(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : les intermittences du peuple

(Bruno Duvic) Dimanche soir, le rendez-vous était dans la zone d'aménagement, derrière l'hypermarché Auchan d'Hénin Beaumont. C'est là que le Front national avait loué une salle de restaurant, Les salons de l'atelier. Il y avait des gens d'Hénin, bien sûr, écrit Florence Aubenas dans Le Monde , mais pas seulement. Tout ce que le bassin minier compte de FN est là.

Ce militant, par exemple, grand roux qui alterne bière et Champagne, ex communiste. Il énumère les cathédrales effondrées de la terre ouvrière, les usines textile, la métallurgie, le charbon. Dans sa famille, deux chômeurs. Le revenu le plus sûr, c'est la pension du grand-père, un ancien mineur.

Le grand roux dit : un mineur, c'était quelqu'un. Lui il est intérimaire, « un statut qui ne ressemble à rien ».

Depuis dimanche soir, on compare le premier tour des municipales au 21 avril 2002, qui avait vu Jean-Marie le Pen accéder au second tour de la présidentielle. Ce qui était marquant alors, c'était de voir les personnalités du Front National, nettement plus nombreuses dans les médias.

Ce qui frappe, à la lecture de la presse ce matin, c'est la présence beaucoup plus massive tout d'un coup dans les journaux d'un peuple Front National. Avec son histoire, ses souvenirs en commun, ses faits d'armes.

Dans le reportage de Florence Aubenas, passe Denis, ancien employé de la police municipale d'Hénin. Il raconte comment il s'est rapproché du Front en se cachant, surtout à la mairie. "On nous a pris pour des mendiants, mais on se reconnaissait entre nous, soudés, comme un réseau secret. On était FN, ça voulait dire quelque chose."

Normalisation, dit-on. La Voix du Nord brosse ce matin un portrait de Steeve Briois et retrace son parcours.

Un article sur une personnalité FN comporte souvent sa part de croche-pieds, de remarques entre les lignes, de points de suspension. Rien de tel dans cette page de La Voix du Nord . Portrait factuel du nouveau maire de la ville, son caractère de souriant timide qui s’est soigné, son inlassable travail de terrain depuis 1995, sa famille, son homosexualité révélée dans un livre. Titre du portrait signé: « Le Front de chez nous ».

Pendant les 6 ans à venir, La Voix du Nord plus que d'autres aura à chroniquer la vie quotidienne à Hénin Beaumont, à l'épreuve du réel. Premier épisode aujourd'hui. Christophe le Couteux parle de cette association emblématique de la ville qui hésite sur son action dans les mois à venir, le président du cercle d'escrime qui jugera sur pièces, le dirigeant d'un club d'entreprises qui va solliciter un rendez vous pour voir comment travailler ensemble, les employés de la mairie qui se posent des questions, les autres collectivités locales bien obligés de se conformer au vote, à regret : "On n'a pas encore d'huissier mais ça pourrait venir, dit le président de l'agglo"

Dans Libération , reportage à Limoges

Autant dans le papier de Florence dans le Monde, ce sont les images qui sont marquantes. Dans l'article de Julie Carnis sur Limoges, ce sont les chiffres et les dates. Limoges, présentée comme la plus ancienne ville socialiste de France. En 100 ans, à part une parenthèse dans les années 40, elle n'a connu que trois maires, tous socialistes.

Dimanche dernier, les verts et le PS, alliés cette année, ont obtenu 31% de moins qu'en 2008. Ils étaient alors séparés. Il y a 6 ans, le FN n'avait même pas présenté de liste. Il a obtenu 17% avant-hier. Dans le quartier populaire de la Bastide, l'effondrement de la majorité et la percée de la liste Bleu Marine est encore plus frappant.

« Les catégories populaires ne se sentent ni défendues, ni représentées ». Interview du politologue Frédéric Sawicki dans Le Parisien-Aujourd'hui en France . « Ce qu'a entrepris François Hollande depuis qu'il est à l'Elysée n'a rien fait pour rassurer employés et ouvriers. Le smic n'a pas été augmenté, les mesures promises contre les licenciements boursiers sont très limitées, les engagements pris vis à vis des sidérurgistes lorrains n'ont pas été suivis d'effets, comme la lutte contre le capitalisme financier. Et le chômage a continué à augmenter. »

« François Hollande, dit un conseiller du pouvoir dans les colonnes de Libération , c'est le mec qui trouve toujours une fenêtre ouverte pour s'échapper quand il est enfermé dans une pièce. Mais là il est dans le coin, la fenêtre est fermée à double tour et les projecteurs sont braqués sur lui. »

Dit autrement, d'un côté, les résultats de l'élection, « Quelque chose craque », titre l'édito de L'Humanité , « Hollande est sommé d'entendre la gauche » ajoute Mediapart . De l'autre, le pacte de responsabilité, les 50 milliards d'économies promis à Bruxelles. « Il est coincé, résume un poids lourd du PS en off dans Le Figaro . S'il en fait trop, il est sanctionné par les électeurs, s'il n'en fait pas assez, il est sanctionné par Bruxelles et les marchés. »

« La débacle socialiste met Hollande sous pression », titre le journal.

La majorité tangue, avant même le second tour. Dans Le Parisien , Un vieux député PS dit avoir reçu des appels hystériques de collègues de Seine et Marne. Les ministres sont tous « des tocards, des nuls ! ».

Revoilà les petites phrases pff, les propos pour se distinguer, les appels à remanier vite et large. « Après la claque, remaniez-vous », lance Libératio n à la Une. Certains hebdos sont de sortie deux jours plus tôt que d'habitude - L'Express et Le Nouvel Observateur .

« Changer tout », c'est la couverture de L'Obs . Où l'on retrouve le président enfermé dans sa pièce bouclé à double tour. Papier de François Bazin, l'un de deux qui suivent de très près le quinquennat Hollande. « Autour de lui, écrit Bazin, il n'y a plus personne qui ose prétendre que le dispositif mis en place au lendemain de son élection ait désormais la moindre efficacité. Lui aimerait gagner du temps, protéger cette liberté de mouvement qui est son bien le plus précieux. Hollande, à sa façon n'aime pas gâcher. Il y a chez lui quelque chose d'un peu pingre qui le conduit à user jusqu'à la corde les habits gris dont il a doté ses équipes. Tout cela le pousse à ruser plus qu'à présider, sans vouloir admettre que le système qu'il a mis en place roule désormais sur les jantes. »

Alors voilà Jean-Marc Ayrault qui pensait avoir sauvé sa place à nouveau au bord des cartons de déménagement. Et la vengeance est un plat qui se mange après les défaites électorales. La semaine dernière, les conseillers du Premier Ministre avaient emmené des journalistes au fond des jardins de Matignon. Il y a là une pierre tombale. "C'est le futur arbre de Claude Bartolone" disaient-il en ironisant sur les ambitions déçues du président de l'assemblée, candidat à Matignon.

Hier, réunion de crise à Matignon. Claude Bartolone en était, raconte Le Parisien . En arrivant, il a posé une question : « Alors, elle est où ma pierre tombale ? »

A demain !

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