(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : sorties de route

(Bruno Duvic) Ce n'est pas très gentil de mettre le président de la République et le Premier Ministre en photo à la Une, côte à côte, de profil, l'air un peu penaud et d'ajouter ce titre : « Les Apprentis ».

Et ce n'est pas Le Figaro , Le Point ou Valeurs Actuelles mais Libération qui s'offre ce coup de sang.

Coup de sang après ce que Le Parisien appelle « Le mercredi noir d'Ayrault ». Hier matin, il annonce sur France Inter que la loi sur le logement social sera invalidée. Le Conseil constitutionnel ne s'était pas encore prononcé. Ca ne se fait pas. La loi est bel est bel et bien invalidée pour non respect de la procédure parlementaire. 2ème croix sur l'agenda. Et la 3ème, c'est l'annonce de nouveaux très mauvais chiffres du chômage.

Tout cela est « fâcheux », pour reprendre le titre de l'éditorial de Libération . "Ce n'est pas encore la déroute, mais il y a de quoi être dérouté, écrit Vincent Giret (…) Il y a quelque chose qui cloche dans la méthode de ce gouvernement."

« Jean Marc Ayrault, pourquoi il n'y arrive pas », ce sera la Une du Figaro Magazine ce week-end. Dans la presse régionale, beaucoup de formules méchantes également "(Ce couac) le fait passer pour un vilain petit canard barbotant à Matignon" écrit Jean-Marc Chevauche dans Le Courrier Picard

« Le chômage explose, la récession guette et le gouvernement patauge, trébuche, tourne en rond » ajoute Philippe Waucampt dans Le Républicain Lorrain .

Il faut à nouveau ouvrir Libération pour trouver un peu moins de sévérité

L'Analyse d'Alain Duhamel, indépendante du dossier d’ouverture.

C’est titré "Jean Marc Ayrault, bouc émissaire" « Tout cela apparait largement artificiel, démesuré et finalement injuste écrit Duhamel(…) Il n'est pas Churchill mais il se situe au niveau de la plupart des Premiers Ministres de l'Union européenne (...) 0% de croissance, 10% de chômage, 3% de déficit à atteindre, personne ne peut être populaire avec ces 3 chiffres. » L'éditorialiste relève tout de même quelques particularités : « ni le Président de la République, ni le Premier Ministre n'avaient auparavant occupé de fonctions gouvernementales, du jamais vu sous la Vème république (…) D'où la curieuse impression qu'ils donnent de disputer un match de double messieurs sans ligne de fond ni ligne de côté"

Au procès en amateurisme, s'ajoute celui en manipulation. C'est le sens du dessin de Plantu à la Une du Monde . On voit François Mitterrand, qui s'y connaissait en manœuvres. Il est sur son nuage et lit Le Monde qui titre : « Le droit de vote des immigrés repoussé ». Commentaire de Mitterrand, « Franchement Hollande, il m'épate, il m'épate. »

Conclusion de Xavier Panon dans La Montagne : « attention aux deux prochains rendez-vous, compétitivité et réforme du travail. Pas de droit au ratage. »

Compétitivité justement… Les projets du pouvoir restent flous en la matière et les fuites et rumeurs sur le rapport Gallois continuent d'alimenter la presse. Le Parisien-Aujourd’hui en France en est sûr : « Le rapport Gallois propose d'enterrer les 35 heures. » Démenti de l'Elysée.

Dans le contexte économique, les chiffres du chômage viennent encore noircir le tableau. Ils sont déclinés dans les quotidiens régionaux.

Le Courrier de l'Ouest : « Anjou, 5.000 chômeurs de plus en un an »

L'Alsace : « Chômage en hausse, paroles d'alsaciens »

Le Journal du Centre : « Chômage, la Nièvre en queue de peloton »

Vous voulez du noir ? En voici encore. PSA. En manchette du Figaro , « PSA affronte la plus grave crise de son histoire ».

Tableau encore plus sombre en Grèce

Oui pardon d'insister, mais chaque nouveau reportage est décidément hallucinant. Le Herald Tribune s'intéresse ce matin au système de santé en Grèce.

Une dame se présente dans le plus grand service de cancérologie du pays. On lui a diagnostiqué un cancer du sein un an auparavant. Elle n'a consulté personne. Entre temps, la maladie a fait des ravages. Je vous passe les détails physiques. Le cancérologue qui l'a reçue dans son service dit ceci : « Quand nous l'avons vue, nous sommes restés sans voix, tout le monde pleurait. Des choses comme ça vous les voyez dans les manuels, jamais dans la vraie vie, parce que jusque là, ceux qui tombaient malades dans ce pays recevaient des soins ».

Apparemment c'est fini, le Herald Tribune explique que parmi les mesures d'économies prises ces dernières années, il y a cette disposition: les chômeurs grecs sont couverts en termes de santé pendant un an. Au delà, ils doivent se débrouiller eux mêmes. Or il y a dans le pays 1 millions 200.000 chômeurs de longue durée. Le médecin, le docteur Syrigos, ajoute : « en Grèce aujourd'hui, être au chômage signifie mourir. »

Il fait partie d'un réseau, qui en toute illégalité, soigne des gens en dehors des heures de travail officielles. Ils utilisent des médicaments récupérés. C'est la note d'espoir qu'il voit en ce moment : la solidarité.

Pendant ce temps, raconte Le Figaro , George Papandréou, considéré comme un des responsables de la situation en Grèce, touche 46.000 Euros par mois pour donner des conférences à Harvard. Vous imaginez les réactions sur le Net. Par exemple ceci : l'intitulé du cours doit être "Comment détruire votre pays en dix leçons"

Peu de commentaires sur la condamnation de Jérôme Kerviel

Entre le trader déchu et le Premier Ministre en difficulté, les éditorialistes ont choisi le second.

On relèvera tout de même la charge du spécialiste Justice du Figaro , Stéphane Durand-Souffland. Charge contre l'avocat de Jérôme Kerviel. Dans son article qui recense notamment les erreurs de l'ex trader au cours de son procès, on peut lire ceci : « Il a débarqué des avocats compétents, - maîtres Meyer, Dupont-Moretti et Metzner entre autres- pour finir avec maître David Koubi, comme on termine une tournée des bars de palace dans le seul bistrot de quartier encore ouvert à l'aube"

Quoi d'autre dans la presse ?

Les femmes ont la parole. Ségolène Royal dans Le Point . Elle revient sur l’épisode de New York. Elle avait croisé la délégation de François Hollande dans les couloirs de l'ONU. Le président avait rebroussé chemin pour éviter de la saluer. "On a débriefé, dit Ségolène Royal, il regrettait, il m'a expliqué que c'était son entourage qui l'avait effrayé en lui disant que ça allait faire du buzz. Il m'a dit qu'on aurait dû se dire bonjour, tout simplement"

Et puis Carla Sarkozy, l'interview à Elle . Elle juge improbable un retour de son mari en politique, suggère au couple Hollande-Trierweiler de se marier "La présidence de la République est un lieu officiel qui implique des situations officielles"

C'est une femme toujours très admirative de son mari qui parle : "Je suis encore stupéfaite que les Français se soient privés de lui, son énergie, sa vision, son courage, son humanité, d'une intelligence et d'une volonté comme les siennes"

Carla Sarkozy raconte encore que pendant ses années Elysée, elle est restée auteur-compositeur, écrivant notamment sous pseudonyme. Pas de chanson sur les journalistes qu'elle n'aime pas beaucoup, dans son prochain album.

Et la vie aujourd'hui ? lui demande Elle. « Plutôt cool, la maison, les enfants et le prochain album » qui contiendra un texte pour son époux.

A demain.

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