Il manque à la France un poète national (dit au Figaro un anglais devenu académicien français). Nos ancêtres dormaient en deux fois, coupant la nuit à minuit pour fumer ou aller voir les voisins, Libération. Pour fêter ses quinze ans, Philosophie magazine écoute des jeunes de son âge, tolérants, rigides et fluides.

On parle de poésie... 

Et quand nous venons d'entendre la prose d'un porte-parole, dans le Figaro un académicien nous taquine, suggérant que nous manquons en France d'un poète officiel, d'un poète national, qui exprimerait le pays... Jadis nous eûmes Victor Hugo, et puis Claudel, Paul Valéry Aragon, aux Etats-Unis les poètes inaugurent les présidents, on les nomme lauréat attaché à la bibliothèque du Congrès, les prix Nobel Louise Gluck et Joseph Brodsky méritèrent cet honneur... 

Ainsi nous enseigne Michael Edwards, anglais de France, du collège de France et de l'académie, il regrette la discrétion de la poésie en France , lui qui vient d'un pays où le non sens des comptines enfantines, éveille les enfants à l'autre langage. Il dit pour nous tenter l'éblouissement de la vision d'une voix; il nous conseille "Lieu de la Salamandre" de Bonnefoix, et "Images plus fugaces" de Jaccottet récemment décédé et aussi de lire la poésie à voie haute, dans la tête, et même en bougeant les lèvres, nous déclamerons donc reconnaissant envers le Figaro qui pour le printemps des poètes nous rappelle aussi Shakespeare, "magnifie mon amour plus vite que le temps", Alberto Moravia, "Je me disais qu'il faudrait avoir peur de mourir au moins une fois par jour", Goliarda Sapienza, "Mon ombre m'attend avec son visage desséché de vieillarde"... 

A sa bonne habitude, le Un qui cette semaine dissèque la justice, nous attire d'un poème, en 1945, Julien Gracq mettait à nu l'apparence d'un tribunal. "Une araignée au milieu des prétoires montait et descendait au bout de son fil, pareille au lustre compliqué des théâtres, tout le monde comprends-tu saisissait l'allusion"...  

Dans Libération vous lirez ce vers, venu du XVIIe siècle. "A minuit quand tu t'éveilles du sommeil." Et il ne s'agit pas simplement de beauté mais d'une preuve, anthropologique. Car autrefois, nos ancêtres se réveillaient VRAIMENT A MINUIT, ils se levaient, allaient fumer du tabac, ou rendre visite aux voisins, vérifier qu'on n'avait pas volé leur vache, et puis se recouchaient. C'était ainsi que l'on dormait, en deux fois,  c'est la thèse d'un historien américain, Roger Erkich... Un des rares avec le français Guillaume Garnier à considérer nos nuits comme un champs historique. Erkich affirme que la révolution industrielle a eu raison du sommeil fragmenté: éclairage artificiel, vie nocturne, travail de nuit dans les usines, on s'est couché plus tard levé plus tôt, on a pris le pli de dormir comprimé, moins longtemps, et d'un seul sommeil. La bonne nuit d'une seule traite, n'est qu'une habitude qu'on nous a imposée... Ainsi se console le matinalier.

On parle aussi d'un garçon.

Qui était il y a un demi siècle, âgé de quinze ans, le plus beau garçon du monde disait-on, un jeune suédois qui dans un film de Visconti troublait jusqu'à la mort un compositeur de musique dans Venise en proie au choléra... Et ce matin, nous revient Mort à Venise, chef d'oeuvre de Visconti, mais nous revient surtout celui qui jouait Tadzio, l'adolescent aux cheveux d'or couronnant le corps diaphane, il se nomme Björn Andrésen, il est aujourd'hui un sexagénaire à la barbe et à la crinière blanche et aux yeux un peu fous, sa vie fut un cauchemar flou. Bjorn avait été volé à lui-même par le désir des autres qu'il ne pouvait assumer... Un documentaire lui est consacré, le Point et le site de Vanity Fair en rendent compte, vous lirez comment, sans jamais le toucher, (consigne avait été donné à l'équipe du film de laisser Bjorn tranquille), Visconti s'était approprié ce garçon qu'il avait casté en le faisant marcher torse nu... Bjorn fut une icône gay, un symbole de l'éphèbe, un personnage de dessin animé japonais, un adulte drogué pour surmonter Tadzio dont il n'osait se défaire. Il y a  seize ans, on lit cela dans les archives en ligne de Libération, Bjorn Andresen avait accepté de venir à Paris invité par une éphémère télé gay, Pink TV, il avait raconté à Libé sa sexualité en errance et son besoin d'oublier qu’il avait été ce garçon que Visconti et son acteur Dirk Bogarde promenaient dans les boites homosexuelles de Rome, comme un trophée...  

Voilà donc une histoire d'emprise, survenue en un temps où nous ne connaissions pas le mot, aujourd'hui sordide banalité. L'Equipe depuis hier raconte comment un grand nom du golf français, Dominique Larretche est mis en examen pour viol  sur une adolescente qu'il entrainait, l'Obs revisite l'envers de la puissance du  producteur de télévision Gérard Louvin accusé avec son mari Daniel Moyne de d'agressions sexuelles de viols et de complicité par d'anciens adolescents... 

On a alors besoin, d'autant plus, d'entendre des enfants libres, qui s’essaient à vivre et à penser s'indigner philosopher sans nous adultes. Philosophie Magazine pour fêter ses quinze ans est allé simplement écouter interroger des jeunes gens qui ont son âge, on les voit alors parfois violents par manque de mots ou les choisissant bien, discernement, raison, tolérants jusqu'à la rigidité parfois et puis fluides, hésitants, émouvants entre leurs valeurs et leurs pulsions, quand ils parlent d'amour et désir. "Je me suis toujours dit qu'il faut s'intéresser à la personne plutôt qu'à son corps ou à son sexe, dit Nils, mais je dois admettre que ne vais pas vers les garçons, c'est sans doute un blocage qui s'est imposé à moi par mon éducation, la pression sociale, car au fond je suis convaincu qu'on est tous bisexuels."

Et on parle enfin de colère sociale...

Celle des éleveurs aux Unes de l'Eveil de la Haute-Loire et de la Montagne, quand 500 tracteurs et des milliers de paysans montent aujourd'hui sur Clermont Ferrand dire leur colère contre la nouvelle politique agricole commune...  Et cette souffrance du monde agricole nous renvoie au déracinement d'un monde empoisonné.

Vous lire dans le Parisien qu'on nous fait avaler des faux aliments trafiqués gonflés maquillés, vendus pour du vrai, c'est le compte rendu d'un livre "Manger du faux pour de vrai" d'une militante de la nourriture, Ingrid Kragl, directrice de l'ONG Foodwatch. 

Vous lirez dans une enquête minutieuse du Monde et du site d'investigation the Intercept,  le parcours assassin d'un herbicide, le Paraquat, tellement toxique qu'il aurait causé des dizaines de milliers de mort depuis son invention, dans les années soixante, mais ses fabricant l'ont toujours protégé à coups d'influences de rapports édulcorés, il était bien rentable. 

Dans la Ruche, hebdomadaire de Brioude, un visage un fripé et doux nous rappelle des temps plus heureux. Alexandre Passepot a 95 ans, l'un des derniers vendeurs de peaux de lapin vivant parmi nous, au temps où l'on criait « peau de lapins Piarôt Piarot ! » en arrivant dans le village, à pied ou vélo pour collecter les peaux dont on ferait des chapeaux. Met-on encore seulement des chapeaux? 

Contact
Thèmes associés