L'Equipe dit Dominici qui savait la peur, en lui, chez l'adversaire. Libération rapporte les violences que subissent les migrants, le Parisien et FishEye montrent des amputés et éborgnés du maintien de l'ordre, le Monde raconte quatre irréductibles qui cet hiver au-dessus de Tende garderont un hameau coupé du monde,

On parle d'un rugbyman...  

Christophe Dominici qui regardait le ciel un jour d'hymne national, nous entend-il de là-haut, il disait de son prénom Christophe, que lui avait donné une sœur aimée, qu'il l'entendait ainsi, Christ au feu. Vous le voyez  brulant intérieurement, à la une de l'Equipe, le torse pris dans la tunique bleue du XV de France, la tête au niveau des épaules de ses voisins, lui qui était petit dans un sport de mastards mais il n'avait pas peur et même il les aimait aussi, ces grands que dans le rugby on appelle les gros, il aurait voulu être l'un d'eux dans la chaleur de la mêlée, parce que c'est dans le pack, les rugbymen le savent, que l'on trouve l'amour, sans les autres tu n'existes pas...   

On parle de Dominici dans l'Equipe, pas seulement dans l'Equipe mais dans l'Equipe mieux qu'ailleurs, sur d'autres journaux, un autre homme est vêtu de bleu mais Emmanuel Macron porte un costume et ce n'est pas le ciel qu'il regarde mais une caméra, autour lui flottent des mots déconfinement, de l'air, la France respire.  

Et ces paroles me ramènent à Christophe Dominici, qui courait pour respirer, il nous en avait enchanté. Il avait été le héros d'un essai que nous avons vu mille fois, contre la Nouvelle Zélande en 1999,  à la mi-temps de ce match, il avait dit aux copains, parlant d'un monstre de l'équipe adverse, "je le vois dans les yeux de Lomu, il se cague"...  

Il savait lire la peur dans les yeux d'un adversaire, il masquait la sienne. Un an après ce match, l'an 2000, Dominici avait plongé dans une dépression atroce enrayée dans une cure de sommeil, il était revenu pour parler de ses démons. Si vous voulez comprendre de quelle tristesse est fait le cristal d'un champion, lisez un livre, "Bleu à l'âme", que Dominici avait écrit en 2007 avec la journaliste de l'Equipe Dominique Bonnot, et lisez en attendant ce portrait qui s'en inspire dans l'Equipe ce jour signé d'une autre grande du journaliste de sport, Dominique Issartel...  Vous y lirez cet enfant qui petit avait peur du noir, peur de tout, qui ne pouvait dormir qu'avec ses parents puis avec sa grande sœur Pascale, mais Pascale était morte dans un accident de voiture et il était resté sans protection, sans défense, sans envie, sinon celle de se détruire, longtemps il n'avait plus parlé plus de Pascale et se disait fils unique, il était confiné, il s'était libéré de parole..

Sur le site de Libération qui a souvent du talent pour nous dire le sport, dans un vieil article exhumé de 2001, je lis qu'un ami disait de Christophe: «Il ne faut surtout pas qu'il aille mieux. Sa force, c'est son instabilité.»  Dans l'Equipe je lis qu'un autre ami lui disait, cela vaut pour nous, "chacun a droit a au moins une minute de bonheur par jour, accroche-toi à la tienne et demain il y en aura deux", hier peut-être, Christ au feu l'avait oublié.  

On parle aussi de migrants.. 

Qui cherchent leur minute de bonheur terrestre, ces jeunes sénégalais que je vois à la une de la Croix arrivant aux Canaries,  ils croient y trouver la porte vers l'Europe, s'ils savaient parfois..  Libération est allé écouter des migrants et ceux qui les aident, à Calais, à Menton, à Briançon, ils racontent les violences ordinaires que l'on subit en France depuis cinq ans quand on n'est pas voulu, les forces de l'ordre dispersent, détruisent violentent gazent et chassent les réfugiés des pauvres coins où ils s'endorment. La honte de la Place de la République vient de loin.   

Pourtant dans le Figaro, et aussi sur les site de l'Obs et du Monde, un haut fonctionnaire nous dit que la République reste juste à ceux qui viennent de loin mais il y faut des règles, "une hospitalité pour tous est une hospitalité pour personne" affirme Didier Leschi, directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, il sort un livre et multiplie les interviews où ils apaise nos remords de raison chiffrée, mais en même il nous décrit comme un pays moins désirable.  « Viennent à nous ceux qui ont été rejetés des pays où ils espéraient s’établir", écrit-il, il dit aussi que la France n'a jamais autant compté d'étrangers ou d'enfants d'étrangers, il se demande si nous saurons du métissage passer à une créolisation heureuse, la réinvention de nous-mêmes.   

Dans le Parisien, je vois un Français que son pays a transformé en cyborg, Sébastien Maillet, montre sa prothèse, une main mécanique posée sur son moignon, ce gilet jaune avait ramassé une grenade policière  en février 2019, il a fait déjà une tarte au pomme.   Je vois d'autres amputés cicatrisés éborgnés du maintien de l'ordre dans un TRES BEAU MAGAZINE nommé FishEye, voué à la photo. Pour le photographe Rudy Barbant, ils posent avec une sérénité impressionnante, Casti le supporter de football, ou  Lola l'altermondialiste, irréparablement beaux.   

Dans le Télégramme je lis que des braves gens de Vannes se cotisent pour offrir un smartphone à Franck un peintre SDF que chacun aime là-bas, des amis lui gardent ses toiles mais grâce au téléphone, il va passer à l'âge de l'exposition virtuelle.  

Et on parle enfin d'un village...  

Que le Monde nous révèle dans un splendide reportage dans la vallée de la Roya que la tempête a dévastée, voici Casterino au-dessus de Tende, qui en temps ordinaire préparerait l'arrivée des touristes, mais la route est détruite et avec l'hiver le gel la piste de fortune sera impraticable, quatre personnes ont décidé de tenir le hameau jusqu'au printemps, on dit à Tende que ce sera Shining, ils seront chacun chez soi mais ont mis en commun des vivres, des médicaments, du papier toilette, stockés dans la cave de l'hôtel des époux Boulanger qui bien que coupés de la France conversent sur internet avec leur fille en Australie … Ce sont des vertiges de notre temps que ces réseaux du web -Google, je le lis dans le Wall Street Journal envarté dans l'Opinion, veut relier par sa fibre optique Israël et l'Arabie saoudite. Loin de ces utopies, a Casterino, Michel, lui, gardien de l'hôtel du Chamois d'or, se réjouit de la solitude, il lit l’Evangile, il cherche parfois dans le lit de la rivière le butin qu'un brigand y aurait abandonné il y a deux siècles, légende locale,  il aimerait dit-il  trouver "une émeraude ou un rubis, quelque chose qui a une couleur profonde, et qui refléterait le soleil".

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