(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : collection de masques

Ce sont des bandits, comme les gangsters qui masquent leur visage sous une cagoule "Les bandits de la finance" : sous ce titre, Valeurs actuelles publie les bonnes feuilles du livre coordonné par le criminologue Xavier Rauffer, "La Finance pousse au crime"

La crise a nourri et s'est nourrie de l'argent sale. Et les fraudes en tous genres continuent.

En avril 2006, au Mexique un DC 9 est saisi sur le tarmac de l'aéroport de Ciudad del Carmen. Dans les soutes, près de 6 tonnes de cocaïne. L'enquête révèle que la drogue a été achetée avec des fonds transférés par Bank of America et Wachovia corp.

C'était avant la crise, ensuite le mouvement s'est accéléré. Selon le directeur de l'"ONU drogue and crime", au plus fort de la crise, entre 2007 et 2009, alors que le système bancaire mondial était quasiment paralysé, des banques en manque de liquidités ont été sauvées par de l'argent noir. L'homme de l'ONU, Antonio Maria Costa, estime à 350 milliards de dollars les profits annuels de la criminalité organisée.

Autre exemple, l'immobilier aux Etats Unis : on connait l'histoire des subprimes. Des millions de personnes sont encore aujourd'hui menacées d'être expulsées de leur maison. Mais sur quelle base juridique ? Du temps de l'euphorie immobilière, les subprimes ont été vendus à tour de bras sur la base de documents lacunaires. Quand l'orage a éclaté, les banques ont voulu récupérer les maisons, mais elles ont eu du mal à trouver les pièces originales des hypothèques. Qu'à cela ne tienne : certaines ont fabriqué des faux.

Résultat, aujourd'hui, il arrive que plusieurs banques réclament la saisie de la même maison.

"La Finance pousse-au-crime", les bonnes feuilles sont donc à lire cette semaine dans Valeurs actuelles .

De la Finance au football, une cible commun dans le viseur de la presse : les salaires.

La vérité sur le salaire des footballeurs. Le Parisien-Aujourd’hui en France a croisé les sources et donne des chiffres ce matin. Le joueur le mieux payé de ligue 1 est argentin : Lucho Gonzalez à l'OM. 360.000 bruts par mois hors primes de matches et bonus.

Parmi les joueurs français les mieux payés : André Pierre Gignac : 300.000 Euros. Et pour cirer le banc de touche. Car l'entraineur de l’OM, Didier Deschamps ne fait pas jouer Dédé Gignac et c'est « Le clash » à la Une de La Provence . Violente altercation entre les deux hier. Gignac est exclu du groupe. L'OM va mal constate le journal de Marseille.

Mais le capitalisme va bientôt être mis au pas. Les Echos , entre autres le racontent : Nicolas Sarkozy prépare un nouveau discours de Toulon, la ville où il avait dénoncé "la loi de la jungle".

Pour l'instant, domestiquer les marchés, les dirigeants européens n'y arrivent pas. La presse est sévère au lendemain du sommet Merkel/Sarkozy hier. Une réforme des traités pour plus d'harmonisation et de surveillance des budgets. Pas touche à la BCE. C'est le bilan.

Colère de Philippe Waucampt dans Le Républicain Lorrain. Merkel et Sarkzoy c'est « l'aveugle et le paralytique (…) : les sommets se suivent et continuent de se ressembler en termes d'inefficacité. »

« Mini sommet-mini accord » pour Jean-Claude Kieffer dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace .

« Il n'a même pas accouché d'une souris », déplore Jean-Marcel Bouguereau dans La République des Pyrénées .

Les masques souriants, l'accueil fait à l'Italien Mario Monti n'ont pas convaincu les journaux.

« Euro est-ce que c'est vraiment la fin ? » se demande à la Une l'hebdomadaire britannique The Economist .

Pour Jacques Attali dans 20 minutes , on va au désastre, et on y va vite : « il y a une chance sur deux pour que la monnaie unique ne soit plus là à Noël ou qu'elle soit en train de se défaire. »

En faisant un peu d'histoire, on aborderait peut être différemment la crise : dans un long article, la Revue L'Histoire détaille 800 ans de faillite d'Etat. Mais l'enseignement de l'histoire est en danger, à en croire L'Humanité .

"Sale histoire pour les lycéens", c'est le titre de Une

Suppression de l'histoire en terminale S, appauvrissement et impasses dans les programmes de première : la réforme des lycées maltraite la mémoire, selon L'Huma .

Dans la filière S, les élèves doivent désormais ingurgiter en une seule année scolaire la période qui va de 1850 à nos jours. Pour gagner du temps, on choisit l'approche thématique plutôt que l'analyse chronologique. « Ca n'est pas adapté à des lycéens de 16-17 ans, dit une enseignante de la région lyonnaise. Pour un bon élève ça pourra aller, pour les plus faibles, ça va être encore plus dur. »

Une autre enseignante auteur du livre « La fabrique scolaire de l'histoire », rappelle que ce n'est pas le ministre de l'Education qui dicte les programmes. Mais elle voit dans la suppression de l'histoire en terminale S le symptôme d'un pouvoir « qui considère que dans notre société l'acquisition de compétences techniques prime sur l'acquisition d'un esprit critique. »

Et pourtant, nos présidents ont régulièrement la tentation de prendre la plume. C'est le cas du désormais académicien Valery Giscard d'Estaing. Le feuilleton d'Eric Chevillard dans Le Monde Littéraire est consacré au dernier roman de VGE « Mathilda ». C'est une magnifique collection de vacheries, dont celle-ci : « la principale qualité du roman est sa brièveté. Nous n'aurons pas besoin cette fois d'un septennat pour en venir à bout. »

L'Histoire, elle se joue en ce moment dans le monde arabe. Elections au Maroc aujourd'hui. « Qui gouvernera le Maroc ? » : c'est la Une de l'hebdomadaire Jeune Afrique , toujours en kiosque. Dans Le Figaro , hommage de la députée européenne Rachidat Dati à Mohammed VI : "En anticipant et en accélérant les réformes conduites depuis plus d'une décennie, sa majesté le roi crée un nouvel élan pour le Maroc. Acte responsable, courageux, d'un souverain visionnaire agissant dans le seul intérêt de son peuple"

Quoi d'autre dans la Presse ?

Une histoire on ne peut plus glauque dans Le Parisien : un garçon de 11 ans accusé de viol sur une petite fille de 6 ans à La Verrière dans les Yvelines. Il aurait agi avec la complicité de sa sœur et sa mère aurait caché les preuves.

Que masquent les nouveaux horaires à partir du 11 décembre à la SNCF ? Dossier de Politis . Selon l'hebdo, cette réorganisation va se traduire par la diminution du nombre de trains et des arrêts aux petites gares et on prépare le réseau aux entreprises ferroviaires privées.

Et puis cette question dans Elle : la chirurgie esthétique fait-elle vieillir ? Les femmes au visage lisse et figé ont-elles vraiment l'air plus jeune ? L'hebdomadaire s'interroge sur l'apparition d'une nouvelle classe d'âge de femmes qui portent toutes le même masque. Paradoxe dans notre société hyper individualiste : la guerre pour l'éternelle jeunesse conduit à un conformisme des expressions.

Bas les masques ! Terminons, avec une phrase de Sempé à qui La Croix consacre un portrait. Exposition à Paris, nouvel album, illustration du disque d'Alain Souchon : dans ce monde de masques, les enfants de Sempé triomphent, comme une bouffée de douceur. Les enfants à propos de qui le dessinateur a cette jolie phrase: « Ils ne sont pas toujours heureux, mais ils trouvent toujours le moyen de l'être un petit peu. »

Bon week end

L'équipe

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.