Patrick Cohen : Et ce matin, vous nous emmenez sur le toit du monde... Bruno Duvic : Sur les photos, le ciel est d'une pureté incroyable. Un bleu presque noir au-dessus des montagnes enneigées. Ce ciel, on le voit de la fenêtre du Dragon de Fer. Bienvenue à bord ! Il part de la gare de Pékin, quai N°24, terminus Lhassa au Tibet, 4.500 km plus loin. Il faut deux jours pour faire le voyage. "En train sur le toit du monde", c'est le reportage vedette dans Géo ce mois-ci, Géo nouvelle formule, reportage signé Frédéric Nissac pour les textes, et Stefano de Luigi pour les photos. Au fil des 15 pages, on apprend comment ce train inauguré en 2006 connaît un succès impressionnant. Il est bondé, rempli à 90% de Chinois, touristes, hommes d'affaires, travailleurs migrants. Ils sont payés plus cher pour aller s'installer à Lhassa. Quelques nomades montent tout de même au gré des gares qui parsèment le parcours. C'est à la fois le plus beau voyage du monde et l'illustration de la colonisation du Tibet par Pékin. Selon des témoins anonymes dans Géo, le train aurait même servi à déporter des moines lors des émeutes du printemps 2008. Prochaine étape de la main mise de Pékin sur cette région considérée comme une province : l'exploitation du sol. Il regorge de cuivre, d'uranium, de zinc et de fer. Quelques heures avant d'arriver à Lhassa, un panneau le long des rails affiche l'altitude 5.072m... aucun train n'est jamais monté plus haut ! Ici, ce ne sont pas des vaches qui regardent passer les wagons, ce sont des yacks. Patrick Cohen : Donner à voir le monde, donner à le comprendre : c'est le travail des grands reporters... Bruno Duvic : Cela fait 300 jours aujourd'hui, qu'Hervé Ghesquières et Stéphane Taponnier sont otages en Afghanistan. Hommage ce matin sur France Inter, la presse parle beaucoup d'eux, L'Humanité notamment. En kiosque, vous trouvez aussi l'album de Reporters Sans Frontières : 100 photos pour la liberté de la presse. C'est un classique, il permet de financer cette association qui défend la liberté de la presse à travers le monde. En avant-propos, il y a un texte de Florence Aubenas. Elle souligne à quel point la presse va mal aujourd'hui. Mal économiquement, comme on le disait jadis des charbonnages ou des filatures. Et les coupables, ce serait l'information et le reportage : trop cher ! Tous médias confondus, rappelle Florence Aubenas, la presse publie 40% de grands reportages d'actualité en moins qu'elle ne le faisait la décennie précédente. A quoi servent les grands reporters, qu'ils écrivent sur un carnet de notes, tiennent une caméra, brandissent un micro ou dégainent un appareil photo ? A ne pas laisser des évènements qui concernent notre destin commun dans le silence... évènements sanglants bien souvent, mais pas seulement. Dans l'album de RSF, les photos sont signées Pierre et Alexandra Boulat, le père et la fille, deux générations de grands reporters qui racontent le monde depuis plus de 70 ans. Les clichés de ce voyage dans le temps et l'espace, entre Paris et Kaboul, les Balkans et la Bande de Gaza, sont tantôt glamours, tantôt glaçants. Un seul exemple, au milieu de photos tragiques d'Afghanistan, une bouffée d'espoir, cette image de 2004 prise à Herat : une femme entre dans un isoloir fait de bric et de broc, elle porte la burqa mais elle a dégagé son visage, c'était la première fois depuis un quart de siècle que les femmes pouvaient voter. Patrick Cohen : Si les grands reporters ne racontent plus le monde, qui le fera à leur place ? Bruno Duvic : Les francs-tireurs d'Internet... A la Une de Libération ce matin : "Irak : révélations sur une guerre sale". Libé revient sur les près de 400.000 documents mis en ligne par le site Wikileaks. Ce sont des rapports militaires rendus publics, sans filtre, sans précaution, sans anonymat. Ils confirment ce que l'on savait déjà : les civils ont payé le plus lourd tribut et de loin à cette guerre, soit plus de 66.000 morts. Les sociétés de sécurité privées ont multiplié les bavures et les cas de tortures ou abus des forces de sécurité sont légions. Wikileaks en a compté plus de 1.300. Fallait-il, au nom de la transparence et de la vérité sur une guerre, donner les noms des informateurs ou des collaborateurs de l'Armée américaine ? Le metteur-en-scène Patrice Chéreau qui est aujourd'hui le rédacteur en chef de Libération résume le débat : "On a vu tant de photos sur l'Irak, il faut les voir et les regarder. Elles nous rappellent que tout a été improvisé dans cette occupation désastreuse. Mais est-ce que ça change quoi que ce soit qu'on en sache encore plus ?" Patrick Cohen : A la Une de la presse encore, Bruno, la mort de Georges Frêche et le conflit autour des retraites... Georges Frêche, vous trouverez son portrait dans presque tous les journaux. Vous en avez largement parlé avec vos invités ce matin, Patrick Cohen. Mentionnons tout de même Le Midi Libre qui consacre neuf pages au pro consul éclairé du Midi. Parmi les nombreux articles, celui qui rappelle sa victoire mouvementée aux dernières régionales : "Frêche détesté, Frêche martyrisé, mais Frêche plébiscité". Pendant la campagne, Midi-Libre avait été accusé de "Frêchisme" excessif. La mobilisation contre la réforme des retraites : petite pause dans la presse, un peu moins d'articles ce matin. C'est tout de même la Une du Figaro : "La poursuite de la grève menace l'économie", de La Croix : "Pourquoi la grève dure encore" et de Ouest-France : "Carburants : ça ne s'arrange pas !". Et puis la Une des Echos : "L'Etat ouvert à une nouvelle hausse de l'électricité : 3 à 4% au début de l'année prochaine". Il s'agit de financer le développement des énergies renouvelables. En intégrant la hausse du mois d'août, cela ferait 6 à 7% d'augmentation. Du jamais vu depuis des décennies, dixit Les Echos. Patrick Cohen : Trois histoires d'époque pour terminer Bruno... « FIAT, c'est l'Italie et l'Italie, c'est FIAT »... A l'heure de la mondialisation, la maxime ne vaut plus vraiment. Le directeur général vient de faire une déclaration polémique : "Le groupe serait plus rentable s'il n'avait pas d'usine en Italie". Il n'y en a déjà plus beaucoup, cinq seulement sur 188 dans le monde, mais elles donnent du travail à 80.000 personnes. Quant un objet, qui était le graal des adolescents dans les années 80, est bon à mettre au rebus... Le walkman de Sony est définitivement mort, tué par les MP3. La firme japonaise vient d'annoncer qu'elle cesse la production de walkmans. A lire cette information sur slate.fr... On est même surpris qu'elle en produisait encore ! Et puis, cette drôle de photo dans La Charente-Libre qui dit l'obsession française pour les années 40. Entre 40 et 42, la ligne de démarcation coupait la Charente en deux. Au nom du devoir de mémoire, des panneaux balisant l'emplacement de l'ancienne ligne vont être installés le long des 20 communes qui étaient traversées à l'époque... Deux ont déjà été inaugurés. Drôle de photo tout de même en page 3 de la Charente-Libre : ce panneau, comme ceux qui indique les chemins de randonnée ou les zones de pique-nique, mais avec cette inscription : ligne de démarcation.

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