin dans Les Echos . Elle veut changer les statuts de son mouvement et partir pour un troisième mandat. Elle estime que certains comportements et propos de ses adversaires ne laissent rien présager de très bon pour la conduite future du patronat.

On pourrait ajouter la Une du Monde toujours en kiosque, en pleine crise Chypriote : "Le sentiment anti-allemand flambe en Europe du Sud"

Good Luck Mister président ! Dans cette ambiance, François Hollande s'exprime jeudi à la télévision. Dans l'édito de L'Humanité qui décrit lui aussi le climat politique et social, Patrick Appel Muller lui glisse quelques conseils :

« La capacité à unir des majorités doit être une obsession pour ceux qui entendent transformer la majorité. La promotion d'une nouvelle république exige de démultiplier le débat politique.

Et de citer Aragon : ‘Je tiens pour peu de choses la facilité de voir, si elle n'est pas partagée’. »

A demain

L'équipe

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.