Patrick Cohen : A la Une ce matin, la crise interminable en Europe... Bruno Duvic : Evidemment, quand on passe sans transition d'Haïti à l'Europe, on relativise, mais tout de même... il y a bien un malaise. En première page du Wall-Street Journal, un jeune homme, blouson à capuche, est juché sur une voiture de police. Le pare-brise est en train de voler en éclat. Le jeune contestataire étend les bras dans la position du Christ en croix. "Les manifestants britanniques montrent leur colère" : c'est la Une du Wall Street Journal ce matin, après les défilés d'étudiants contre la hausse des inscriptions dans les universités. Eh bien, voilà, même les placides Anglais descendent dans la rue. Les rebelles sont encore minoritaires, et parfois violents. Mais tout de même, bienvenue au club, le club des "rebelles dans la crise". Au Portugal, hier, "journée de grève générale historique" titre L'Humanité. Tous les secteurs, publics et privés, ont répondu à l'appel. Quasiment aucun bateau ne circulait sur le Tage à Lisbonne, et à l'aéroport, pas un seul des 500 vols prévus n'a décollé. Encore deux images de l'automne en Europe, elles sont côté à côte dans Le Parisien : un écran à la Bourse de Madrid hier, les courbes plongent. A côté, banderoles de manifestants à Dublin contre le plan d'économie : "Mettez le peuple avant le profit"... "Battez-vous contre l'austérité". L'Irlande et l'Espagne, c'est le coeur du problème. L'Irlande dévoile un plan d'austérité drastique dicté par l'Europe et le FMI, titre Le Figaro en page économie. La Tribune nous apprend que c'est tout le secteur bancaire qui va être nationalisé. On pourrait se dire que tout va rentrer dans l'ordre : l'Irlande accepte d'être aidée et de se serrer encore un peu plus la ceinture. Eh bien, non ! Voyez la Une du Monde : "Le risque de faillite d'un Etat européen hante les marchés". Après la Grèce et l'Irlande, les dominos suivants pourraient s'appeler Portugal et Espagne. "Pour comprendre la crise de l'euro", c'est la Une de La Croix, dossier très clair. Au-delà de l'inquiétude des marchés face au déficit des Etats, La Croix ajoute une explication au coup de froid sur les places boursières hier. C'est encore Angela Merkel qui a mis les pieds dans le plat, hier, au Parlement de Berlin. Elle veut que les banques privées, et pas seulement les Etats, soient elles aussi impliquées dans les pertes. Intellectuellement, c'est cohérent... politiquement, c'est payant... économiquement, c'est perdant car immédiatement après cette déclaration, les taux d'intérêt imposés aux Etats les plus fragiles ont encore grimpé. Alors colère... Dans Le Nouvel-Observateur, reportage sur ces Irlandais au bord de la crise de nerfs. Colère et même aigreur... Le Monde consacre une page à la tentation nationaliste en Grèce. "Europe : la montée des populismes", c'est la Une de Valeurs Actuelles. Dans le reportage du Monde, un cinéaste grec est inquiet : "Si la crise économique dure, ce pays va mal finir". Mal finir, c'est peut-être ce qui est en train d'arriver à Silvio Berlusconi en Italie. Il est à la Une de Courrier-International. "La politique de l'obscène : enquête sur la chute de la maison Berlusconi". A priori, pas de rapport avec la crise. Pour l'hebdomadaire Newsweek, qui en fait sa couverture cette semaine, Berlusconi a surtout un problème avec les filles. Mais tout de même, dans ce dossier de Courrier-International, le politologue italien Ilvo Diamanti, l'un des plus réputé dans le pays, fait un lien avec la crise : "Aujourd'hui, les Italiens essaient non pas de vivre mais de survivre à la crise. Dans un pays qui tombe en ruine, Berlusconi ne sait plus se montrer rassembleur. La fin du berlusconisme s'annonce longue et pénible". Patrick Cohen : Et en France, Bruno, quel est le climat ? Bruno Duvic : Visage de François Fillon à la Une de beaucoup de vos journaux. Et un mot clé définitivement assumé : la rigueur. "Fillon défend une rigueur tranquille" titrent Les Echos. "Il veut tenir un cap" ajoute "20 minutes". "C'est la continuité dans la continuité" pour l'édito de La République des Pyrénées. Zéro surprise dans le discours de politique générale du premier ministre hier. C'était du Fillon, du bon, contrôlé, calibré, sérieux, solide, sans effet de manche, ni verbe racoleur résume Anne Fulda dans Le Figaro. Rigueur donc, et cette question qui se pose dans tous les pays d'Europe : "La rigueur jusqu'où ?"... "Trop de rigueur et c'est la croissance qu'on assassine". Même un mensuel, pas spécialement gauchiste, comme L'Expansion entonne cette petite musique en couverture dans son numéro de décembre : "Pourquoi il faut augmenter les salaires". Et une fois de plus, les regards se tournent vers l'Allemagne où le ministre de l'Economie se dit favorable à de telles mesures et où des grands noms de l'industrie comme Porsche, Bosch ou Audi vont doper les fiches de paie. Car si personne ne nie l'ampleur des déficits, il faut aussi composer avec un sentiment d'injustice toujours prégnant. Même le modéré François Chérèque le dit : "La crise financière m'a changé". C'est dans L'Express, et il ajoute : "Le grand thème de campagne en 2012, sera la réduction des inégalités". Les Français les plus fragiles face à la crise, c'est aussi la Une de Télérama cette semaine. "Ils vivent pour survivre" : en photo à la Une, un homme qui vit sous une tente, dans une forêt. Dans ces conditions, on a besoin de soupapes. Le Parisien consacre sa manchette au triomphe du rire ce matin : "Le rire, valeur refuge". Patrick Cohen : Quoi d'autres dans la presse, Bruno ? Bruno Duvic : Ce n'est pas tous les jours qu'un préservatif est en couverture de l'hebdomadaire La Vie. C'est le cas cette semaine : un préservatif tout rose. Le journal revient sur le dernier livre du pape. A lire dans L'Equipe, un long reportage sur le Tour cycliste du Rwanda. Une manifestation comme d'autres, pour tourner la page des années d'horreur. On apprend également qu'il y a un engouement pour le cyclisme en Afrique. L'entraîneur de l'équipe nationale du Rwanda assure que le continent noir donnera un jour un vainqueur au Tour de France. Et puis, à la Une de Libération et de France-Soir, la Journée Internationale contre les violences faites aux femmes : "Femmes battues : le silence tue" titre Libé. Et terminons comme mardi dernier, avec l'interview d'un chanteur. C'est dans le magazine "Serge", magazine de toutes les chansons, fondé notamment par Didier Varrod que les auditeurs d'Inter connaissent bien. Interview de Renaud… Et ça ne va pas fort ! Quatre ans que Renaud n'a pas sorti de véritable album original. "Je ne sors plus de disques parce que je suis en panne d'inspiration" dit le chanteur. "Commenter ce monde, le critiquer, me paraît totalement futile aujourd'hui. J'ai 58 ans, j'ai pris des coups dans la gueule. Ma femme voulait vivre en banlieue, et moi, comme un con, j'ai accepté. Je suis loin de Paris, de mes potes et de mes petits bistrots". "J'ai perdu la sève" dit encore Renaud. Heureusement, son jeune fils de quatre ans lui offre encore quelques moments de poésie, comme l'autre jour, quand il lui a demandé : "Papa, est-ce qu'il va pleuvoir hier ?". SI Renaud manque d’idées, voilà déjà un joli titre de chanson !

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